Sacrifice de poulet, cimetière indien et finales perdues : la malédiction du Stade rennais

Opposé à Guingamp en finale de la Coupe de France ce samedi soir, le club est victime d'une incroyable malchance depuis vingt ans. Parviendra-t-il enfin à conjurer le sort ?

Les supporters de Rennes après la défaite de leur club en finale de la Coupe de France contre Guingamp, le 9 mai 2009. 
Les supporters de Rennes après la défaite de leur club en finale de la Coupe de France contre Guingamp, le 9 mai 2009.  (F.LEPAGE/SIPA)
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"On ne peut pas être traités de losers." La réponse de Frédéric de Saint-Sernin, président du Stade rennais, cingle, mercredi 30 avril, en conférence de presse. Un journaliste vient de lui poser LA question. Aucun titre depuis une Coupe de France en 1971, des entraîneurs qui gagnent ailleurs avant de s'enferrer avec Rennes, une collection de finales et de demi-finales perdues à faire pâlir le club de rugby de Clermont (pourtant spécialiste en la matière), mais non, pour le patron du club, il n'y a pas de malédiction qui s'abat sur les Rouge et Noir. Pourtant, les faits sont têtus. 

1901 : une raclée en guise de premier match

Lors de la création du club, le Stade rennais choisit les couleurs bleu marine et bleu ciel, sur le modèle du Havre (autre club qui n'a gagné qu'une malheureuse Coupe de France en 1959). Pas vraiment un bon signe. D'ailleurs, pour son premier match, le club perd 6-0 contre une autre équipe de la ville, le FC rennais. 

1904 : le dieu du foot en colère

Le club – fondé par des étudiants anarcho-syndicalistes – change de couleurs et choisit le rouge et le noir. "Le maillot a une identité laïque, avec la couleur rouge de la République, et catholique, avec le noir des soutanes de curés", explique Claude Loire, historien du club, sur Stade rennais online. Relégué sur une moitié de tunique, le dieu du foot aura l'occasion de se venger durant les 110 années suivantes.

1971 : Michel Drucker, l'oracle

C'est l'année de la deuxième victoire en Coupe de France (après celle de 1965). Michel Drucker annonce, sur l'ORTF, que "Rennes est au sommet de sa gloire". Effectivement, le club ne fera jamais mieux. 

(GILLES LE MORVAN, ANNE-FRANÇOISE SCALA ET PATRICIA DUBOURG / FRANCE 3 BRETAGNE)

2000 : il est venu, le temps des oligarques

Cinq ans avant Chelsea, en 1998, Rennes tient son oligarque. Sans pétrodollars, mais avec des "Printempsdollars", l'homme d'affaires François Pinault rachète le club, mais décide de mener une politique rusée sur le marché des transferts en recrutant, pour pas cher, des jeunes joueurs prometteurs. 

En 2000, François Pinault décide de sortir le carnet de chèques et achète au prix fort des demi-stars douteuses par paquets. Le symbole : Severino Lucas, attaquant brésilien considéré comme un futur grand, débarque en Bretagne pour 140 millions de francs (21 millions d'euros), record de France à l'époque. Il repart trois ans plus tard, bradé à un club japonais, après avoir marqué six buts. François Pinault jure, mais un peu tard, qu'on ne l'y reprendra plus et le Stade rennais met trois ans à s'en remettre. "Le club aurait pu changer de dimension", regrette Fabrice Pinel, qui gère le site Rouge mémoire, et qui se définit lui-même... comme "un enfant de la malédiction"

2005 : l'affaire du cimetière indien

Meilleure saison de l'histoire du club, avec une 4e place obtenue malgré une défaite lors de la dernière journée. Heureusement, l'OM et Bordeaux, 5e et 6e, se neutralisent 3-3 avec un but de chaque côté dans les cinq dernières minutes, histoire de bien faire trembler les Bretons. C'est cette année-là que les Cahiers du foot inventent la légende du cimetière indien enfoui sous la surface de réparation du Stade de la route de Lorient. Ce serait Jacques Cartier, l'homme qui a découvert le Québec au XVIe siècle, qui aurait ramené ces Indiens Micmac en Ille-et-Vilaine. Le canular est énorme, mais L'Equipe Magazine le reprend. Les gens ont envie d'y croire...

2006 : les soixante secondes où tout a basculé

A croire qu'il y avait bien un cimetière indien sous le terrain rennais. Deux années de suite, le Stade rennais rate la qualification européenne à la dernière minute, contre Lille. En 2006-2007, les Rennais passent en soixante secondes de la 3e place, qualificative pour la Ligue des champions, à la 7e, première place qui n'offre aucune place en coupe d'Europe. 

2009 : masochisme et Stade de France

Le Stade rennais, solide pensionnaire de Ligue 1, perd en finale de Coupe de France contre Guingamp, 13e de Ligue 2, en encaissant deux buts dans les dix dernières minutes. "L'avant-match et les 80 premières minutes du match sont mon plus beau souvenir avec le club, confie Nils Talibart, qui gère le site Stade rennais Online, contacté par francetv info. Une ambiance extraordinaire... même si ça s'est mal terminé. Mais on est forcément un peu masochiste quand on supporte Rennes !"

2010 : "Galette-saucisse, je t'aime", mais la musique, moins

Le club, en quête d'identité, se cherche aussi musicalement. Tout commence avec un remix de Just Can't Get Enough de Depeche Mode. Phrase choc : "Comme au marché des Lices, on mange galette saucisse / c'est ça être rouge et noir"

Suit une reprise rock de Galette saucisse je t'aime par le speaker historique du club, histoire de bien insister sur le côté alimentaire. Phrase choc : "Galette saucisse je t'aime / Et si tu m’abandonnes / Alors je m’empoisonne / Avec des tripes de Caen / Et des rillettes du Mans."

Ahem. Du coup, le club se la joue pub rock, comme le voisin brestois qui ne jure que par Miossec. "Je passe ma vie près du vieux canal / Le trouble en moi regarde les étoiles." (un morceau franchement inspiré du Dirty Old Town des Pogues).

2011 : Pif le chien déguisé en hermine

Le club, toujours en quête d'identité, change sa mascotte. Pétition des supporters, qui trouvent qu'elle ressemble trop à Pif le chien. Même au service marketing, ils sont maudits.

2013 : le club est bien marabouté

Encore une finale perdue, en Coupe de la Ligue contre Saint-Etienne. "Frédéric Antonetti [l'entraîneur de l'époque] déclare avant le match que les Rennais sont les 'tocards de la finale'. Drôle de façon de motiver les joueurs, non ?" s'interroge Nils Talibart, du site Stade rennais Online. L'initiative d'un supporter qui se rend au Bénin pour "démarabouter" son club, en sacrifiant un poulet sur un poster des joueurs, n'a servi à rien. Ne faudrait-il pas plutôt consulter un druide ? 

2014 : cette fois-ci, c'est la bonne ?

Remake de la finale de 2009, samedi 3 mai 2014. Guingamp reste sur quatre victoires contre Rennes, mais nos supporters rennais sont convaincus de la victoire. "On n'a pas le droit de perdre contre Guingamp deux fois de suite en finale, martèle Fabrice Pinel. Et puis, il y a énormément de clubs qui ont fait des mauvais choix et qui ont quand même gratté un trophée !"
 
A choisir, les supporters rennais préfèrent-ils gagner un trophée ou se maintenir en Ligue 1 ? Dans les années 1970, c'était l'un ou l'autre. Et cette année, le club n'est pas encore sauvé, avec le PSG et Sochaux qui se dressent sur sa route. "Les anciens ont certes connu la victoire en Coupe de France, mais aussi les descentes en deuxième division et l'angoisse du dépôt de bilan, répond Fabrice Pinel. A choisir, je préfère encore notre malédiction !"