Mort d'une orque au Marineland d'Antibes : pourquoi le parc aquatique est sous le feu des critiques

Le parc a annoncé le décès d'Inouk, six mois après la mort d'une autre orque, Moana. Une association de protection des animaux va déposer plainte pour "mauvais traitements".
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Un spectacle d'orques au parc aquatique Marineland d'Antibes, dans les Alpes-Maritimes, le 22 juin 2023. (PATRICE LAPOIRIE / NICE MATIN / MAXPPP)

Série noire au Marineland d'Antibes. Le parc aquatique des Alpes-Maritimes a annoncé, jeudi 28 mars, la mort de l'orque Inouk, un mâle âgé de 25 ans. "C'est une terrible nouvelle qui affecte les soigneurs animaliers et toutes les équipes de Marineland", écrit le parc dans un communiqué. Une autopsie doit être réalisée "dans les prochains jours" pour déterminer les causes de sa mort. Or, cette annonce intervient seulement six mois après le décès d'une autre orque, Moana, le neveu d'Inouk, qui était âgé de 12 ans. Il ne reste plus que deux orques à Antibes : Wikie, 22 ans, et Keijo, 10 ans.

L'association de protection des animaux One Voice a réagi en affirmant qu'elle déposerait plainte contre le parc pour "mauvais traitements". "Il n'est pas normal qu'une orque de 25 ans seulement décède dans des conditions sur lesquelles nous avons alerté", a déclaré sur franceinfo la présidente de l'organisation. Depuis son ouverture en 1970, le parc d'Antibes, qui revendique 750 000 visiteurs annuels, est critiqué pour les conditions de captivité de ses cétacés, qui sont également au cœur d'un débat sur un possible transfert à l'étranger. Franceinfo fait le point. 

Des conditions de captivité pointées du doigt

One Voice a déjà déposé plusieurs plaintes contre Marineland depuis 2019, dénonçant le mauvais traitement des orques, en s'appuyant sur des images des cétacés et des comptes rendus d'experts. En septembre 2023, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a ordonné une expertise sur l'état de santé et les conditions de vie de ces animaux, à la suite d'une nouvelle requête de l'organisation. Les experts de One Voice avaient relevé chez les cétacés des "comportements répétitifs et stéréotypés", des lésions sous-dermiques pour Moana et des dents usées à l'extrême pour Inouk.

Le mâle Moana était mort un mois plus tard dans le parc, provoquant une nouvelle fois la colère des défenseurs des animaux. "Les responsables devront rendre des comptes, nous y veillerons", avait prévenu One Voice. Après des mois d'examens, le parc a finalement annoncé en février que l'autopsie finale avait lié la mort de Moana à une "septicémie bactérienne aiguë, qui survient naturellement dans la nature" selon le communiqué.

Depuis 1970, plusieurs associations ont porté plainte contre le Marineland d'Antibes, rappelle l'INA. L'histoire du parc a été marquée par d'autres décès. En 1960, la première orque du centre, Calypso, meurt après seulement un an de captivité. Clovis, capturé aux Etats-Unis en 1970 et transféré à Antibes, mourra trois ans plus tard. En 1978, Betty est capturée en Islande ; elle succombera à une pneumonie à Antibes neuf ans plus tard, à l'âge de 13 ans, rappelle France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Si l'espérance de vie ordinaire des orques est difficile à établir, elles vivent en général plusieurs dizaines d'années à l'état sauvage et, même en captivité, certaines ont atteint la cinquantaine. De son côté, Marineland affirme sur son site "garantir la santé et le bien-être des animaux grâce à l’application ou même le dépassement des derniers critères nationaux et internationaux d'accueil".

Des accusations de "commerce illégal"

En décembre 2023, l'association bordelaise Défense des milieux aquatiques lance une procédure pour "commerce illégal" d'espèces sauvages protégées à l'encontre du parc Marineland à Antibes. "Nous avons obtenu des documents sur ces orques, que nous soupçonnons d'être faux", explique auprès de franceinfo Philippe Garcia, son président. D'une part, "nous émettons l'hypothèse que des cétacés sont arrivés au parc illégalement". D'autre part, "nous contestons l'usage commercial qui est fait de ces animaux", dit-il. "Un animal sauvage ne peut pas se retrouver en captivité, sauf pour y être soigné", plaide Philippe Garcia. Inouk et Moana étaient nés en captivité à Antibes, tous comme les deux orques restant du parc, Wikie et Keijo. Mais leurs ancêtres ont été capturés en mer avant d'être transférés dans le parc.

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, aussi appelée Convention de Washington, réglemente le passage aux frontières de plus de 38 000 espèces animales et végétales, selon différents niveaux. Chaque animal qui arrive dans un aquarium est accompagné d'un certificat propre, délivré en France par les Directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal). La plainte déposée par Défense des milieux aquatiques met aussi en cause un agent de la Dreal. "Nous n'avons pas été contactés par les autorités au sujet de cette plainte et n'avons donc aucun commentaire à faire", avait réagi l'établissement auprès de l'AFP en décembre.

Des inquiétudes sur l'avenir des autres orques du parc

Le parc des Alpes-Maritimes se prépare également à l'entrée en application de la loi contre la maltraitance animale de 2021. Ce texte interdira à partir de décembre 2026 les spectacles de cétacés en France et, sauf dérogation, le maintien des orques et dauphins en captivité dans un parc. Dans cette optique, l'association One Voice affirme que le Marineland veut vendre ses orques au Japon, un pays moins protecteur envers les orques.

"Ce sont des infos qui nous parviennent de l'intérieur du parc", assurait la présidente de l'association, Muriel Arnal, auprès de France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur en décembre. Elle craint que ces cétacés soient vendus à un parc "situé à Kobe, pour 2 millions de dollars chacun". Contacté par France 3, le Marineland n'avait pas fait de commentaires. One Voice milite pour que les orques soient accueillies dans un sanctuaire marin. Mais le zoo fait valoir que la France n'a pas créé de tel sanctuaire – celui que recommande l'association se trouve au Canada.

Début janvier, le ministère de la Transition écologique ainsi que le cabinet de la secrétaire d'État à la Biodiversité d'alors, Sarah El Haïry, disaient n'avoir délivré "aucun permis" pour le transfert des orques à l'étranger. "Sans cette autorisation, aucun déplacement ne peut être envisagé", assurait le cabinet. Redoutant un départ des animaux, One Voice a saisi la justice au sujet de l'état de santé des cétacés. Mi-janvier, le tribunal judiciaire de Grasse a ordonné que le Marineland garde ses orques au moins quatre mois supplémentaires, le temps d'achever l'expertise vétérinaire.

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