Vous vous étiez habitués au Top 14, sa formule de 26 matchs de saison régulière et des play-offs pour départager les premiers ? N'y prenez pas goût. Outre un nouveau logo, la Ligue nationale de rugby mijote une nouvelle formule pour le championnat cuvée 2013-2014. Ça ne fera que la... huitième depuis 1995. Les présidents de club, décisionnaires, sont d'accord pour changer, mais pas sur le changement. Résultat : trois formules s'opposent. Une élite resserrée à 12 clubs, un statu quo à 14 et un championnat élargi à 16. Pesons le pour et le contre.

• Top 12, la "Michelin-Airbus Cup"

Pour

- On joue trop de matchs, on a même disputé des rencontres à Noël et la veille du Nouvel An. Donc réduire l'élite serait cohérent avec cette réclamation des joueurs. 

- Les championnats majeurs du rugby européen, l'Angleterre et la Ligue celtique (Pays de Galles, Irlande, Ecosse, Italie), comptent 12 clubs.

Contre 

- Le côté "Michelin-Airbus Cup", raillé par le président de Perpignan, Paul Goze. En gros, dans cette élite ultra-resserrée, seuls Clermont (propriété de Michelin) et Toulouse (sponsorisé par Airbus) seront sûrs de jouer les premiers rôles, les autres équipes devant se contenter de la lutte pour le maintien chaque année. 

- Certains dirigeants pointent déjà une baisse de recettes pour les clubs. Si on dispute deux matchs à domicile en moins, les clubs de rugby, plus dépendants des recettes au guichet que les clubs de foot de Ligue 1 (PDF p. 16), devront se serrer la ceinture.

- Canal+, diffuseur du rugby, est contre. 

• Top 14, la formule "p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non"

Pour

- Changer une nouvelle fois, ça reviendrait à valider la thèse selon laquelle le rugby français vit sa crise d'adolescence.

- Ça éviterait les petits arrangements entre amis qui accompagneront tout choix de nouvelle formule, une grande spécialité du rugby français, où les accusations de favoritisme sont récurrentes. Comme l'écrit Le Progrès, "le club lyonnais a été sauvé 'miraculeusement' de la relégation à sept reprises depuis la dernière guerre (1948, 1949, 1957, 1961, 1965, 1967, 1971), grâce à un changement de formule ou à une intervention fédérale favorisant l’implantation du rugby dans les grandes villes." Tiens, justement, l'argument d'un meilleur maillage territorial revient souvent dans la bouche des partisans du Top 16.

Contre

- Sept ans que la formule a été mise en place, et on parle de la réformer tous les ans : c'est donc que quelque chose ne va pas.

- Le manque de matchs pour les équipes éliminées rapidement de Coupe d'Europe. Samedi 12 mai, beaucoup de clubs disputeront leur dernier match de la saison. Le prochain aura lieu dans plus de trois mois.

• Top 16, "jouer plus pour gagner plus"

Pour 

- L'arrivée sur le marché français d'Al Jazeera, via ses chaînes sportives, aiguise les appétits. "Les droits télé vont augmenter. Cela va tirer le schéma économique vers le haut. Il faut un rayonnement économique plus large au niveau national, et pour cela, il faut passer au Top 16", explique le président du club de Lyon, Yvan Patet, dans le magazine Midi Olympique

- Comme l'explique le président de Toulon, Mourad Boudjellal, "le fait de trop jouer concerne 35 joueurs. Les règles doivent être faites pour la majorité", les joueurs qui jouent une vingtaine de matchs par saison.

Contre

- Où trouver les nouvelles équipes, alors que le Top 14 en comporte déjà de fragiles ? Faire monter trop d'équipes de Pro D2 renforcerait l'impression d'un championnat à deux vitesses, entre celles qui jouent le maintien (7 équipes) et celles qui se battent pour une place en play-offs (les 7 autres). 

- On en parlait déjà en 2010, ça ne s'est pas fait. Pourquoi ça se ferait en 2012 ?

Dans l'hémisphère Sud aussi, on tâtonne pour trouver LA bonne formule. Actuellement, les meilleures équipes néo-zélandaises, australiennes et sud-africaines sont rassemblées dans le Super 15, une compétition bâtarde à cheval sur deux continents et un paquet de fuseaux horaires qui met en difficulté financière pas mal de franchises. "C’est n’importe quoi, résumait en septembre l'entraîneur des Sharks, une équipe sud-africaine. Ce n’est bon ni pour les joueurs ni pour les équipes. Mais, visiblement, ça rapporte de l’argent…" Le nerf de la guerre, et le premier argument des promoteurs du passage en Top 16 en France.