Mais qui a tué David Trezeguet en équipe de France ?

L'attaquant de 37 ans a annoncé qu'il prenait sa retraite, mardi. La fin d'une belle carrière, sauf chez les Bleus, où son parcours est resté en demi-teinte. Francetv info fait le procès de ceux qui ont pu entraver "Trezegol".

David Trezeguet (à gauche) félicité par Thierry Henry après une but marqué contre Israël, le 11 octobre 2002 au Stade de France, à Saint-Denis.
David Trezeguet (à gauche) félicité par Thierry Henry après une but marqué contre Israël, le 11 octobre 2002 au Stade de France, à Saint-Denis. (FRANCOIS MORI/AP/SIPA / AP)
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Jusqu'au bout, David Trezeguet est resté fidèle à sa discrétion médiatique. C'est le journal argentin Clarin (en espagnol), relayé par l'AFP dans une dépêche nocturne, qui a annoncé la retraite de l'attaquant, mardi 20 janvier. La nouvelle serre le cœur de tous les amoureux des Bleus. L'attaquant franco-argentin, considéré comme un des tout meilleurs au monde dans la décennie 2000, ne s'est jamais totalement imposé avec l'équipe de France. Y a-t-il un coupable ? 

Faites entrer l'accusé Roger Lemerre

Sélectionneur des Bleus à l'Euro 2000 et au Mondial 2002.

Tout champion du monde qu'il est – il a soulevé la Coupe du Monde en 1998 –, David Trezeguet n'est, au départ qu'un remplaçant dans l'esprit de Roger Lemerre. Alors qu'Henry s'est imposé comme titulaire pour l'Euro 2000, il demeure un joker. Prolifique (9 buts en deux ans), mais frustré, au point qu'il jette sa chasuble lors d'un entraînement, avant d'insulter ses partenaires, en espagnol. N'empêche. C'est lui qui marque le but qui qualifie la France pour l'Euro lors d'un match compliqué contre l'Islande. C'est encore lui qui marque le but de la victoire en finale de la compétition, face à l'Italie, d'une reprise de volée magistrale, alors qu'il est entré à un quart d'heure de la fin. 

Après ce coup d'éclat, Roger Lemerre, le sélectionneur des Bleus, n'a plus le choix : il doit aligner le sauveur dès le coup d'envoi. Il a pourtant dit au Monde ce qu'il pensait d'une association Henry-Trezeguet en pointe : "Les associer est un non-sens. Ils seront toujours l'un sur l'autre." Conséquence : Thierry Henry est exilé sur l'aile gauche lors du match capital face à l'Uruguay, au premier tour du Mondial en Corée du Sud, en 2002. "Ça l'a complètement tué", confie Emmanuel Petit, cité dans la biographie d'Henry, Lonely at the top. Au bout d'une demi-heure de jeu, Henry disjoncte et se fait expulser. Les Français ne s'en relèveront jamais. Avec dans ses rangs les meilleurs buteurs des championnats anglais (Henry), italiens (Trezeguet) et français (Cissé), les Bleus rentrent au bercail, trois matchs plus tard, sans avoir marqué le moindre but.

Faites entrer l'accusé Jacques Santini 

Sélectionneur des Bleus lors de l'Euro 2004.

Le sélectionneur de l'équipe de France Jacques Santini (visage caché) plaisante avec ses joueurs, dont David Trezeguet (à gauche), le 22 juin 2004 à Santo Tirso (Portugal). 
Le sélectionneur de l'équipe de France Jacques Santini (visage caché) plaisante avec ses joueurs, dont David Trezeguet (à gauche), le 22 juin 2004 à Santo Tirso (Portugal).  (FRANCK FIFE / AFP)

En 2002, le nouveau sélectionneur des Bleus veut cette fois associer Henry et Trezeguet à la pointe de l'attaque. Pendant deux ans, tout leur réussit. Une démonstration (3-0) en Allemagne. La mise à mort (5-0) de l'Ecosse. Arrive l'Euro 2004, au Portugal. Les Bleus sont favoris. Mais la belle machine se dérègle très vite. Querelles individuelles, ego boursouflés... et embouteillage sur le front de l'attaque. "Contre l'Angleterre [remporté 2-1 par la France], Thierry Henry et David Trezeguet s'étaient marchés dessus pendant tout le match, raconte Jacques Santini dans Le Livre noir des Bleus. Je leur ai montré ensuite, à la vidéo : avec la lumière, il y avait parfois une seule ombre pour les deux." Lors du quart de finale perdu contre la Grèce, Trezeguet est remplacé à la 70e minute... et crache en direction du sélectionneur, affirme le Sun (en anglais). L'affaire n'aura pas de suite.

Faites entrer l'accusé Raymond Domenech

Sélectionneur des Bleus au Mondial 2006 et à l'Euro 2008.

Après bien des tâtonnements, Raymond Domenech adopte un schéma de jeu à une pointe qui nécessite de jouer en contre-attaque et favorise les attaquants rapides comme Thierry Henry. "En France, on ne parle que de vitesse pour les avant-centres et ça ne fait pas partie de mes qualités", se désole, dans Le Parisien, Trezeguet, qui enquille pourtant les buts avec la Juventus Turin. Dans la même interview, il livre une leçon de tactique à Raymond Domenech, peu avant la Coupe du monde 2006 : "seules trois ou quatre équipes au monde ont la possibilité d'aligner autant d'attaquants que nous. Pourtant, on préfère d'abord mettre l'équipe bien en place en défense et voir comment ça va évoluer. Moi, je pense qu'on a les qualités pour faire mieux." 

Le sélectionneur de l'équipe de France Raymond Domenech et son attaquant David Trezeguet lors de la finale de la Coupe du monde contre l'Italie, le 9 juillet 2006, à Berlin (Allemagne). 
Le sélectionneur de l'équipe de France Raymond Domenech et son attaquant David Trezeguet lors de la finale de la Coupe du monde contre l'Italie, le 9 juillet 2006, à Berlin (Allemagne).  (PATRICK HERTZOG / AFP)

Domenech encaisse en silence. Même si son équipe marque peu, même si Zidane et Henry réclament son retour, Trezeguet cire le banc, avec 91 malheureuses minutes de jeu pendant la Coupe du monde. Il est pourtant là lors de l'épreuve des tirs aux buts, en finale. Las, son tir s'écrase sur la barre transversale, donnant la victoire à l'Italie. 

Deux matchs contre l'Ecosse, en 2007-2008, scellent son sort. Face à un adversaire qui défend à dix dans sa surface de réparation, il ne touche pas un ballon, ou presque. Un calvaire. "Je l'ai laissé sur le terrain en pensant qu'il pourrait au moins une fois profiter d'un cafouillage et d'un ballon qui traîne, écrit Domenech dans son livre Tout seulMais rien, pas même une demi-occasion"

Faites entrer l'accusé Thierry Henry

Attaquant de l'équipe de France entre 1997 et 2010.

Thierry Henry n'a jamais caché son admiration pour le talent de celui qu'on surnomme "Trezegol". "J'ai essayé de découvrir son secret, confie dans The National (en anglais) celui qui accueillit au centre de formation de Monaco, en 1995, un Trezeguet qui ne parlait pas très bien français. Je le regardais évoluer sur le terrain, et je le suivais. Il se déplaçait au second poteau, j'y allais aussi. Mais la balle n'arrivait jamais là où j'étais, toujours là où se trouvait David. Il a un don."

Rarement associés en équipe de France, les deux joueurs n'en occupaient pas moins le même poste, avec des qualités différentes. D'après Libération, Thierry Henry a fait le siège du bureau de Jacques Santini pour le convaincre de le faire jouer seul en pointe au cours de l'Euro 2004. Ce qu'il a toujours nié. "Personne n'estime David plus que moi ! Je sais que nous pouvons jouer ensemble. Nous l'avons souvent fait", se défend-il. Peu de gens y croient. Henry est connu pour encenser ses pairs face à la caméra, puis de les démonter quand les micros sont fermés, relève la biographie Lonely at the top. Des deux, c'est Trezeguet qui avait besoin d'Henry pour briller : il a marqué 22 de ses 31 buts en Bleu quand il jouait avec "Titi". 

S'ils étaient rivaux, ils n'étaient pourtant pas ennemis. Pour preuve, cette parade sur le balcon de l'hôtel Crillon, à Paris, le 10 juillet 2006, au lendemain de la finale de Coupe du monde perdue face à l'Italie. Les Bleus pavoisent devant leurs supporters. Franck Ribéry lève le pouce. Thierry Henry est tout sourire, Zidane est acclamé par la foule. Seul, David Trezeguet pleure à chaudes larmes. Le contrecoup de son tir au but raté. Peut-être le sentiment que son histoire avec l'équipe de France est finie – il ne connaîtra plus que cinq sélections. C'est son vieux copain Thierry Henry qui le serre dans ses bras. Ils ne joueront plus qu'une seule fois ensemble en bleu, un match raté contre l'Argentine. 

Thierry Henry (à droite) réconforte David Trezeguet, sur le balcon de l'hôtel Crillon, à Paris, le 10 juillet 2006.
Thierry Henry (à droite) réconforte David Trezeguet, sur le balcon de l'hôtel Crillon, à Paris, le 10 juillet 2006. (CHAMUSSY/FACELLY/CHESNOT/SIPA)