Suppression de la fourrure dans les collections Jean-Paul Gaultier : "On voit derrière la fourrure l'animal et sa souffrance"

Pour Christophe Marie, porte-parole de la fondation Brigitte Bardot, "c'est une très bonne chose que ce personnage iconique rejette la fourrure" a-t-il estimé sur franceinfo lundi.

Une marche contre la fourrure à Paris, le 6 octobre 2018. (Illustration). 
Une marche contre la fourrure à Paris, le 6 octobre 2018. (Illustration).  (Jan Schmidt-Whitley / Le Pictori)

C'est un petit coup de tonnerre dans l'univers de la mode : Jean-Paul Gaultier a annoncé samedi 10 novembre sur Canal+ qu'il renonçait à utiliser de la fourrure animale et du cuir dans ses collections. "La façon dont on tue les animaux est absolument déplorable", s'est-il justifié. Pour Christophe Marie, porte-parole de la fondation Brigitte Bardot, "il y a une attente sociétale qui évolue, on voit désormais derrière la fourrure l'animal et sa souffrance".

franceinfo : Cette décision est-elle une victoire pour vous ?

Christophe Marie : Il faut être très prudent car il y a des changements permanents. Maintenant, il faut voir que notre rapport à l'animal change, il y a une attente sociétale qui évolue. On le voit dans tous les domaines, pas seulement celui de la mode, mais la fourrure, par définition et depuis toujours, est considérée comme un luxe parfaitement inutile et superficiel. Derrière la fourrure, on voit désormais l'animal et sa souffrance. Pendant des années, Jean-Paul Gaultier justifiait l'utilisation de fourrure par la provenance d'élevages. Or, les élevages c'est de la cage, des animaux qui se retrouvent dans du grillage, sans aucun enrichissement. Il y a une vraie souffrance des conditions d'élevage et d'abattage des animaux.

Cela veut-il dire qu'on irait vers la fin de l'élevage ?

Ce serait tant mieux ! En France, il y a une quinzaine d'élevages de bisons. Quand on va les visiter, c'est réellement de la cage grillagée. Or, les bisons sont des animaux semi-aquatiques, donc ils ne sont pas dans un environnement adapté. C'est comme les poules pondeuses, mais en pire. Il y a un moment où il faut évoluer. Les renards qui étaient utilisés chez Gaultier provenaient en effet d'élevages, notamment de Norvège, qui vont d'ailleurs être interdits. Il y a une nécessité de revoir tous ces modes de production. Il y a aussi beaucoup de piégeages : les cols Canada Goose, par exemple, ce sont des coyotes piégés et abattus dans des conditions épouvantables. Si tous ces élevages disparaissent, c'est une très bonne chose, y compris pour l'environnement. Le marché de la fourrure, notamment tout ce qui est tannerie, est particulièrement polluant.

Pensez-vous que ces couturieurs, qui vendent finalement assez peu de fourrure, se servent de cette cause pour faire de la publicité à bon compte ?

Peut-être... en l'occurrence pour Jean-Paul Gaultier, on était surpris qu'il n'ait pas renoncé plus tôt car ça semble être quelqu'un de particulièrement sensible, en tout cas sympathique. C'est une très bonne chose que ce personnage iconique rejette la fourrure. Peut-être qu'il y a de la publicité, mais il y a plus vraisemblablement la prise en compte d'une souffrance qu'on ne voyait pas pendant des années.