Bizutage, vestiaires maudits et sifflets nourris : quand le Millennium Stadium de Cardiff traumatise les sportifs

La France affronte le pays de Galles dans le fameux "chaudron" de Cardiff, vendredi, pour le Tournoi des six nations. Mais l'atmosphère électrique du stade pourrait bien causer quelques problèmes aux Bleus...

Le Millennium Stadium de Cardiff, au pays de Galles (Royaume-Uni), le 18 octobre 2015.
Le Millennium Stadium de Cardiff, au pays de Galles (Royaume-Uni), le 18 octobre 2015. (KIERAN MCMANUS / BACKPAGE IMAGES LTD / AFP)
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"Le Millennium, c'est le stade parfait pour offrir du spectacle !" C'est le Français Damien Chouly qui le dit, dans les colonnes de Metronews. Le souci, au Principality Stadium (nouveau nom, depuis le 1er janvier, de l'emblématique stade de Cardiff), c'est que le spectacle a souvent tendance à tourner au cauchemar. En cause, l'ambiance du "chaudron" gallois, qui peut sérieusement déstabiliser les joueurs.

Alors que le XV de France y affronte les Gallois, vendredi 26 février à 21 heures, pour son troisième match du Tournoi des six nations, francetv revient sur quatre anecdotes qui prouvent que le Principality Stadium peut être un véritable enfer pour les sportifs.

Les joueurs sont plongés dans le noir pour faire monter la pression

Le pays de Galles a développé une technique pour bien débuter ses matchs au Principality Stadium : faire perdre leurs moyens aux joueurs adverses avant même que la rencontre ne commence. Lors du Tournoi des six nations 2014, le XV de France a ainsi subi un bizutage en bonne et due forme, comme le rappelle Le FigaroAlors que les Gallois attendent tranquillement dans les couloirs du stade, les Bleus passent trois longues minutes seuls au milieu du terrain, dans le noir. Autour d'eux, des flammes sont projetées en l'air. Le stade vibre des cris des 74 000 spectateurs et du rock poussé à fond.

"On aurait dit un avant-combat de boxe. Puis, d’un coup, tout se rallume, raconte le demi d'ouverture français, Jules Plisson. Le contexte était chaud-bouillant." Les Français, déconcentrés par la mise en scène, ne sont déjà plus dans leur match : ils encaissent un premier essai au bout de 4 minutes. Ils sont finalement écrasés par les Gallois, 27 à 6.

Pour éviter une issue similaire, l'Angleterre a refusé de rester seule sur le terrain lors du Tournoi 2015. Le XV de la Rose a imposé aux Gallois de subir les trois minutes de show à leurs côtés, afin que tous les joueurs soient à égalité, rapporte Le Figaro. Résultat, la stratégie du XV du Poireau s'est retournée contre lui. L'Angleterre a remporté la victoire chez son adversaire, 21 à 16.

Les joueurs ne s'entendent plus à cause du bruit

Le spectacle d'avant-match n'est pas le seul élément qui perturbe les adversaires du pays de Galles au Principality Stadium. Le vrai problème, c'est le bruit. Le public est en effet le plus bruyant des six stades du Tournoi : il produit en moyenne 92 décibels pendant les rencontres, selon Wales Online (en anglais). De quoi couvrir le bruit d'un jet qui décolle, souligne le site gallois.

Lorsque le toit du Principality Stadium est fermé, l'effet est décuplé, au point de transformer l'enceinte en véritable cocotte-minute. "Si vous êtes à 10 mètres de l'en-but gallois, ou qu'ils sont à 10 mètres du vôtre, le bruit devient tellement oppressant que cela fait comme une force qui pèse sur vous", confie l'Anglais James Haskell à Wales Online. Les joueurs (même gallois) ont donc souvent du mal à communiquer sur le terrain.

Pour préparer ses joueurs à cette difficulté, le sélectionneur anglais Stuart Lancaster a diffusé de la musique pendant un des entraînements du Tournoi 2015, rapporte le Telegraph (en anglais). Le coach du XV de la Rose a aussi obtenu un petit avantage pour le match face aux Gallois : le toit a été laissé ouvert. De quoi faire baisser le niveau sonore de quelques décibels et permettre aux Anglais de se comprendre.

Même Philippe Saint-André a été humilié par le public

Les cris qui résonnent dans l'enceinte du Principality Stadium ont généralement pour effet de déstabiliser les joueurs. Mais un sélectionneur a, lui aussi, subi les foudres du chaudron gallois. Pour son dernier match à la tête des Bleus, Philippe Saint-André a en effet été hué par les spectateurs, le 17 octobre dernier. Ce soir-là, le XV de France encaisse la plus large défaite jamais enregistrée en quart de finale de la Coupe du monde. Les All Blacks infligent une véritable correction aux Bleus (62-13), en réussissant à passer la ligne d'en-but française à neuf reprises.

L'humiliation, qui conclut quatre ans de mauvaises performances du XV de France, irrite les supporters français présents au Principality Stadium. Lorsque Philippe Saint-André prend la parole au micro du speaker, comme le veut la tradition, il est accueilli par des sifflets et des quolibets. Hormis à la télévision, impossible d'entendre le patron des Bleus par-dessus la bronca.

La scène marque durement l'ancien sélectionneur du XV de France, mais aussi son fils, Jules. "Juste après notre élimination, mon enfant est ainsi rentré à l'hôtel dans un sale état, littéralement prostré, raconte Philippe Saint-André dans son livre Devoir d'inventaire : dans les coulisses d'une branlée historique, paru en janvier 2016. J'ai tenté de lui expliquer, mais il avait entendu son paternel se faire méchamment siffler... Pas simple !" Quand on vous dit que le Principality Stadium peut être un véritable enfer...

Des vestiaires maudits attirent la poisse sur les joueurs

Les rugbymen et leurs sélectionneurs ne sont pas les seuls à redouter de jouer dans le chaudron. Au début des années 2000, certains footballeurs ont eu le Millennium Stadium en horreur. Les joueurs de Stoke City et de Birmingham City étaient en effet convaincus que les vestiaires sud étaient maudits, selon le Telegraph (en anglais). Et pour cause : entre 2000 et 2002, pas moins de 12 matchs de qualification de la Cup et du championnant anglais sont perdus par l'équipe qui hérite des vestiaires sud lors du toss. De quoi se demander si un mauvais esprit ne rôde pas de ce côté du stade.

Officiellement, les responsables du chaudron rejettent toutes les rumeurs de malédiction. Mais ils cèdent tout de même à la superstition, et engagent un "expert en fengshui" pour examiner la pièce, rapporte la BBC (en anglais). L'artiste Andrew Vicari est en outre chargé de réaliser une fresque sur un mur du vestiaire : un gigantesque soleil, un cheval au galop ainsi qu'un phénix renaissant de ses cendres.

Il peint le tout dans un rouge éclatant. "Il existe des preuves scientifiques que les couleurs peuvent avoir un effet sur l'humeur des gens, explique Andrew Vicari au Telegraph. Certaines couleurs portent chance et, combiné avec le caractère mystique de ma fresque, cela pourrait bien rompre la malédiction." L'artiste voit juste : le 11 mai 2002, Stoke City décroche sa place en première division, alors que ses joueurs sont installés dans le vestiaire sud.

Une autre fresque, rouge elle aussi, a depuis vu le jour à proximité du Principality Stadium. Le graffeur Bryce "Best" Davis a peint en février un énorme dragon, emblème du pays de Galles, sur un mur du centre ville de Cardiff. Une image qui, espère-t-il sur le site Wales Online (en anglais), enverra un "message marquant" aux supporters adverses. Comme si la pression à l'intérieur de la cocotte-minute de Cardiff ne suffisait pas.