Bac : si les redoublants conservaient leurs bonnes notes, ce serait une bonne ou une mauvaise idée ?

Selon un projet de décret, les élèves de terminale qui ratent leur bac pourraient ne repasser que les épreuves où ils ont eu moins de la moyenne.

Des élèves découvrent les résultats du bac le 5 juillet 2013 au lycée Pasteur à Strasbourg (Bas-Rhin).
Des élèves découvrent les résultats du bac le 5 juillet 2013 au lycée Pasteur à Strasbourg (Bas-Rhin). (FREDERICK FLORIN / AFP)

En 2016, le baccalauréat ne sera peut-être plus tout à fait le même. Un projet de décret adopté par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE), jeudi 2 juillet, prévoit que les candidats qui ratent leur bac et redoublent leur terminale puissent conserver leurs meilleures notes. Les syndicats de lycéens et de professeurs contactés par francetv info ont confirmé l'information révélée par Europe 1, vendredi.

Dans le détail, les redoublants pourraient conserver leurs notes supérieures à 10/20 et ne repasseraient que les matières où ils ont eu moins de la moyenne. Le programme de l'année de terminale qu'ils redoubleraient pourraient aussi être allégé. Ils ne seraient plus obligés de suivre les cours des matières qu'ils n'auraient pas à repasser. Et ils ne seraient pas obligés de choisir les notes qu'ils souhaitent conserver juste après la publication des résultats du bac. Ils auraient jusqu'à Noël pour prendre leur décision.

Le dispositif était déjà en vigueur pour les candidats libres au bac. Mais il ne fait pas l'unanimité chez les représentants syndicaux de lycéens et de professeurs interrogés.

Les arguments pour

Un parcours individualisé. "Ce dispositif permet aux élèves de se focaliser sur leurs points faibles", souligne Claire Krepper, la secrétaire nationale du SE-Unsa qui a participé à la réunion du CSE. "Si on redouble en ayant eu 18/20 en maths, pourquoi continuer à suivre quatre heures de cours de maths par semaine ? Cela ne sert à rien. Autant employer ces quatre heures à travailler sur les matières où on a échoué", fait valoir Arthur Moinet, le secrétaire général du Syndicat général des lycéens (SGL). Ce dispositif est une revendication du SGL "depuis plusieurs années". Le syndicat est même à l'origine de l'amendement prévoyant cette dispense de cours.

Un meilleur accompagnement pour plus de réussite. "Il y aura un entretien préalable obligatoire entre l'élève, ses tuteurs légaux et le corps enseignant. Ce sera une garantie que l'élève ne se décide pas sur un coup de tête, sans penser à préparer son orientation", assure la professeure syndicaliste. "Il était urgent de faire quelque chose dans un contexte de lutte contre le nombre d'étudiants quittant le système scolaire sans qualification", juge-t-elle. 

Des élèves plus impliqués. "Dans ce parcours individualisé et accompagné, il y aura une logique de contrat. Et qui dit contrat dit engagement. Et qui dit engagement dit motivation", estime l'enseignante. "Un élève qui redouble et fait de la figuration en classe, ce n'est pas nouveau. Ce ne sera pas plus le cas avec cette disposition. Au contraire."

Avec 87,9% d'admis en 2014, selon le calcul de l'Education nationale, "les lycéens qui ratent leur bac et redoublent sont une minorité. Et ce n'est pas parce qu'un élève est dispensé de certains cours qu'il va se sentir isolé du reste de sa classe. Et si jamais il se met à sécher les cours, il sera rappelé à l'ordre par la vie scolaire", avance le lycéen syndicaliste. 

Un redoublement mieux aménagé. C'est le corollaire de cette mesure. "Désormais, les redoublants seront pris en compte et pourront avoir une place en classe", se réjouit Claire Krepper. "Le droit au redoublement était déjà inscrit dans la loi, mais le redoublant n'avait pas de place garantie dans l'établissement. Il venait après les élèves de première passant en terminale. Et les places vacantes étaient rares. Il devait changer d'établissement en espérant en trouver une. C'était source de décrochage."

Les arguments contre

Une menace accrue de déscolarisation. Une année scolaire à la carte pour chaque redoublant : voilà ce que promet la mesure. "Si on veut qu'un élève décroche, c'est le meilleur moyen", avertit François Portzer, président du SNALC. "Or, la présence au lycée est essentielle. Un élève a besoin de travailler en groupe. En terminale en particulier, la dynamique entre les élèves est très importante."

Un possible nivellement par le bas. "Quand un élève repasse le bac, c'est pour avoir de meilleures notes dans la perspective d'avoir un meilleur dossier pour son orientation future", argumente le dirigeant syndical. "Mais si un élève a eu 12/20 en histoire la première fois et s'en contente, il passe peut-être à côté d'un 15/20 la fois d'après. Ce n'est pas un service à lui rendre."

Et c'est sans compter le risque de perdre ses acquis en faisant l'impasse sur certains cours durant son année de redoublement. "En langue vivante, il est très important d'entretenir ses compétences", relève Claire Kepper, syndicaliste et professeure d'anglais.

Un gros changement pour une petite minorité. "Les élèves qui échouent sont très peu nombreux et encore plus rares à rater leur bac deux fois de suite", fait remarquer le président du SNALC. "Il ne faut pas toucher au bac. C'est un rite de passage à l'âge adulte très important pour les jeunes, qui les cadre et les motive durant l'année de terminale. C'est un examen collectif et individuel structurant qui joue un grand rôle social. Il ne faut pas casser cet outil qui fonctionne bien. Le bac, c'est une garantie d'égalité républicaine où tout le monde a sa chance."

Pis, François Portzer y voit une forme déguisée de contrôle continu. Or, à ses yeux, "le contrôle continu est une catastrophe dans l'enseignement professionnel. Il ne faut pas le généraliser."