Coupe Davis : pourquoi les matchs de l'équipe de France organisés en Guadeloupe font polémique

Depuis l'Open d'Australie, Gaël Monfils a fustigé, mercredi, cette décision portée pourtant par le capitaine des Bleus, Yannick Noah.

Gaël Monfils le 27 janvier 2016 à Melbourne pour l'Open d'Australie.
Gaël Monfils le 27 janvier 2016 à Melbourne pour l'Open d'Australie. (ELLA LING / BACKPAGE IMAGES LTD / AFP)
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La polémique a été relancée, mercredi 27 janvier, depuis l'Open d'Australie à Melbourne. Du 4 au 6 mars, l'équipe de France de tennis affrontera le Canada au premier tour de la Coupe Davis. Ce sera une première pour les tennismen français qui n'ont jamais joué outre-mer. Et décidément, cette première a du mal à passer.

"On n'est pas forcément tous contents d'aller en Guadeloupe", "on n'était pas tous d'accord""80% d'entre nous préféraient jouer en Europe", a lâché Gaël Monfils, après sa défaite face à Milos Raonic, cité par L'Equipe. D'après lui, seul leur leader, Jo-Wilfried Tsonga, y était favorable. Gilles Simon et Richard Gasquet étaient contre, tout comme Nicolas Mahut. 

Francetv info vous explique pourquoi cette décision, portée par le capitaine de l'équipe de France, Yannick Noah, fait polémique.

Parce que ça complique le calendrier des Français

Gaël Monfils a invoqué une raison majeure : "Je ne suis pas satisfait d’aller là-bas car c’est compliqué pour le calendrier, a expliqué le joueur, qui n'a pas caché qu'il se sentait "déchiré", étant donné ses "racines" guadeloupéennes et martiniquaises. Ça arrive au mauvais moment. C’est pour ça qu’on n’est pas content."

Le voyage aux Antilles va, en effet, perturber son agenda. Juste après son passage par le tournoi de l'hémisphère Sud, "La Monf'" avait prévu de revenir jouer sur dur en salle en Europe, en commençant par le tournoi de Montpellier. Mais il devra faire un crochet par la Guadeloupe, jouer sur terre battue en extérieur et composer avec un autre décalage horaire. 

Jo-Wilfried Tsonga, en revanche, va faire la tournée sud-américaine sur terre battue, ce qui est "un peu plus cohérent" avec le match en Guadeloupe, a observé Gaël Monfils.

Parce que ça ne sera pas forcément à leur avantage

La terre battue, en extérieur, est, en théorie, la meilleure surface pour battre les Canadiens et notamment leur leader, Milos Raonic, plus à l'aise sur les surfaces rapides. Gaël Monfils a reconnu la justesse du choix tactique, soutenu par son capitaine. Mais en pratique, la victoire est loin d'être assurée. Car le choix de la Guadeloupe s'avère plus avantageux pour l'homme fort du Canada que pour les Français. 

Le Parisien a relayé une confidence faite par Milos Raonic "dans les vestiaires" de l'Open d'Australie. "Milos m’a dit : 'Ça se serait joué en Europe, 'no chance' que je vienne !'" Et en effet, le Canadien "joue [le tournoi de] Delray Beach" en Floride, "après il a un truc de basket avec des célébrités au Canada." Puis Milos Raonic a glissé à Monfils : "La Guadeloupe, c’est à côté, je viens, quoi !" Et le Français d'en conclure, amer : "Voilà, on l’avait dit, répété. Mais c’est à chaque fois la même chose, on ne prend jamais vraiment la bonne décision."

"La Guadeloupe, on l’avait demandée pour la finale" perdue de la Coupe Davis 2014 face à la Suisse, a révélé Gaël Monfils. Mais celle-ci avait finalement été organisée à Villeneuve-d’Ascq. Les supporters suisses, venus presque en voisins, avaient mis au moins autant d'ambiance dans le stade Pierre-Mauroy que les Français. Jouer en Guadeloupe, "ça leur aurait fait vraiment mal", a insisté le Français, "avec le décalage horaire, c’était un peu chaud pour eux à ce moment-là". Car une semaine avant la finale, Stanislas Wawrinka et Roger Federer disputaient le Masters de Londres.

Parce que ça coûte cher

Dès l'annonce, début décembre, l'organisation du premier tour de la Coupe Davis en Guadeloupe a suscité les critiques, en raison de son coût. La Fédération française de tennis (FFT) l'avait chiffré à 1,5 million d'euros, dont 1 million à la charge de la région. Mais son nouveau président, Ary Chalus, avait ensuite avancé un chiffre de 4,5 millions.

Le Guadeloupéen a même, un temps, menacé de ne pas payer le surcoût et de ne pas organiser la compétition. Après d'âpres négociations et l'intervention du ministère des Sports, un accord a été trouvé et la facture a été ramenée à 3,2 millions d'euros, en abaissant les coûts au maximum, explique France Antilles. Et l'Etat prendra à sa charge une partie de la rénovation du stade vélodrome de Baie-Mahault qui accueillera l'épreuve.

Travaux de rénovation au stade vélodrome Amédée-Detraux de Baie-Mahault (Guadeloupe) avant la Coupe Davis, le 28 décembre 2015.
Travaux de rénovation au stade vélodrome Amédée-Detraux de Baie-Mahault (Guadeloupe) avant la Coupe Davis, le 28 décembre 2015. (HELENE VALENZUELA / AFP)

Quant à la FFT, elle débourse par exemple, raconte RTL, environ 500 000 euros pour acheminer la terre battue fabriquée très loin de là, à Pontpoint (Oise) et transportée dans 450 sacs d'une tonne chacun, chargés à bord de 20 containers embarqués sur un porte-containers parti de Dunkerque, jeudi 21 janvier. 

En attendant, l'autorité de Yannick Noah, nommé en septembre pour la restaurer après le limogeage d'Arnaud Clément, est déjà mise à l'épreuve. En guise de réponse à Gaël Monfils, le capitaine des Bleus a fustigé "les états d'âme des uns et des autres". L'affaire a même pris un tour politique, avec l'intervention du secrétaire d'Etat aux Sports, Thierry Braillard, qui a dénoncé un "manque de respect". Ambiance.