Bac professionnel : le manque d'aménagement des épreuves est "complètement incompréhensible", dénonce le syndicat Snuep-FSU

Pour Sigrid Gérardin, secrétaire générale du Snuep-FSU, "soit le ministre ne connaît rien à la voie professionnelle, soit il bafoue complètement les personnels et les élèves".

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Sigrid Gérardin, secrétaire générale du Snuep-FSU, le 17 décembre 2019. (DANIEL PIER / NURPHOTO / AFP)

Les décisions du ministre de l'Éducation sur les épreuves du bac professionnel sont "complètement incompréhensibles", dénonce jeudi 6 mai sur franceinfo Sigrid Gérardin, secrétaire générale du Snuep-FSU, Syndicat national unitaire de l'enseignement professionnel, et professeure au lycée Pierre Lescaux à Paris. En proposant aux élèves de "neutraliser deux disciplines sur les quatre épreuves écrites en enseignement général", le ministre "s'est désintéressé des aménagements d'un diplôme" qui concerne 205 000 candidats, d'après ce syndicat. "Soit le ministre ne connaît rien à la voie professionnelle, soit il bafoue complètement les personnels et les élèves", estime Sigrid Gérardin

franceinfo : Que pensez-vous des aménagements annoncés pour le bac professionnel ?

Sigrid Gérardin : Clairement, on est face à un ministre qui s'est désintéressé des aménagements d'un diplôme, alors même qu'il concerne 205 000 candidats cette année, et que c'est le deuxième bac en France. Du coup, les arbitrages engendrent plus de problèmes qu'ils n'en règlent. Si on prend le choix de neutraliser deux disciplines sur les quatre épreuves écrites en enseignement général qui, au passage, n'ont même pas les mêmes coefficients, c'est complètement irresponsable puisqu'on va mobiliser des personnels sur toutes les corrections, dans un contexte sanitaire très compliqué, alors que la moitié des copies vont aller à la poubelle. Au-delà des copies, c'est la suppression pure et simple de deux disciplines générales, puisque celles qui ne seront pas sélectionnées ne seront même pas compensées en contrôle continu.

"Le ministre bafoue trois ans de travail et trois ans d'investissement pour les élèves qui auront préparé un bac pro."

Sigrid Gérardin, secrétaire générale du Snuep-FSU et professeure à Paris

à franceinfo

Vous avez l'impression d'être des filières oubliées par le ministre ?

Clairement, puisque pour le bac général et technologique il a proposé des aménagements. Je prends un exemple : il reste une épreuve écrite qui s'appelle communément "l'étude de cas" dans les filières tertiaires, c'est une épreuve qui est à fort coefficient, qui est longue, qui est appréhendée par les élèves, celle-ci ne bénéficie d'aucun aménagement.

Selon vous, qu'aurait-il fallu faire pour aménager ce bac professionnel ?

Si le ministre fait le choix de ne conserver que deux notes, eh bien qu'il aille au bout de sa logique : qu'il maintienne deux épreuves et qu'il décide de modalités différentes pour les deux épreuves non retenues. Ca serait beaucoup plus équitable vis-à-vis des élèves et surtout, beaucoup plus respectueux du travail des personnels.

Dans quel état sont vos élèves en voie professionnelle après plusieurs mois de cours à distance ?

On a des élèves extrêmement angoissés aujourd'hui du fait des inconnues complètes pour passer les examens. Et puis, il y a des élèves certainement encore plus angoissés, ce sont nos élèves de CAP, puisqu'ils sont issus de la grande difficulté scolaire qui nécessite un accompagnement et une attention quotidienne. Or, aujourd'hui, le ministre décide de les "balancer", il n'y a pas d'autre mot, dans une épreuve alors qu'on n'a pas pu les préparer rigoureusement à l'oral du chef d'œuvre.

"L'obstination du ministre de maintenir ces épreuves pour ces élèves les plus éloignés des attendus scolaires est complètement irresponsable."

Sigrid Gérardin

à franceinfo

Quant aux enseignants, ils sont très irrités aujourd'hui et très inquiets. Le mail que nous avons reçu mercredi soir est incompréhensible. Nous avons énormément d'appels pour comprendre, par exemple, comment le contrôle en cours de formation va être maintenu, va être pondéré. Ce qui est incroyable, c'est que le matin même, nous étions en réunion à la Dgesco, la direction générale de l'enseignement scolaire, nous n'avons eu aucune information sur les arbitrages et le soir même tombent des arbitrages complètement hors sol par rapport à la réalité du lycée professionnel. Donc, on se demande ce qui se passe, c'est complètement incompréhensible. Soit le ministre ne connaît rien à la voie professionnelle, soit il bafoue complètement les personnels, les élèves et les familles.

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