Abandon des nouveaux animaux de compagnie : on les "pose sur le Caddie du supermarché", sans se poser de questions dénonce la SPA

Le président de l'association, Jacques-Charles Fombonne, pointe "les contradictions du gouvernement" en termes de protection animale. Certes, il y a des signes positifs "qui vont dans le bon sens, mais parfois avec des cailloux dans la chaussure", assure-t-il.

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Des cochons d'Inde recueillis dans un refuge SPA (illustration). (JULIO PELAEZ / MAXPPP)

"Nous voulons l'interdiction de l'utilisation de l'animal comme une marchandise, c'est-à-dire sa vente dans les animaleries et surtout sa vente sur Internet", a rappelé jeudi 21 janvier sur franceinfo Jacques-Charles Fombonne, président de la SPA. Une bataille qu'il relance alors que l'association a constaté une forte hausse de l’abandon en refuge des nouveaux animaux de compagnie (NAC), tels que lapins, chinchillas, cochons d’Inde, souris et autres serpents.

franceinfo : Une hausse de 16 % d’abandon pour les nouveaux animaux de compagnie (NAC) sur ces huit derniers mois, comment expliquer cela ?

Jacques-Charles Fombonne : C’est une des conséquences des contradictions de l'action du gouvernement en termes de protection animale. C'est lié à la possibilité de directement acheter des animaux dans des animaleries. Pendant le confinement, curieusement, les refuges, des associations de protection animale et de la SPA ont été fermés jusqu'à ce que Christophe Castaner nous donne personnellement l'autorisation de les ouvrir. Alors que dans les galeries commerciales, les animaleries, dont nous réclamons la fermeture définitive, étaient ouvertes.

Nous voulons l'interdiction de l'utilisation de l'animal comme une marchandise, c'est-à-dire sa vente dans les animaleries et surtout sa vente sur Internet, qui favorise véritablement les élevages clandestins. Donc on ferme [les animaleries] parce que sur le principe, nous sommes contre la marchandisation de l'animal. Après, on peut faire comme dans certains pays, comme aux États-Unis, par exemple, je crois que c'est la Californie qui a des animaleries qui vendent des animaux, mais ils les prennent dans les refuges. Moi, j’ai en ce moment 6 500 animaux, des chiens, des chats. Je suis prêt à les donner aux enseignes pour qu’elles les placent à l'adoption.

Vous dites que les NAC sont devenus des objets de consommation comme les autres ?

Ce sont des objets de consommation. Pour un chien, pour un chat, devant une vitrine d'animalerie ou même devant une annonce sur Internet, on va se poser la question de savoir ce que l'on va faire en termes de place, en termes de soins. Quand c'est un tout petit animal, la question ne se pose pas. On le pose sur le Caddie du supermarché. C'est ce qui s'est passé pendant le confinement et on en a effectivement maintenant beaucoup plus que d'habitude dans nos refuges.

Nous prônons l'adoption responsable. Nous nous réservons le droit de refuser l'animal. On ne le fait jamais, parce que les gens arrivent finalement toujours à suivre notre conseil. Mais si quelqu'un nous décrit des conditions de vie pour l'animal qui ne sont pas bonnes pour son développement ou tout simplement pour son quotidien, on lui "non". Vous habitez 12 mètres carrés à Paris, vous partez à 6 heures du matin, vous rentrez à 23 heures, le Malinois qui a besoin de courir 10 kilomètres par jour, on ne va pas vous le donner. Mais on a un très gentil cocker dans les boxes à côté, ou un chat. Vous allez voir, ça va très bien se passer.

Acheter un chien un sur un site de petites annonces, ou par le bouche à oreille, vous le déconseillez également ?

On le dénonce, ça fait partie des contradictions gouvernementales. On a d'un côté Mme Pompili, qui nous dit "plus d'animaux dans les cirques, plus de delphinarium". En revanche, on n’arrive pas à avancer sur la corrida et on n'arrive pas à avancer sur Internet. Les gens du site Leboncoin nous ont contactés il y a quelques semaines, je leur ai dit qu'on ne pouvait pas trouver un accord sur le fait de vendre des animaux. Il y a 15 jours, une charte a été signée avec les sites de vente sur Internet. On sait très bien qu'il ne peut pas y avoir de contrôle.

Cela veut dire que ces animaux se retrouvent dans des parkings, dans des sous-sols et puis, si vous avez trois ou quatre femelles qui vous font 15, 20, 30 chiots dans une année à 1 000 euros le chiot sur internet, ce n'est plus la peine de travailler, mais les conditions de vie et les conditions sanitaires et de protection animale sont déplorables.

Il y a un plan du gouvernement pour protéger les animaux. Il y a aussi cette proposition de loi contre la maltraitance animale qui arrive la semaine prochaine. Alors que manque-t-il ?

Effectivement, il y a une proposition de loi qui va dans un très bon sens, qui est votée le 26 janvier prochain. Il y a aussi la mobilisation de certains membres du gouvernement. Le ministre de l'Éducation nationale va nous accorder l'autorisation d'aller dans les écoles pour sensibiliser les tout petits. Il y a un vrai travail de fond. Et puis, par moments, sur des points qui ne sont pourtant pas des points de détail, cette vente sur la corrida, sur des choses comme ça, on a énormément de mal à avancer. Alors, est ce qu’on se heurte à des lobbies ? Est ce qu'on se heurte à des oppositions ? Je ne sais pas. En tout état de cause, on va dans le bon sens, mais parfois avec des cailloux dans les chaussures.

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