A en croire certains médias, la troisième guerre mondiale va avoir lieu mercredi 23 octobre à Anderlecht, commune bruxelloise où se déroule un match de Ligue des champions opposant les locaux au PSG. La rencontre a été classée à haut risque par les autorités belges, qui ont déployé 400 agents, deux hélicoptères, une brigade de pompiers et la cavalerie, énumère RTL.be. Plusieurs hooligans du PSG ont été interpellés, ainsi que des renforts polonais armés de "couteaux de boucher". Et si on faisait le tri entre les fantasmes et la réalité du hooliganisme aujourd'hui ?

Qui sont les hooligans ? 

Ces supporters ultraviolents sont présents dans de nombreux clubs de l'Hexagone, mais en assez petit nombre. Ceux du PSG, de Sedan, Metz, Lyon ou Nice ont acquis une certaine réputation. "Les hooligans de Nice sont des voyous, pas des hooligans. Il n’y aura jamais avec eux de contacts réglo. Ils sont toujours armés de couteaux, au minimum !" écrit un internaute sur un forum dédié à l'OGC Nice. Les groupes de hooligans organisent au maximum une demi-douzaine de fights (bagarres) dans l'année, en comptant les déplacements européens. En 2012, les hooligans parisiens s'étaient frottés aux redoutables Bad Blue Boys de Zagreb dans le quartier de Bastille. 

La majorité des hools sont issus des classes populaires. Dans un documentaire diffusé en 1999, la BBC montrait qu'un leader des redoutables hooligans de Chelsea vivait dans une banlieue huppée, une voiture de collection garée devant sa maison. Un cas isolé, d'après Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste du supportérisme, interrogé par francetv info. "On est passé de l'image du hooligan sans cervelle à celle du hooligan yuppie. La majorité viennent des classes populaires, mais il y a aussi des gens de la classe moyenne ou supérieure, très bien intégrés."

Comment se déroulent les "fights" ?

Les bagarres (fights, dans le jargon) entre hooligans de différents clubs sont organisées longtemps à l'avance, le plus souvent en marge d'un match. Comme le raconte un hool lyonnais à Lyon Mag, "on contacte par téléphone ou par internet le responsable d’un groupe adverse et on lui propose un rendez-vous. S’il est OK, on dit combien on va être, en général une cinquantaine, on lui demande combien ils seront, on précise les règles : sans armes, on ne s’acharne pas sur un mec à terre… Et dès qu’on sait que la fight va avoir lieu, on ne pense plus qu’à ça toute la semaine."

Autrefois à l'intérieur des stades ou à proximité, les fights se sont déplacées dans des lieux isolés pour contourner le dispositif policier. Elles ne durent généralement que quelques minutes : les deux groupes se jettent l'un sur l'autre et en quelques secondes, le groupe qui a le dessus chasse le perdant. Une décharge d'adrénaline à laquelle les hooligans sont accros ; certains sont prêts à faire des milliers de kilomètres pour assouvir leur passion.

Dans son roman Football Factory, John King raconte les aventures d'un hooligan de Chelsea au tournant des années 80. Salement amoché après une fight, il tente d'expliquer ses motivations à l'infirmière qui le soigne : "Je sais qu’elle a raison. Je comprends ses arguments. Mais ça ne changera rien, ça ne peut rien changer. Se faire viander à Millwall, ça craint, mais je sais le pourquoi et le comment, ça n’a rien d’une surprise. Il y a des gens que ça dégoûte. Moi, je morfle, c’est tout."

Comment fonctionne l'internationale du hooliganisme ?

La plupart des groupes ultraviolents se sont inspirés des hooligans anglais, qui ont commencé à sévir au milieu des années 60 (avec une moyenne de 25 incidents graves chaque année, note The Guardian). Mais il a fallu une vingtaine d'années pour que le phénomène traverse la Manche. Depuis, des affinités et des inimitiés se sont créées, ce qui explique que les hooligans de Cracovie soient venus donner un coup de main à leurs camarades du PSG à Bruxelles. 

Le bouche-à-oreille fonctionne à plein. Dans le livre Soccer Against the Enemy, un des leaders des Bad Blue Boys de Zagreb explique avoir passé, adolescent, de nombreux après-midis au consulat britannique pour lire les articles du Times et du Telegraph sur les hooligans de Chelsea, les pires du Royaume-Uni à l'époque. Certains groupes postent leurs vidéos sur internet, histoire de gonfler leur réputation ; d'autres s'y refusent catégoriquement. 

Vous avez dit "emballement médiatique" ?

"Les médias anglais faisaient déjà un hit-parade des hooligans les plus violents dans les années 60. Aujourd'hui encore, il y a une concurrence féroce entre les groupes", relève Nicolas Hourcade. Plus étonnant : la concurrence fait aussi rage entre les sociologues. Car au Royaume-Uni, 71% des matchs de foot ont beau se dérouler sans arrestation (et 51% ont lieu sans présence policière), le thème du hooliganisme "continue à générer un total disproportionné de travaux de recherche", note le Centre de recherche sociologique britannique (en anglais)

(France 2 - Jacques Cardoze et Thomas Donzel)

Et la fascination/répulsion des médias vis-à-vis des hooligans continue. "La mise en scène de la rencontre de la peur Anderlecht-PSG a fonctionné à plein", constate Nicolas Hourcade. Le même emballement est à prévoir pour le match retour. Outre-Manche, le hooliganisme fait même partie de la culture populaire. "Il n'y a qu'à voir le succès d'édition des mémoires d'anciens hooligans", conclut le sociologue.