Le basketteur américain Dennis Rodman a fait les gros titres, fin mars, pour ses excès qui l'ont acculé à la ruine. Pensions alimentaires en retard, investissements douteux, entourage gourmand, dépenses frivoles et/ou inutiles... la chute d'un des joueurs les mieux payés des années 90 (on parle de plusieurs dizaines de millions de dollars amassés) a fait grand bruit. Mais il ne serait qu'un exemple, certes extrême, parmi d'autres : le magazine spécialisé Sports Illustrated (lien en anglais) avance le chiffre de 60% des anciens basketteurs de NBA, principale ligue de basket américaine, en faillite personnelle après la fin de leur carrière. Pourquoi ce genre de banqueroute retentissante n'arrive pas dans le sport français ?

• Le "Dennis Rodman français" n'existe pas

Demandez aux représentants des syndicats de joueurs si des faillites retentissantes comme celles des basketteurs de la NBA existent, ils vont diront tous que non. Sauf à l'étranger ou dans le passé. "José Touré est l'exemple-type des footballeurs qui dilapident. Il a été le joueur le mieux payé de France dans les années 80, et est pratiquement devenu SDF. Il avait été spolié par un membre de sa famille", se souvient Claude Deplanche, d'Europ Sport Conseil. Ce cabinet de conseil financier, adossé à l'Union nationale des footballeurs professionnels, a été créé après les scandales des années 80 pour prodiguer des conseils aux sportifs

"Il y a des faillites de joueur, mais pas du niveau de Dennis Rodman. Le cas fréquent, c'est à cause d'un divorce après la fin de la carrière", relève Claude Deplanche.

• Tu géreras bien ton argent, mon fils

En France, les syndicats de footballeurs et de rugbymen interviennent dès les centres de formation. "Notre rôle est de faire prendre conscience aux jeunes qu'il faut voir plus loin que leurs années de contrat. Les plus gros revenus de L1 peuvent vivre de leurs rentes après la fin de leur carrière. Mais le joueur moyen, non", poursuit Claude Deplanche. Une pratique pédago institutionnalisée jusque dans les centres de formation en Argentine où les joueurs sont vendus très jeunes à des clubs européens.

Mais ce n'est pas le cas dans le cyclisme, par exemple : "Contrairement au foot ou au rugby, il n'existe pas de centres de formation dans ce sport, déplore Jean-Claude Cucherat, secrétaire général de l'Union nationale des cyclistes professionnels. On n'en est qu'aux balbutiements de l'anticipation de la fin de carrière chez les coureurs professionnels."

• Sportifs, méfiez-vous de votre entourage

La principale menace qui guette le sportif pro ne change pas : il s'agit de son entourage. "Beaucoup de footballeurs pro ont pas mal de monde qui gravite autour d'eux : les amis, parfois parasites, la famille au sens élargi, explique Claude Deplanche. Il faut les mettre en garde. On leur conseille de nous appeler avant tout investissement pour qu'ils ne fassent pas n'importe quoi, qu'ils achètent une voiture hors de prix par exemple, ce qui est un gouffre financier." 

Si en France, plusieurs footeux se sont offert une Lamborghini ou un Hummer personnalisé, aux Etats-Unis, ça peut aller beaucoup plus loin. Le boxeur Evander Holyfield, célèbre pour s'être fait mordu l'oreille par Mike Tyson, s'est offert un château de 109 pièces, 11 chambres, 17 salles de bain, une piscine olympique et une piste de bowling, avant de devoir tout revendre lors de sa chute.

• Attention à la "chabalisation" des esprits

Le rugby, jeune sport professionnel, bénéficiait jusqu'à récemment de l'aura de sportifs à la tête bien faite, qui avaient mené de longues études, travaillaient à temps partiel ou savaient se reconvertir dans des filières pas forcément associées au ballon ovale. L'ancien demi d'ouverture Franck Mesnel a lancé une marque de vêtements, Eden Park ; Philippe Sella, longtemps recordman du nombre de sélections en bleu, s'est orienté vers le conseil...

"Depuis l'arrivée du tout-professionnalisme, on sent déjà un glissement des mentalités, poursuit Christophe Gaubert, de l'Agence XV, qui aide les rugbymen à se reconvertir. Les jeunes viennent au rugby car c'est un sport qui peut leur faire gagner beaucoup d'argent, plus uniquement parce que c'est leur passion." L'exemple d'un Sébastien Chabal, qui gagne deux fois plus que les autres joueurs les mieux payés du Top 14 sans avoir fait d'études, a fait tourner plus d'une tête.

Niveau argent gaspillé, les sportifs français sont ainsi à des années-lumière de ceux de la NBA, dont certains joueurs entretiennent, parfois en leur donnant une carte de crédit, des maîtresses dans chaque ville où réside un club. Et il y en a trente !