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Au grand oral de Montebourg, les professionnels séduits par le style mais prudents sur le fond

Le ministre de l'économie a fait son grand discours sur le redressement économique devant un parterre de professionnels et d'entrepreneurs de tous horizons, plutôt séduits par son volontarisme, plus mitigés sur ses promesses

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France Télévisions
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Arnaud Montebourg présente sa feuille de route pour le redressement économique de la France, le 10 juillet à Bercy (ERIC PIERMONT / AFP)

Il y a la queue, jeudi 10 juillet, devant le ministère de l'Economie et des Finances. Certains, incrédules devant la centaine de personnes qui se pressent devant les grilles à 14h15, craignent d'être en retard pour leurs réunions. La foule est là pour Arnaud Montebourg.

Le ministre de l'Economie présente sa "feuille de route du redressement économique", un discours qui, chose inhabituelle, est ouvert au public. Beaucoup y voient un signe de l'ambition personnelle du ministre, qui tiendrait ici son premier meeting pour la présidentielle de 2017. Ça tombe bien, à l'intérieur, la salle est déjà pleine : 600 personnes selon les organisateurs, et pas de chaises pour tout le monde. 

Des professionnels ravis de l'invitation

Les spectateurs ne partagent pas forcément les préoccupations des journalistes : eux attendent "des pistes pour l'avenir". Tous ont semble-t-il été invités par le ministère, qui a ratissé large, des ingénieurs en BTP aux représentants du petit commerce, des dirigeants de PME aux délégués syndicaux. Et l'idée de prononcer ce discours devant des professionnels plaît. Anne-Marie et Didier, designers (et fans du ministre), y voient "une reconnaissance" du rôle de leur branche "dans l'innovation". "Une bonne façon de mobiliser" pour Marie, qui travaille dans le domaine de l'efficacité énergétique et se sent "plus impliquée" que si elle avait dû suivre le discours à la télévision.

S'ils sont venus entendre des annonces sur leurs domaines d'activité, le simple fait d'avoir été conviés semble les rassurer sur leur place dans le projet d'Arnaud Montebourg.

Ce projet, il le déroule pendant un peu moins d'une heure, seul, debout à son pupitre surplombant son public. Ses deux secrétaires d'état, Carole Delga et Axelle Lemaire, sont invisibles, assises au premier rang - Michel Sapin, son collègue des Finances, n'a pas fait le déplacement.

Un ministre qui joue les équilibristes

A son arrivée, le Ministre se prête pendant une bonne minute au jeu des photographes avec l'air de ne pas y toucher. Dans le style, on retrouve ses bons mots et ses accents lyriques, avec peut-être un peu plus de retenue qu'à l'accoutumée. Et ses thèmes classiques : il en appelle au patriotisme économique des patrons, loue la capacité de la France à sortir du "conformisme", et peint un tableau très positif de son action depuis 2012, ponctué de tacles à l'Union européenne. 

Mesuré, Montebourg l'est aussi quand il se positionne par rapport à la ligne économique du gouvernement : il ne la remet pas explicitement en cause, fait mine de rester dans les clous, mais insiste sur l'idée que les fameux 50 milliards d'économies, notamment, ne sont pas incompatibles avec un geste à destination des Français. Il souhaite en consacrer un tiers à la baisse de la pression fiscale.

"On a tellement promis depuis 15 ans"

"Très présidentiable" tranche Gilles, venu représenter la chimie industrielle. Les applaudissements sont plutôt généreux et, à la sortie, le style Montebourg semble avoir séduit. "On attendait et on a entendu du positivisme. C'est bien parce que la crise, elle est aussi dans les esprits." "S'il convoquait tout le monde, de toute façon, c'est qu'il voulait faire le show" juge Claude, représentant d'une union de petits commerçants. "C'est toujours efficace"

Sur le fond, les avis sont plus partagés. "Je suis un peu surpris qu'au XXIe siècle, le redressement passe par la construction de barrages" ironise Gilles en référence a une des propositions du ministre pour créer des emplois. "On a tellement promis depuis 15 ans. L'Etat n'a plus les moyens" pour Claude, qui pense que beaucoup de ces nouveaux projets finiront aux oubliettes.

Plus optimiste, Fabrice, dans l'industrie de la musique, a vu "beaucoup de bonnes idées à piocher" dans ce discours. "Dans le lot, certaines aboutiront, reste à voir lesquelles." Le mot de la fin à un groupe de militants PS - aussi dirigeants de PME , venus en groupe soutenir leur champion : "Il a pris la complète mesure de sa tâche. L'avenir dira si ce discours était fondateur".

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