"La semaine dernière, j'y croyais vraiment, j'avais une forme olympique, je me connais, j'avais réussi à m'entraîner dans le Haut-Jura, et puis patatras, dans la dernière semaine, beaucoup de choses se sont passées." C'est une Jeannie Longo désabusée qui répond le 22 juin aux questions de Jean-Pierre Pernaut durant l'édition du 13 heures de TF1. En terminant, la veille, en 5e position du contre-la-montre des championnats de France, la sportive de 53 ans a perdu tout espoir de se qualifier pour les Jeux olympiques, une première depuis 1984. La Fédération Française de cyclisme a officialisé la nouvelle le 25 juin. La championne accepte le résultat, mais elle dénonce les bâtons qui lui ont été glissés dans les roues pour l'empêcher de rivaliser avec la gagnante, Pauline Ferrand-Prevot. FTVi vous explique pourquoi certains souhaitent éloigner Jeannie Longo des podiums.

• Premier suspect : la fédération Française de cyclisme (FFC)

Pour la championne, pas de doute : la FFC a tout fait pour lui barrer la route des Jeux olympiques de Londres. La sportive raconte notamment l'acharnement dont elle a été victime, avec la répétition de trois contrôles antidopage en une semaine lors des championnats de France. "Ça m'a touchée parce que c'est une sorte d'humiliation, c'est une suspicion systématique, et en même temps cela provoque de la fatigue. Oui, j'ai été choquée, ça m'a fatiguée, ça m'a fait craquer psychologiquement." Elle rapporte également ce qu'elle estime être un coup de poignard : "les officiels de la fédération m'ont fait modifier la position de ma selle de deux centimètres quelques minutes avant la départ. Je n'ai pas eu du tout mes marques". Le diable se niche souvent dans les détails, et à ce niveau, cela ne pardonne pas. Résultat : la championne est victime, depuis, d'une sciatique.

Elue à plusieurs reprises sportive préférée des Français, Jeannie Longo a vu ces derniers mois son image d'athlète irréprochable pâlir. En cause, la polémique sur la localisation nécessaire pour procéder à des contrôles antidopage, comme l'expliquait alors L'Equipe, et les aveux de son mari et entraîneur Patrice Ciprelli, qui a reconnu avoir acheté des produits dopants. Ce dernier l'a pourtant dédouané. Mais le mal est fait, et l'image écornée. Après plusieurs décennies dominées par Longo, les dirigeants du cyclisme français veulent du changement, mais pas question pour autant de parler de persécution. Selon David Lappartient, le président de la Fédération française de cyclisme, la FFC est un "bouc émissaire facile". "Ça reste une grande championne, mais reconnaissons qu'il n'est pas illogique qu'une athlète de presque 54 ans se fasse battre par deux athlètes particulièrement (Ferrand-Prevot et Cordon), âgées de 20 et 22 ans".

• Deuxième suspect : la jeune génération

La Fédération doit composer avec les autres cyclistes, qui trépignent pour sortir de l'ombre de Jeannie Longo. Celles-ci, passablement frustrées, se contentent depuis des années des miettes laissées par la star et veulent être enfin reconnues, comme le raconte, au magazine Pédale !, la championne de France 2009 et 2011, Christel Ferrier-Bruneau : "L'an passé, TF1 a préféré ne pas citer mon nom et résumer la course en disant 'Encore une médaille pour Longo', même si ce n'était que de l'argent, sous-entendant qu'à côté, on est toutes des nulles."

Edwige Pitel a 45 ans, elle n'est pas une star montante, mais symbolise toute cette frustration de courir face à Longo. Championne de France sur route en 2007, elle confie, toujours à Pédale !, sa colère en lisant la presse le lendemain de sa victoire : "J'aurais aimé qu'on titre : 'Pitel a gagné'. Ben non, c'était : 'Longo a perdu'."

La nouvelle génération avec, de gauche à droite, Audrey Cordon, Pauline Ferrand et Edwige Pitel, le 21 juin 2012 lors des championnats de France à Saint-Amand-les-Eaux (Nord).
La nouvelle génération avec, de gauche à droite, Audrey Cordon, Pauline Ferrand et Edwige Pitel, le 21 juin 2012 lors des championnats de France à Saint-Amand-les-Eaux (Nord). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)


Alors quand la non-qualification de Jeannie Longo pour les Jeux olympiques a été officialisée, la nouvelle génération a poussé un ouf de soulagement, comme le rapporte L'EquipeAvec notamment cette déclaration d'Edwige Pitel : "On en avait toutes marre [de la domination de Longo]. Il y a des jeunes qui montent depuis un moment, mais elles étaient toujours éclipsées par elle. Etre dans la lumière avec les jeunes, ça fait du bien !"

• L'état de la victime : "Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir"

Interrogée sur sa volonté ou non de poursuivre sa carrière, la légende du cyclisme a balayé l'idée de prendre sa retraite : "Je n'ai jamais terminé sur un échec, je ne sais pas si c'est le moment de commencer ! Je pense que ce ne serait pas bien, c'est pour cela que je m'étais relancée au printemps. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir." Bien qu'absente à Londres, Jeannie Longo n'a pas donné son dernier coup de pédale. Elle pourrait  bien continuer encore longtemps à occuper les podiums, au grand dam de ses adversaires.