Le Real Madrid, nouveau club de Zidane, machine à broyer les entraîneurs

Mais dans quelle galère Zizou est-il allé se fourrer ? Car le club merengue ne fait pas de cadeau à ses coachs. La preuve.

Zinédine Zidane, alors entraîneur-adjoint du Real Madrid, lors de la finale de la Ligue des champions, le 24 mai 2014, à Lisbonne (Portugal).
Zinédine Zidane, alors entraîneur-adjoint du Real Madrid, lors de la finale de la Ligue des champions, le 24 mai 2014, à Lisbonne (Portugal). (SHAUN BOTTERILL / GETTY IMAGES EUROPE)
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"Allez-vous être viré en cas de défaite ?" est la question la plus souvent posée à tout entraîneur du Real Madrid. Rafael Benitez, remercié lundi 4 janvier au profit de Zinédine Zidane, résumait bien ses espoirs de longévité sur le banc madrilène en répondant : "J'espère que vous me poserez ces questions encore deux ou trois ans." Deux ou trois ans ? Pronostic optimiste. La durée de vie moyenne d'un coach à la tête de la "maison blanche" est d'un peu plus d'un an et demi (515 jours). Et ce n'est pas une expérience dont on sort indemne.

Le président savonne la planche au coach

Il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher à Florentino Pérez, le roi du BTP qui dirige le club depuis 2000 (avec une interruption entre 2006 et 2009). Lui n'a jamais imposé son fils en équipe première, contrairement à Lorenzo Sanz, son prédécesseur. Pour le reste, il ne fait rien pour rendre la vie facile à ses coachs. Dernier exemple en date : à Noël, le président a sondé les abonnés du club sur l'avenir de Rafael Benitez. Le sondage, censé rester confidentiel, a fuité dans la presse, parce qu'il servait les intérêts de Pérez, rapporte Sky Sports (en anglais). Zinédine Zidane y était plébiscité pour prendre en main l'équipe première. Voilà la méthode Pérez : poignarder dans le dos ses entraîneurs. 

Florentino Pérez, le président du Real Madrid, le 20 janvier 2011 à Madrid (Espagne).
Florentino Pérez, le président du Real Madrid, le 20 janvier 2011 à Madrid (Espagne). (DENIS DOYLE / GETTY IMAGES EUROPE)

Manuel Pellegrini, recruté par défaut en 2009, peut en témoigner : "Je savais qu'on allait me virer du Real un mois après mon arrivée. C'était dû aux différends que j'entretenais avec le président."

Pérez n'est pas qu'un président encombrant : il adore jouer au directeur sportif ou à l'entraîneur de temps en temps. En 2009, il vend ainsi deux joueurs-clés sans prévenir Pellegrini, juste avant le début de la saison. Il a aussi ses têtes de turc dans le vestiaire. Ainsi, il n'a jamais pu supporter Iker Casillas, l'iconique gardien du club, qu'il a cherché à remplacer par Gianluigi Buffon, alors à Parme, dès son élection à la tête du club en 2000. "Si un club veut acheter Casillas, je lui enveloppe dans de la cellophane, je lui fais un petit nœud avec un joli ruban, et je le lui envoie !", déclare Pérez devant les cadres du club médusés, comme le raconte Luis Miguel González dans le livre Las Entranas del Real Madrid. Il faudra attendre l'intersaison 2015 pour que Pérez parvienne à se débarrasser de son gardien.

Les joueurs mènent la vie dure à leur entraîneur

Il n'y a rien de plus facile que de se mettre à dos le vestiaire du Real. Guus Hiddink, fraîchement nommé à l'automne 1998, arrive avec la volonté de secouer un vestiaire embourgeoisé en promettant "moins de Ferraris et plus de cojones [testicules]". Raté. Les joueurs se battent plus entre eux que sur le terrain. "Se faire virer du Real Madrid fait partie du jeu", réagit Hiddink, désabusé.

"Quand on tape du poing sur la table, soit on se casse la main, soit on casse la table. Il ne se passe rien d'autre", ironise le défenseur brésilien Roberto Carlos, cité par le Guardian (en anglais). La méfiance entre l'entraîneur et le vestiaire peut aller très loin : José Mourinho faisait éplucher les fadettes de ses joueurs pour savoir qui donnait des infos aux journalistes, raconte le journaliste Diego Torres dans son livre The Special One : The Dark Side of Jose Mourinho (en anglais).

Ménager le vestiaire, c'est la base du travail d'entraîneur du Real Madrid. Ménager l'ego de sa superstar est presque aussi important. La presse espagnole a commencé à spéculer sur le départ de Benitez avant le début de la saison, quand il a refusé de dire que Cristiano Ronaldo était LE meilleur joueur du monde, juste "un des meilleurs". N'allez pas croire que cela date de l'arrivée de l'attaquant portugais. L'ancien coach Mariano Garcia Remon a été interviewé à ce sujet, rapporte le livre Fear and Loathing in la Liga :

"– Vous avez mis Ronaldo sur le banc, une fois.
– Oui. Ça m'a coûté mon job."

La presse n'est pas tendre non plus

En Espagne, la presse sportive ne se limite pas à un grand quotidien comme en France. Marca et AS consacrent chaque jour plusieurs dizaines de pages à l'actualité du club merengue. Et pour faire vendre, ils ne font pas dans la demi-mesure. Quand John Toshack descend en flammes son équipe après une défaite, en 1998, il se fait aussitôt sermonner par le président du club. Réponse du Gallois : "Je retirerai mes propos quand les cochons voleront." Le lendemain, Marca publie en une un dessin, pleine page, montrant un cochon survolant le stade Santiago Bernabeu. Toshack est remercié quelques jours plus tard.

Les bons résultats ne sont d'aucun secours

Fabio Capello, vainqueur du titre en 2006-2007 après quatre années de disette ? Viré car "pas assez spectaculaire". Manuel Pellegrini, tombeur du record de points de l'histoire du club sur une saison, en 2009-2010 ? Remercié comme un malpropre pour faire de la place à José Mourinho – "Maintenant, le meilleur entraîneur du monde est à Madrid", titre le journal internet du club. Vicente del Bosque, qui gagne deux Ligues des champions en deux ans ? Ejecté car "pas assez moderne". Zidane est prévenu : au Real Madrid, le public attend des titres et du beau jeu. "Il suffit qu'un joueur fasse une passe de quarante mètres vers l'arrière et on entend des sifflets dans les tribunes", résume l'ancien directeur sportif du club Jorge Valdano, interrogé dans So Foot

Et la "fashion police" a aussi son mot à dire

L\'entraîneur du Real Madrid Vicente del Bosque aux côtés de Ronaldo, le 6 octobre 2002, à Madrid (Espagne).
L'entraîneur du Real Madrid Vicente del Bosque aux côtés de Ronaldo, le 6 octobre 2002, à Madrid (Espagne). (FIRO FOTO / GETTY IMAGES SPORT CLASSIC)

Si Vicente del Bosque, le dernier entraîneur à avoir pleinement réussi au Real (deux titres de champion et deux sacres européens en quatre ans), ne s'est pas vu proposer de prolongation de contrat, c'est sans doute que sa moustache de professeur Mégot approchant la retraite et son humilité de fils de cheminot ne cadrait plus avec le projet bling-bling du club.

Son successeur a aussi été victime des goûts du club. Quand Carlos Queiroz demande le recrutement de Ronaldinho, sa direction lui répond qu'il est "trop laid", rapporte le Guardian. Et c'est finalement David Beckham qui rejoindra le club merengue.

N'allez pas croire que ces coquetteries mal placées font partie du passé au Real Madrid. Recruté cet été, Rafael Benitez a dû faire un petit régime avant d'enfiler le survêtement du club.