C'est l'histoire d'un club champion d'Europe en 1997, finaliste de l'épreuve en 98, grosse écurie du championnat de France au tournant des années 2000 et qui va sans doute descendre en Pro D2 samedi 12 mai. A moins d'un miracle - une victoire avec bonus sur Clermont, jamais défait à domicile depuis trois ans -, Brive sera relégué à l'étage inférieur. La situation pendait au nez du club corrézien, qui a tenté en vain de mitonner les recettes du passé.

"La petite équipe en mousse"

La stratégie de tout miser sur la défense n'a pas suffi. Brive est pourtant l'équipe qui a encaissé le moins d'essais en Top 14, devant Toulouse et Toulon. Mais c'est au prix d'une attaque anémique : il n'y a guère que Lyon qui a fait pire. Le dernier drop inscrit remonte à plus de 2 000 minutes, note le blog Mêlée relevée du Figaro. "Si on fait abstraction des matchs à domicile qui restent quand même franchement dégueulasses avec une moyenne de 6 à 3, si Brive avait récupéré des points à chaque fois qu'on a entendu la phrase 'ah c'est dommage ils ne méritaient pas ça', l'équipe serait peut-être en train de disputer une place en barrage", regrette le blogueur Ovale Masqué sur Le Rugbynistère.

L'entraîneur Ugo Mola et de nombreux joueurs ont déjà annoncé leur départ, relève Rugbyrama. L'opération reconstruction s'annonce difficile. Surtout que la Pro D2 ne constitue pas une promenade de santé pour les équipes reléguées : des clubs comme Béziers ou Narbonne ne parviennent pas à s'en dépêtrer. "Brive est une place forte du rugby, et nous ferons tout pour retrouver notre place parmi l'élite", veut croire le vice-président du club Max Mamers, cité par Sports.fr. Ce que le club a déjà réussi à faire, lors d'une première descente en seconde division, en 2001-2003.

La détresse du demi d'ouverture Christophe Lamaison après la défaite en finale de la Coupe d'Europe contre Bath, en janvier 1998.
La détresse du demi d'ouverture Christophe Lamaison après la défaite en finale de la Coupe d'Europe contre Bath, en janvier 1998. (THOMAS JEAN-PAUL / SIPA)

"Ah si tu pouvais fermer ta gueule"

Le CA Brive reste associé à Patrick Sébastien, président du club lors des années fastes (de 1995 jusqu'à son éviction en 1999) puis sauveur contrarié en 2007-2009. Rappelé par le propriétaire du club, Daniel Derichebourg, en 2007, Patrick Sébastien croit participer à un plan visant à atteindre la finale de la Coupe d'Europe dans les trois ans. Un échec. L'animateur du "Plus grand cabaret du monde" jette l'éponge après un différend avec le conseil d'administration. "J'ai donné de l'argent au club, 50 000 euros que je leur laisse avec plaisir. Et puis j'ai fermé ma gueule", raconte l'animateur à L'Equipe.fr. Meurtri, mais fidèle à son club de toujours (il s'est marié en 1998 sur la pelouse du stade), Sébastien veut encore apporter son aide. Dans une interview au quotidien La Montagne, il déclare : "Si j'ai l'occasion, dans mes passages médiatiques, de dire à des sponsors de venir à Brive, je n'hésiterai pas."

Il restera du passage de Patrick Sébastien ce clip improbable où un chevalier portant étendard et devise du CA Brive galope sur un terrain de rugby, le tout sur la musique du film Gladiator. Même depuis qu'il n'est plus au club, son souvenir y reste vivace. Lors d'une fessée infligée par Clermont en 2009 (45-0), les supporters auvergnats avaient entonné l'air du Petit Bonhomme en mousse pour chambrer leurs homologues limousins. Voilà qui change des "olé".

 

"Et on fait tourner les serviettes entraîneurs"

Au milieu des années 2000, le club corrézien a connu une grande instabilité sur le banc. "C'était Santa Barbara [lors de la saison 2006-2007], se souvient Pierre Capdevielle, ancien joueur du club, dans La Montagne. Je ne sais pas combien d'entraîneurs on a eus ! Au début, c'était perturbant, mais passé le quatrième de la saison, on était habitués." Record de longévité pour un entraîneur depuis 2000 : deux ans et demi.

La politique de recrutement a changé : beaucoup de joueurs anglais approchant de la date de péremption sont venus préparer leur retraite en Corrèze. Petit à petit, ce club taillé pour la H-Cup avec le cinquième budget du championnat s'est transformé en équipe du ventre mou, puis en candidat à la relégation. "Brive n'est plus un club de milliardaires", se justifie le président du club, Jean-Jacques Bertrand. Au point de demander à ses joueurs des baisses de salaire pour équilibrer les comptes…

"On voudrait des sous"

Beaucoup de supporters (comme sur le forum CA libre) espèrent que l'arrivée de François Hollande au pouvoir ait le même effet que la présidence de Jacques Chirac, qui avait incité des hommes d'affaires à investir dans le club... mais aussi Johnny Hallyday à donner un concert sur la pelouse du stade Amédée-Domenech, resté dans les mémoires. 

Jacques Chirac pose avec le maillot du CA Brive Corrèze après la victoire en Coupe d'Europe de rugby, en 1998.
Jacques Chirac pose avec le maillot du CA Brive Corrèze après la victoire en Coupe d'Europe de rugby, en 1998. (GERARD FOUET / AFP)

Jacques Chirac, qui aurait joué n°8 pour le club dans sa jeunesse, a aidé à trouver un repreneur, l'entreprise Penauille Polyservices, quand le club était en difficulté, en 2001. Penauille a été racheté par le très discret homme d'affaires Daniel Derichebourg qui, de fait, est devenu le patron du CA Brive. Même si Derichebourg a revendu le club en 2009, il en est resté l'homme fort. Derichebourg, un proche de... François Hollande, tout comme le patron d'Andros, sponsor du stade de Brive, note Libération. L'avenir du club sera donc observé au plus haut niveau de l'Etat.