Trafic de fauves : derrière les selfies sur les réseaux sociaux, un business juteux et dangereux

Les réseaux sociaux ont donné une nouvelle vitrine à ceux qui se prennent en photo avec de drôles d'animaux de compagnie. Parmi les espèces protégées, des fauves. Un trafic lucratif et difficile à enrayer. 

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Radio France
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Un bébé tigre recueilli après avoir été abandonné à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), en juin 2016. (RICHARD MOUILLAUD / MAXPPP)

Si le phénomène n'est pas nouveau, depuis quelques années, les réseaux sociaux ont donné une vitrine nouvelle aux amateurs d'animaux exotiques, mygales, tigres et autres espèces protégées. Les selfies avec un fauve se sont ainsi multipliés, notamment chez les célébrités. En avril 2020, l'attaquant de l'Olympique Lyonnais Memphis Depay, alors en pleine convalescence à Dubaï, avait posté sur son compte Instagram des photos de lui, torse nu, dans un appartement avec un ligre, croisement contre nature entre une tigresse et un lion. 

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Comme le footballeur néerlandais, le rappeur Lacrim se passionne pour les fauves. On peut en voir sur ses pochettes d'album ou dans ses clips comme "Freestyle Tiguere 2", où il entre dans la cage d'un tigre qui bondit sur lui pour l'enlacer.

Une façon d'asseoir son "style" ou de "poser son délinquant", décrypte Ludovic Ehrhart, numéro 2 de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) de la gendarmerie. Il note une "identification" à cet univers viril "dans certains codes sociaux ou milieux : le milieu du rap, le milieu de la frime, qui peuvent correspondre aussi à des milieux de cité, explique le colonel Ludovic Ehrhart, adjoint au chef de l'Office. Plusieurs fois, cela a été associé lors de nos perquisitions à la découverte de drogue. Et les réseaux sociaux participent à cet engouement."

Derrière l'image du lionceau inoffensif se cache souvent un trafic illégal. Un bébé fauve se vend ainsi jusqu'à 15 000 euros au marché noir. La Convention sur le commerce international des espèces protégées (Cites) encadre en effet strictement les règles du marché. En France, la détention d'animaux menacés d'extinction est passible de prison et de lourdes amendes. Elle peut aussi se révéler dangereuse. 

"Rapidement, d'une grosse peluche, ça devient un animal adulte. Ceux qui les ont s'en débarrassent."

Colonel Ludovic Ehrhart

à franceinfo

Un lion et un tigre ont, par exemple, été retrouvés abandonnés dans des appartements en Seine-Saint-Denis. "Ils s'en débarrassent dans la nature ou les laissent dépérir. De tous les animaux qu'on a retrouvés, notamment les félins, aucun n'est en bonne santé", note le gendarme. 

Dans la plupart des cas, il est difficile pour les enquêteurs de remonter la filière clandestine. "Comme ce sont des gens qui ont l'habitude d'être confrontés aux forces de police, ils sont très peu bavards", précise Yannick Jaouen, chef de la récente cellule de trois policiers qui traque les crimes environnementaux au sein de l'Office français de la biodiversité. "On imagine assez bien que ça puisse provenir du monde circassien ou de pays étrangers proches de la France car les transferts se font plutôt par voie routière que par voie aéroportuaire", détaille Yannick Jaouen. 

Le business des félins est extrêmement juteux. Mais les fauves sont loin d'être l'espèce la plus lucrative. Le tamarin lion à tête dorée, un petit singe en voie d'extinction, se vend 40 000 euros comme animal de compagnie, sans parler des civelles, ces bébés anguilles braconnés en France et exportés illégalement en Asie, vendus jusqu'à 10 000 euros le kilo. Mais là, pas question de selfie.

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