Tigre, rhinocéros noir, orang-outan de Sumatra... Quelles sont les espèces les plus menacées par le braconnage ?

Une conférence internationale sur le trafic d'animaux sauvages s'est tenue jeudi et vendredi au Vietnam. Ce pays est actuellement considéré comme une plaque tournante de ce commerce illégal.

Une femelle orang-outan, dans le parc national Gunung Leuser de Sumatra (Indonésie).
Une femelle orang-outan, dans le parc national Gunung Leuser de Sumatra (Indonésie). (FIONA ROGERS / AFP)

Pas moins de 17,6 milliards d'euros par an. C'est le revenu astronomique généré par le trafic d'animaux sauvages, selon les estimations de l'International Fund for Animal Welfare (IFAW), une ONG de défense des animaux dotée du statut consultatif auprès des Nations unies. Avec de tels montants, la contrebande d'espèces se situe au quatrième rang des activités illégales les plus lucratives au monde, derrière le trafic de drogues, les contrefaçons et la traite d’êtres humains.

Pour alerter sur ce marché frauduleux, plusieurs acteurs de la protection animale se sont réunis, jeudi 17 et vendredi 18 novembre, à l'occasion de la Conférence internationale sur le trafic d'animaux sauvages, à Hanoi, au Vietnam. L'Asie du Sud-Est fait actuellement office de plaque tournante de ce trafic mondial. Franceinfo a identifié, avec les conseils de l'ONG WWF, quatre espèces particulièrement menacées par le braconnage.

Le rhinocéros d'Afrique

Combien reste-t-il d'individus ? Estimés à environ 25 000, les rhinocéros blancs et noirs sont particulièrement ciblés par les braconniers. L'ONG WWF estime qu'environ 6 000 rhinocéros ont été tués depuis 2008, soit environ un quart de la population globale. Selon les enquêtes, il ne reste plus que 5 000 rhinocéros noirs vivant à l'état sauvage.

Les ONG alertent sur l'explosion du braconnage visant les rhinocéros africains. En Afrique du Sud par exemple, un pays abritant les trois-quarts de la population mondiale, le braconnage a explosé d'environ 3 000% entre 2010 et 2015. L’année dernière, ce sont plus de 1 175 rhinocéros qui ont été tués rien qu’en Afrique du Sud, soit un peu plus de trois par jour.

Selon les enquêtes, il ne reste plus que 5 000 rhinocéros noirs vivant à l\'état sauvage. 
Selon les enquêtes, il ne reste plus que 5 000 rhinocéros noirs vivant à l'état sauvage.  (ALAIN GUERRIER / AFP)

Pourquoi est-il chassé ? Pour sa corne, qui constitue un marché international très lucratif. Cette excroissance, constituée de kératine comme les ongles, est réduite en poudre puis vendue en Asie, où on lui prête des vertus aphrodisiaques ou thérapeutiques, notamment pour vaincre le cancer. Selon Jeune Afrique, le prix au kilo de la corne de rhinocéros avoisinait les 57 000 euros en 2013. Un prix à la revente 1,5 fois plus élevé que celui de l'or et environ 1,2 fois supérieur à celui de la cocaïne en Europe.

Le tigre

Combien reste-t-il d'individus ? La population de tigres vivant à l'état sauvage est de 3 890 individus. En l’espace d’à peine plus d’un siècle, WWF estime que 97% des tigres sauvages ont disparu. Les tigres vivent normalement dans une grande partie de l'Asie s'étendant de la Russie à l'Indonésie en passant par l'Inde. Au Cambodge, l'espèce est considérée comme éteinte et le gouverment tente désormais de réintroduire ces félins dans la nature, raconte le Phnom Penh Post (en anglais).

Un tigre du Bengale, dans le parc national Ranthambore du Rajasthan (Inde). 
Un tigre du Bengale, dans le parc national Ranthambore du Rajasthan (Inde).  (JANETTE HILL / AFP)

Pourquoi est-il chassé ? Depuis l’an 2000, 1 750 animaux ont été saisis, retrouvés morts ou vifs, indique Le Monde. Les saisies de peau de tigres sont en baisse mais subsistent, selon un récent rapport (en anglais) du réseau de surveillance Traffic, qui rassemble les ONG WWF et l'Union internationale pour la conservation de la nature. Le prédateur est aussi chassé pour ses os, qui sont transformés en vin ou employés dans la médecine traditionnelle, notamment au Vietnam.

L'éléphant d'Afrique

Combien reste-t-il d'individus ? Selon WWF, il reste environ 470 000 animaux en Afrique de l'Ouest, contre 1,2 million au début des années 1970. Après avoir atteint un pic dramatique en 2011, le braconnage est aujourd'hui en baisse mais reste trop important. En 2015, environ 60% des éléphants retrouvés morts dans la nature ont été tués par des braconniers, contre 80% quatre ans plus tôt, relève le rapport (en anglais) de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites).

Chaque année, près de 30 000 pachydermes sont sacrifiés pour leurs défenses. 
Chaque année, près de 30 000 pachydermes sont sacrifiés pour leurs défenses.  (NEVEU / HORIZONFEATURES / AFP)

Pourquoi est-il chassé ? C'est évidemment pour leurs défenses que les éléphants sont chassés et abattus. Chaque année, près de 30 000 pachydermes sont sacrifiés pour leurs canines, revendues illégalement et à prix d'or en Asie et au Moyen-Orient, où elles sont utilisées pour orner objets et bijoux.

Le commerce international de l'ivoire, s'il est interdit depuis 1989, continue de faire débat. Lors d'une conférence mondiale sur la protection de la vie sauvage, organisée début octobre, la Namibie et le Zimbabwe ont accusé les défenseurs occidentaux de "dicter" aux pays africains la façon dont ils doivent gérer leurs ressources. "Chaque pays est souverain et les gens font leurs choix, mais nous n'apprécions pas que ces mêmes pays essaient de nous imposer leurs choix", a réagi la ministre zimbabwéenne de l'Environnement.

L'orang-outan de Sumatra

Combien reste-t-il d'individus ? L'actuelle population d'orangs-outans de Sumatra s'élève à environ 6 600 individus, d'après WWF. Selon la liste rouge de l'IUCN, la population d'orangs-outans de Sumatra a diminué de 60% entre 1985 et 2007. Dans le contexte actuel, l'espèce risquerait de perdre jusqu'à 80% d'individus d'ici 2060.

Une femelle orang-outan, dans le parc national Gunung Leuser de Sumatra (Indonésie).
Une femelle orang-outan, dans le parc national Gunung Leuser de Sumatra (Indonésie). (FIONA ROGERS / AFP)

Pourquoi est-il chassé ? La première cause de la disparition du Pongo abelii (le nom scientifique de l'orang-outan de Sumatra) n'est pas le braconnage mais la déforestation. Des parcelles entières de la jungle de cette île indonésienne sont, en effet, rasées et brûlées pour y implanter des cultures de palmiers à huile. 

La chasse est une autre menace importante, explique WWF. La taille et la lenteur des orangs-outans en font des cibles faciles pour les chasseurs, qui les abattent pour leur viande ou pour capturer leur progéniture. Les petits sont ensuite vendus en Indonésie ou à Taïwan pour en faire des animaux de compagnie. Ce trafic est d'autant plus inquiétant pour la survie de l'espèce que le taux de natalité des orangs-outans est très faible. Les femelles ne deviennent fécondes qu'à partir de 10 ou 15 ans et ne donnent naissance qu'une fois tous les cinq ans.