Dimanche 11 mars, à 16 heures, sous les yeux de Nicolas Sarkozy, François Hollande, David Cameron, le Premier ministre du Royaume-Uni, et 80 000 spectateurs, le XV de France défie son meilleur ennemi, le XV d'Angleterre. On approche de la centième confrontation, avec une France qui joue mal et une Angleterre est en pleine crise identitaire. Cependant, l'affiche n'a rien perdu de son charme. Si vous tombez dessus, voici un abécédaire des anecdotes à caser pour briller en société pendant les 80 minutes. 

Bleus

Jusqu'en 1907, les rugbymen français jouaient en blanc avant de passer au bleu car leurs couleurs étaient trop proches de l'équipe d'Angleterre, précise le blog Rugby-Pioneers.

Coq

Pour qualifier l'équipe d'Angleterre, on parle du XV de la Rose car les Anglais ont effectivement une rose sur le maillot. Mais personne ne dit le XV du coq en France. Pourquoi ? Peut-être parce que les maillots des Bleus ont arboré jusqu'en 1911 des anneaux enlacés en lieu et place du roi de la basse-cour...

Courge 

D'habitude, on évoque le rayon légumes lors d'un match contre le Pays de Galles, le XV du Poireau. Mais là, c'est Philippe Saint-André, le sélectionneur français, qui a donné dans la métaphore potagère dans l'hebdomadaire Midi Olympique : "Il y a beaucoup de personnes qui ne regardent qu'un seul match de rugby dans l'année, parce que c'est des Français qui se mettent sur la courge avec des Anglais."

Crunch

Il convient de faire la différence entre UN Crunch, la barre chocolatée, et LE crunch, autre nom du match France-Angleterre. En anglais, "crunch" veut dire "moment crucial" et "le crunch" (en anglais dans le texte) un moment crucial contre les Français. La date d'emploi de ce terme n'est pas précisément définie mais c'est comme un derby puissance 3. Quelque part, n'en déplaise aux Gallois, Italiens, Ecossais et Irlandais, la suprématie européenne est en jeu.

Clichés

Lors de l'affrontement avec l'Angleterre, les phrases commençant par "L'Anglais est..." font florès chaque année.

Ainsi Bernard Laporte, ancien sélectionneur de la France, au Midi Olympique : "L'Anglais est arrogant. Et il fait peur. Quand tu joues l'Ecosse et le Pays de Galles, tu sais que tu peux perdre mais que tu ne risques pas ton intégrité physique. Or, face au XV de la Rose, (...) tu dois te préparer à t'engager presque au-delà de la limite pour pouvoir rivaliser."

Quelques années plus tôt, Jean Gachassin, ancien rugbyman devenu président de la Fédération française de tennis, au Figaro en 2007 : "Les Anglais sont hypocritesCe sont des donneurs de leçons, des gens qui ont, soi-disant, inventé le rugby."

Jeu

"Je suis étonné que les Français jouent si bien à un jeu si compliqué", s'est extasié le président de la fédération anglaise en 1893 quand, pour la première fois, une équipe tricolore a défié une équipe anglaise. Un compliment qui s'explique peut-être par le fait que les Français avaient perdu. 

Les échanges gardent la même tonalité quelques décennies plus tard. Les Anglais ont exclu les Français du Tournoi des V Nations pendant 16 ans, à partir de 1931. Deux versions cohabitent : pour les Anglais, les joueurs tricolores cachaient des couteaux dans leurs chaussures (en anglais) pour intimider l'adversaire. Mais l'autre explication met en avant l'opposition des dirigeants anglais au professionnalisme, à peine déguisé en France. 

"Mission accomplie"

C'est le contenu du télégramme envoyé par le capitaine de l'équipe de France de 1967 après une victoire en terre anglaise. Le destinataire ? Le général de Gaulle.

"No scrum, no win"

C'est LA phrase anglaise que ressortent systématiquement les commentateurs à chaque confrontation. Le "wait and see" du rugby. Littéralement, ça veut dire "pas de mêlée, pas de victoire". Traditionnellement, le jeu anglais s'appuie sur une grosse domination dans ce secteur, mais ces dernières années, les Français ont eu le dessus. Qui aura l'avantage dimanche ? Wait and see...

"Sorry, good game"

Epitaphe cruelle d'une défaite française par le capitaine de l'équipe d'Angleterre dans les années 80, Will Carling. 

Toutefois, n'allez pas croire que tous les joueurs français auront une pensée émue pour Jeanne d'Arc avant le coup d'envoi dimanche. Certains, de leur propre aveu, sont totalement insensibles à cette mythologie, à l'instar de l'ailier Julien Malzieu : "Je m’en fous complètement de tout ce folklore !"