Syrie : au moins 50 morts dans des frappes aériennes, la Russie et la Turquie se déchirent

La situation se complique chaque jour un peu plus dans le pays en guerre. Des tirs "vraissemblablement russes" ont visé un hôpital et des civils tandis que la Turquie bombarde les peshmergas kurdes.

Des secouristes inspectent les débris de les ruines d'un hôpital soutenu par MSF après avoir été bombardé, à Idlib (Syrie), le 15 février 2016.
Des secouristes inspectent les débris de les ruines d'un hôpital soutenu par MSF après avoir été bombardé, à Idlib (Syrie), le 15 février 2016. (MUHAMMED KARKAS / ANADOLU AGENCY / AFP)
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Selon les Nations unies, des tirs de missiles ont "tué près de cinquante civils dont des enfants et fait de nombreux blessés" dans "au moins" cinq établissements médicaux et deux écoles à Alep et Idlib, lundi 15 février, dans le nord de la Syrie. "Vraisemblablement russes", ils ont notamment visé dans le nord-ouest du pays en guerre, un hôpital soutenu par Médecins sans frontières (MSF). Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l'ONU, a considèré ces attaques comme "des violations flagrantes du droit international". Dans la journée, la Russie et la Turquie se sont en outre engagées dans une escalade verbale. Voici les dernières informations sur la situation en Syrie.

La Turquie et la Russie se fâchent un peu plus

Le ton devient de plus en plus acerbe entre Moscou et Ankara, témoignant de l'internationalisation croissante du conflit syrien. La Russie, principale alliée du régime de Bachar Al-Assad, a dénoncé les "actions agressives" de la Turquie qui s'apparentent, selon elle, à un "soutien non voilé au terrorisme international".

Le Premier ministre turc a répliqué en accusant la Russie de se comporter "comme une organisation terroriste" en Syrie où elle mène, au même titre que les jihadistes du groupe Etat islamique des "attaques barbares contre la population civile". Si elle continue, "nous lui opposerons une riposte extrêmement résolue", a averti Ahmet Davutoglu.

Ankara continue de bombarder les combattants kurdes

Cette guerre des mots est suivie avec une inquiétude croissante par les pays occidentaux, qui semblent impuissants à peser sur le cours des évènements. Elle intervient alors que l'armée turque a pilonné, pour le troisième jour consécutif, des positions des forces kurdes à proximité de la frontière syro-turque dans la province d'Alep, dans le nord de la Syrie.

Une batterie de trois canons a à nouveau ouvert le feu pendant 20 minutes en début d'après-midi depuis Akcabaglar, à environ 5 km du poste-frontière d'Oncupinar. Malgré ces tirs, les Kurdes continuent à progresser depuis l'ouest de la province après avoir conquis plusieurs localités aux mains de groupes insurgés, ainsi que de l'aéroport de Minnigh.

Malgré les appels lancés par Washington et Paris à y mettre fin, le Premier ministre turc a prévenu que ces bombardements allaient se poursuivre, notamment pour empêcher les Kurdes de prendre Azaz, une ville située à une dizaine de kilomètres de la frontière. "Nous ne laisserons pas Azaz tomber", a affirmé Ahmet Davutoglu lundi. Pour les Turcs, les peshmergas kurdes sont avant tout des "terroristes" liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion meurtrière en Turquie depuis 1984.

Un casse-tête diplomatique pour les Occidentaux

L'implication turque embarrasse les Occidentaux, qui sont à la fois alliés de la Turquie au sein de l'Otan, et des Kurdes, qu'ils considèrent comme la force la plus capable de lutter contre l'Etat islamique en Syrie et en Irak. Elle rend aussi encore plus complexe la situation militaire dans la province d'Alep quinze jours après le début, le 1er février, d'une vaste offensive des forces du régime, soutenues par d'intenses bombardements russes. L'armée syrienne encercle désormais presque totalement les quartiers rebelles d'Alep, l'ex-capitale économique du pays, et progresse au nord de la ville.

La poursuite des combats laissent peu d'espoirs qu'une "cessation des hostilités" puisse intervenir en fin de semaine, comme le prévoit l'accord conclu entre les grandes puissances vendredi à Munich, en Allemagne. Elle aggrave aussi la situation humanitaire dans le nord, où les derniers combats ont provoqué l'exode de dizaines de milliers de personnes. Une bonne partie d'entre elles sont bloquées à la frontière turque, espérant jusqu'à présent en vain qu'Ankara les laisse entrer.