Il n'y a guère que le Sun pour pavaner et se vanter encore de pouvoir "accrocher le drapeau anglais au sommet de la Tour Eiffel". Si les journalistes du quotidien britannique ont effectivement fait projeter le drapeau de Saint-George sur la tour Eiffel et l'Arc de triomphe, les joueurs de l'équipe nationale ne font pas preuve d'autant de fougue. Cette année, l'Angleterre, qui affronte la France lundi 11 juin à Donetsk, aborde l'Euro sans le complexe de supériorité qui a si souvent causé sa perte. 

• "Poids de l'histoire" 1 - Angleterre 0

Roy Hodgson, le sélectionneur de l'Angleterre, affirme sur la BBC sentir sur ses épaules "le poids de l'histoire". "Nous n'avons pas gagné autant de tournois que nous aurions dû", poursuit le patron de la sélection anglaise. Élémentaire mon cher Roy : votre sélection n'a gagné qu'une Coupe du monde, sur son sol, en 1966, du temps où la télé était en noir et blanc et où les ralentis n'étaient pas assez perfectionnés pour savoir si le but de la victoire était valable ou pas. Les Anglais, qui se vantent d'avoir inventé le football, ont toujours abordé les compétitions internationales dans la peau de favoris. Pas à l'Euro 2012.

• Indifférence 1- Tabloïds 0

Jusqu'à cette année, l'emphase et l'enthousiasme avaient pourtant toujours fait partie du battage médiatique lié à l'équipe nationale. En 1996, le Sun, cité par le blog Who ate all the goals, prenait des accents mélodramatiques au début de la compétition : "C'est le moment de vérité. (...) Le moment de se souvenir du glorieux précédent de 1966. (...) De l'éducation de bouledogue du foot des Anglais." L'Angleterre échouera en demi-finales.

En 1984, pour la presse, "l'Angleterre [était] sur la voie royale". Les Anglais pensaient ne faire qu'une bouchée d'un groupe de qualification pour l'Euro où figuraient notamment le Luxembourg, le Danemark et la Hongrie, raconte le blog That 1980s Sport Blog. Pourtant, ils avaient échoué à se qualifier.

Sans oublier les "une" va-t-en-guerre quand l'Angleterre rencontre l'Allemagne... toujours suivies de défaites.

La presse tabloïd avant un Angleterre-Allemagne : le Daily Mirror en 1996, le Daily Star en 2010. 
La presse tabloïd avant un Angleterre-Allemagne : le Daily Mirror en 1996, le Daily Star en 2010.  (DR)

Pour l'Euro 2012 ? Pas grand chose. Même l'affrontement d'entrée de jeu avec les voisins de l'autre côté de la Manche peine à déchaîner les passions. 

• Pessimisme 1 - Angleterre 0

L'Angleterre ne s'attend à rien pour cet Euro. Le sélectionneur est vu comme un choix par défaut. Le chouchou des médias, Harry Redknapp, n'a pas eu le poste. Beaucoup de joueurs cadres sont sur le flanc, et la tactique s'annonce particulièrement frileuse (4 derrière, 4 en deuxième rideau de la défense, et 2 qui courent devant). Pour The Score, c'est "la seule façon d'amener une bande de bras cassés surpayés en terre promise"

Comme le résume sans ambages le blog One foot in the game, "l'optimisme des supporters a atteint un plus bas historique". L'optimisme des experts aussi : les 10 spécialistes du Guardian n'imaginent pas une seconde l'Angleterre s'inviter en finale, alors que la France est régulièrement citée comme victime expiatoire de l'Allemagne, des Pays-Bas ou de l'Espagne. "Les Anglais attendent peu de l'Euro, encore moins que ce que les Français pensent" conclut la chaîne ITV.

Dimanche 10 juin, sur Twitter, le légendaire gardien de Manchester United, Peter Schmeichel, demandait à ses abonnés leur pronostic pour le match de l'Angleterre. Les réponses n'ont pas été très enthousiastes. Cinq minutes plus tard, Schmeichel lâchait : "Enfin, les gars, ayez un peu foi en votre pays!"

• Publicitaires 1 - Angleterre 0

Les supermarchés, habituels promoteurs de rabais sur les écrans plats ou les packs de bière, se concentrent sur les Jeux olympiques à venir. David Beckham, ambassadeur des JO, a trusté les panneaux publicitaires pour la chaîne de grandes surfaces Sainsbury's. On ne s'est même pas embêté à faire une chanson officielle pour vendre des disques, contrairement à la grande époque des années 70-80 où les joueurs poussaient la chansonnette sur des airs de fanfare de village. 

• Ordinateurs 1- France 0

Du coup, on se console comme on peut. Les observateurs, tant sur le Guardian que la BBC, mettent en avant la faiblesse supposée de la charnière centrale des Bleus, Mexès-Rami. Pour la Royal Statistical Society, qui a fait tourner ses processeurs et simulé un million de situations, l'Angleterre est la 3e meilleure équipe du tournoi et devrait échouer en demi-finales. Les statistiques disent même que l'équipe de Roy Hodgson a 68% de chances de sortir de son groupe. Un bien meilleur taux que la France...

Conclusion du New Yorker : "Etre supporter de l'équipe d'Angleterre fait de vous un habitué des déceptions." Mais cette année, comme personne n'attend rien de la bande à Steven Gerrard, peut-être vont-ils enfin surprendre positivement ?