Le collectif Non aux JO 2024 à Paris : "Les Jeux raisonnables, on peut toujours y croire... comme on croit au père Noël"

Frédéric Vial, membre du collectif Non aux JO 2024 à Paris, s'oppose à l'organisation de l'événement sportif dans la capitale. Il dénonce un projet "totalement ruineux" au budget "ni réaliste, ni crédible".

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Paris et Los Angeles présentent mardi 11 juillet, à Lausanne (Suisse), leur dossier de candidature à l'organisation des JO 2024 devant les membres du Comité international olympique (CIO), qui devraient entériner dans l'après-midi le principe d'une double attribution des Jeux 2024 et 2028.

>> DIRECT. Jeux olympiques de 2024 : l'heure du grand oral pour Paris et Los Angeles

Frédéric Vial, membre du collectif Non aux JO 2024 à Paris, a dénoncé, sur franceinfo, un événement qui va "être totalement ruineux puisque le budget présenté n'est ni réaliste ni crédible". "Un certain nombre de dépenses ne sont pas prévues du tout", a-t-il indiqué. Pour lui, "le CIO a intérêt à avoir des Jeux délirants car c'est lui qui capte les droits de publicité et de retransmission télévisuelle".

franceinfo : Pourquoi les JO à Paris ne vous font-ils pas rêver ?

Frédéric Vial : Il y a trois raisons. Cet événement va d'abord être totalement ruineux, puisque le budget présenté n'est ni réaliste ni crédible. Un certain nombre de dépenses ne sont pas prévues du tout. Quand on songe que la sécurité, qui représentait à peu près un milliard d'euros à Londres, n'est pas budgétée... C'est aussi, d'un point de vue budgétaire, l'occasion d'un certain nombre de dépassements, notamment dans la mise en place d'infrastructures, de transports surtout. Cela va enfin être un scandale écologique. Imaginer qu'on va faire venir trois millions de personnes et qu'elles vont venir à la nage et se déplacer en voiture électrique ou à vélo, c'est complètement ridicule. Et parce qu'on va avoir des assiettes en carton, cela s'appelle du recyclage et on aura du zéro déchet ? Cela n'est pas crédible !

Le comité de candidature parle d'un budget de six milliards d'euros et sans dérapages car une majorité d'infrastructures sont déjà construites. Il met en avant des "Jeux raisonnables". Est-ce antinomique ?

C'est antinomique parce qu'il faut bien comprendre que le CIO a des intérêts matériels précis à ce que les Jeux soient à chaque fois délirants – ce qu'ils sont systématiquement depuis 1992. Seuls les discours ont changé : les Jeux "sobres", les Jeux "raisonnables", on peut toujours y croire... comme on croit au père Noël. Le CIO a intérêt à avoir des Jeux délirants parce que c'est lui qui capte les droits de publicité et de retransmission télévisée. Qui va éponger les surplus qui ne manqueront pas d'exister, comme ils existent à chaque fois ? Ce sont les contribuables. Avec un très rapide calcul, on arrive aujourd'hui, avant même [la désignation officielle], à cinq milliards de dépassement.

N'y voyez-vous pas un moyen d'accélérer les projets, notamment les transports et logements qui seront ensuite utiles et concrets pour la population francilienne ?

Oui, en effet. Cela sert d'accélération au projet Grand Paris mais c'est aussi l'un des problèmes, car cela a un coût. Prenons la ligne 17 du Grand Paris Express, par exemple, qui va relier Puteaux et l'aéroport Charles-de-Gaulle : le petit crochet vers EuropaCity [complexe de loisirs sur la commune de Gonesse, dans le Val-d'Oise] est déjà aujourd'hui estimé à 500 millions de dépassement. Ce sont des choses qui vont aussi coûter cher parce qu'il faut les terminer à temps. Normalement le Grand Paris Express était prévu en 2030 ou 2032. Là, c'est avancé à 2024, au mieux 2028, et il faudra le terminer à temps. Cela veut dire qu'il va y avoir – et il y a déjà –une explosion des budgets. "Du pain et des Jeux", c'est vieux comme le monde... Athènes 2004 : 109% de dépassement ; Pékin 2008 : 1 130% ; Londres 2012 : 127% ; Rio 2016 : 247%... Aucune leçon n'a été tirée ! Il n'y a aucune raison d'imaginer que les Français, parce qu'ils sont Français et qu'ils savent tout mieux que le reste du monde, vont faire mieux que les autres. On a encore sept ans pour fédérer l'opposition, si jamais c'est 2024. Quand on sortira les vrais chiffres, on ne désespère pas de rallier un certain nombre de personnes à notre cause.

Frédéric Vial
Frédéric Vial (CAPTURE D'ECRAN FRANCEINFO)