Tigre, lion, panda… La surreprésentation de ces animaux dans la culture fait oublier qu'ils sont en danger

Selon une étude dirigée par un chercheur du CNRS, leur omniprésence dans les livres pour enfants, les dessins animés ou les jouets a "des effets délétères involontaires sur les efforts de conservation".

Un bébé lion au zoo Metropolitan Municipality de Kayseri (Turquie), le 25 décembre 2017.
Un bébé lion au zoo Metropolitan Municipality de Kayseri (Turquie), le 25 décembre 2017. (SERCAN KUCUKSAHIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Tigres, lions et pandas sont partout sur nos écrans, dans les livres pour enfants et les magasins de jouets. Mais en faisant croire qu'ils sont répandus dans la nature, leur omniprésence cache une triste réalité… celle que ces animaux sont en danger, souligne une étude publiée mardi 10 avril dans la revue PLOS Biology.

Des chercheurs français et américains ont décortiqué des milliers de questionnaires remplis en ligne et auprès d'enfants dans des écoles en Espagne, en Angleterre et en France. Ils ont également répertorié tous les animaux sauvages sur les affiches des films d’animations de Disney, Pixar et Dreamworks, ainsi que tous les animaux figurant sur la première page des sites internet des zoos des cent plus grandes villes du monde, comme l'explique le chercheur en écologie Franck Courchamp, qui a piloté l'étude, au journal du CNRS. Sur cette base, ils ont établi une liste des dix animaux les plus "charismatiques" : tigres, lions, éléphants, girafes, léopards, pandas, guépards, ours polaires, loups gris et gorilles.

Plus de Sophie la girafe que de girafes en Afrique

Près de 49% de toutes les peluches, hors oursons, vendues aux Etats-Unis sur Amazon représentaient l'un de ces dix animaux. Et en France, 800 000 jouets pour bébé Sophie la girafe ont été vendus en 2010, soit plus de huit fois le nombre de girafes vivant en Afrique. Selon Franck Courchamp, ces animaux sont si communs dans la culture et les éléments marketing qu'ils créent une "population virtuelle" dans l'esprit des gens. Une population qui va beaucoup mieux que la vraie.

"Sans le savoir, les entreprises utilisant des girafes, guépards et autres ours polaires à des fins de marketing contribueraient à fausser la perspective du public sur leur risque d'extinction et donc le soutien à la conservation de ces espèces", explique-t-il.

"En moyenne, une personne en France voit durant un mois plus de représentations de lions (photos, dessins, logos, marques) qu'il ne reste de lions dans toute l'Afrique de l'Ouest", indiquent les chercheurs dans l'étude. Ces derniers ont exhorté les entreprises utilisant l'image d'espèces menacées à reverser une partie de leurs bénéfices à des organisations de protection des animaux.