En Afrique, on appelle ça des "éléphants blancs". Rien à voir avec les os des animaux séchés au soleil dans le désert. Ce sont les stades ou les infrastructures construites pour des grandes compétitions qui finissent au mieux sous-utilisées après celles-ci, au pire carrément abandonnées. Pour la Coupe d'Afrique des nations en 2013, plusieurs stades construits pour le Mondial 2010 ne seront pas réutilisés. Beaucoup ont à peine servi depuis trois ans. Sachant que le championnat sud-africain ne déplace pas les foules, certaines enceintes, au Cap par exemple, prennent la poussière et commencent lentement à se dégrader. Inconcevable en Europe ? Allons donc...

Les stades de l'Euro deviendront-ils des éléphants blancs ?

La plupart des stades rénovés pour l'Euro sont des enceintes où évoluent des clubs. C'est surtout le cas en Ukraine, où les villes choisies abritent de grands clubs, susceptibles de remplir les 50 000 places des nouveaux stades (le Dynamo Kiev, le Metalist Kharkhov, le Shakhtar Donetsk et, dans une moindre mesure, le Karpaty Lviv). En Pologne en revanche, le stade de Varsovie, spécialement construit pour l'équipe nationale et sans club résident, a un futur plus incertain. 

Le stade national de Varsovie (Pologne), qui pourrait bien devenir un éléphant blanc après l'Euro.
Le stade national de Varsovie (Pologne), qui pourrait bien devenir un éléphant blanc après l'Euro. (MICHAEL STEELE / GETTY IMAGES EUROPE)

Une étude intitulée "World Stadium Index" (PDF) réalisée par un cabinet danois en mars 2012 dénonce la tendance au gigantisme des stades. "Plutôt que de fonder le projet sur un modèle réaliste, les organisateurs d'évènements tablent sur le fait que la présence d'un nouveau stade va booster le sport et l'économie alentour", explique le site spécialisé Play The Game (lien en anglais). Ce qui témoigne d'un point de vue très, très optimiste. En même temps, les organisateurs n'ont guère le choix : quand la finale de l'Euro 92 se disputait devant 27 000 spectateurs, aujourd'hui l'UEFA, la Fifa et le CIO imposent des stades toujours plus grands : 60 000 places minimum pour la Coupe du monde (PDF, p.14) ou pour l'Euro (PDF, p.14), 70 000 pour les JO.

Le stade olympique de Kiev, qui accueille la finale, a été rénové et sa capacité a été portée à 70 000 places. A partir du mois d'août, il va sonner creux : son club résident, le Dynamo Kiev, a une moyenne de spectateurs qui flirte avec les 20 000 note transfermarkt.de (lien en allemand).

Le stade olympique, boulet des Jeux de Londres

N'allez pas croire que ce problème ne touche que les pays en voie de développement ou frappés par la crise de l'euro. Les Jeux olympiques sont une mine à éléphants blancs : que faire d'une enceinte de tir à l'arc, d'une salle de lutte gréco-romaine ou d'un terrain de softball quand pratiquement personne dans le pays ne pratique ces sports ? Pour les JO de Londres, un "Mister Legacy", comprenez quelqu'un en charge de la reconversion de ces sites, a été nommé... mais il a annoncé son intention de rendre son tablier après les Jeux, mi-août. Son travail se heurte à une impasse : à l'heure actuelle, personne ne sait ce que va devenir le stade olympique de Londres, joyau de l'évènement, un temps convoité par plusieurs clubs de foot de la capitale (West Ham, Tottenham) qui se bagarrent sur le terrain judiciaire. Dernière hypothèse en date évoquée par le Daily Telegraph (lien en anglais): y faire passer un circuit de Formule 1 !

Le stade olympique de Londres et la tour Arcelor-Mittal. 
Le stade olympique de Londres et la tour Arcelor-Mittal.  (JASON HAWKES / GETTY IMAGES EUROPE)

Le futur d'autres équipements sportifs ou parasportifs du parc olympique, situés dans l'est de Londres comme la tour ondulée en métal d'Arcelor-Mittal, qui abrite un restaurant, a été confié à diverses sociétés privées pour une durée de 10 ans. 

Les précédents ne sont pas franchement rassurant

La Grèce avait mis les petits plats dans les grands lorsqu'elle a accueilli les JO en 2004, mais, depuis, ces infrastructures tombent en ruine. 

L'Euro 2004 au Portugal a été l'occasion de concevoir des stades magnifiques (dont un directement à côté d'une falaise) sous-utilisés. Sur les dix stades de la compétition, deux sont à l'abandon, quatre peinent à atteindre un taux de remplissage acceptable et quelques-uns sont bradés par les municipalités qui n'arrivent à se débarrasser de ce boulet financier.

Les joueurs du club portugais de Leiria saluent des tribunes vides, le 4 décembre 2010. Le club finira par se séparer du stade qui lui coûtait trop cher, mais est actuellement en cessation de paiement. 
Les joueurs du club portugais de Leiria saluent des tribunes vides, le 4 décembre 2010. Le club finira par se séparer du stade qui lui coûtait trop cher, mais est actuellement en cessation de paiement.  (FRANCISCO LEONG / AFP)

L'Euro 2008, organisé en Autriche et en Suisse, n'a laissé qu'un "éléphant blanc", mais de taille : un stade de 32 000 places à Klagenfurt, dans l'est de l'Autriche, ardemment voulu par Jörg Haider qui gouvernait la région de la Carinthie à l'époque. Le dirigeant d'extrême droite a forcé des hommes d'affaires à investir dans un club créé de toutes pièces, l'Austria Kärnten. Une fois Haider écarté de la vie politique autrichienne, le club, sans réel soutien populaire, a disparu en quelques mois. Un autre club, bâti sur ses ruines, a hérité d'un stade flambant neuf beaucoup trop grand pour son maigre public, qui dépasse rarement les quelques centaines de personnes. 

La leçon a-t-elle été retenue ? Non, mille fois non...

En Russie, où on se prépare à accueillir le Mondial 2018, sept des onze villes choisies n'ont pas ou bientôt plus de club de haut niveau pour remplir les stades après l'évènement, note le site spécialisé In Bed With Maradona (lien en anglais). Autant de candidats pour devenir des coquilles vides sitôt la compétition terminée. N'allez pas croire que ce syndrome ne touche que les autres : dans quatre ans, l'Euro 2016 aura lieu en France. Que se passera-t-il si, d'ici là, des clubs comme Lens ou Nice s'écroulent en troisième division avec un stade flambant neuf de 40 000 places ? Et si le Stade de France finit par perdre la concession qui oblige l'équipe de France à y disputer un certain nombre de matchs ?