Le supporter-donateur est né. Déjà ponctionnée par les entrées au stade, les déplacements à l'extérieur ou encore l'achat de produits dérivés, sa tirelire est désormais convoitée pour des dons. Les clubs lancent des souscriptions pour surmonter leurs difficultés financières. A l'heure du sport business, les dirigeants comptent sur la générosité de leur base, comme s'il s'agissait de sauver une usine ou une association. FTVi vous en dit plus sur ces "clubothons" à Strasbourg, Lens, Poitiers ou encore Brest.

• Pourquoi les clubs lancent-ils des souscriptions ?

Une situation d'urgence. Le tocsin est souvent sonné en fin de saison, lorsque les clubs présentent leurs comptes devant la ligue (de football, de handball, etc.). Si les instances de contrôle jugent les bilans insuffisants, un ultimatum est fixé, avec le risque de ne pouvoir s'engager en championnat. Exemple cette année avec le Poitiers Volley (Vienne) : endetté, mal géré, le champion de France 2011 est mis en demeure fin mai et menacé de rétrogradation, détaille la Nouvelle République. Le club a alors deux semaines pour trouver des fonds supplémentaires, auprès des collectivités, des sponsors, voire des supporters. Très vite, les fans se mobilisent d'eux-mêmes, quelques mois après un appel aux dons de la part du club avec un objectif de 200 000 euros.

Une opération médiatique. Plus que la garantie d'une levée de fonds importante, l'appel aux supporters est un levier utile pour toucher le grand public. L'organisation de rassemblements, comme à Poitiers, permet aux supporters de "prouver symboliquement qu'il y a quelqu'un derrière" et donc d'inciter "les collectivités à pousser pour la sauvegarde de ce club". La médiatisation des souscriptions permet aussi de peser auprès des sponsors.

Un nouveau départ. Au Racing Club de Strasbourg (Bas-Rhin), la souscription est arrivée après la liquidation judiciaire et la rétrogradation à l'été 2011. Relégué au niveau amateur (CFA 2, soit la cinquième division), le club de foot cherche à repartir sur des bases saines et associe ses supporters au chantier. En échange d'un ruban bleu, les fans sont invités à un don de leur choix.

• Est-ce que ça marche ?

Oui. C'est l'histoire d'un village gaulois, ou plus exactement du club de handball de l'Arvor 29, à Brest (Finistère). En juin 2008, les joueuses obtiennent leur montée en D1 mais le budget présenté par le club ne correspond pas aux critères imposés pour l'élite. Il lui manque 200 000 euros pour atteindre 700 000 euros sous dix jours. Comme Metz (Moselle) en 2005, raconte le site Handzone.net, c'est largement grâce à une souscription publique que le pari est remporté, comme le rappelle ce forum.

Non. C'est le cas le plus fréquent. Trois ans plus tard, l'Arvor 29, pourtant champion de France, est rétrogradé en D2 et privé de coupe d'Europe à cause de son bilan financier déficitaire, rapporte Le Télégramme. Même destin funeste pour Poitiers, condamné au dépôt de bilan, tout comme Strasbourg qui a été revendu fin juin selon l'Equipe.fr, pour un euro symbolique malgré plus de mille donateurs.

On verra... Dans une nouvelle forme de souscription, des supporters du Racing Club de Lens (Pas-de-Calais) envisagent de se regrouper en association et d'investir dans le club afin de siéger au conseil d'administration, selon La Voix du Nord. Propriété du Crédit agricole, le RCL est menacé de coupes budgétaires. Bientôt des dons à la banque ? Les paradoxes du sport business.