Foot : pourquoi il est plus facile de gagner la Ligue des champions que de la conserver

Depuis 1990, aucune équipe sacrée en Ligue des champions n'a réussi à garder son titre l'année suivante. Les chats noirs ne sont pas en cause. Mais les phases de poules, si.

Le joueur du Real Madrid Sergio Ramos embrasse le trophée de la Ligue des champions, le 24 mai 2014 au stade de la Luz, à Lisbonne (Portugal).
Le joueur du Real Madrid Sergio Ramos embrasse le trophée de la Ligue des champions, le 24 mai 2014 au stade de la Luz, à Lisbonne (Portugal). (LAURENCE GRIFFITHS / GETTY IMAGES EUROPE)
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"Enchaîner les victoires en Ligue des champions est beaucoup plus difficile aujourd'hui", estime, dans le Guardian (en anglais), Ruud Gullit, un attaquant qui a fait les beaux jours du Milan AC au début des années 1990. Depuis le Milan AC, sacré en 1989 et 1990, aucune équipe n'a réussi à conserver son titre en Ligue des champions. Le Real Madrid, vainqueur l'année dernière et qui reçoit la Juventus Turin en demi-finale retour, mercredi 13 mai, après une défaite 2-1, peut encore faire mentir les statistiques. Mais comment expliquer une si longue attente ? 

Les séries de titres, c'est terminé

Depuis vingt-cinq ans, seules quatre équipes se sont hissées en finale l'année suivant leur sacre : le Milan AC en 1995, l'Ajax Amsterdam en 1996, la Juventus Turin en 1997 et Manchester United en 2009. Et à chaque fois, donc, elles ont perdu.


Jusqu'à la fin des années 1980, les récidivistes étaient beaucoup plus courants. Environ une fois sur trois, le vainqueur conservait son titre. Le Real Madrid a enchaîné cinq titres dans les années 1950, l'Ajax Amsterdam et le Bayern trois dans les années 1970, Benfica, l'Inter, le Milan AC et Nottingham Forest deux sacres (l'équipe anglaise a la bizarrerie de compter davantage de sacres européens que de titres nationaux).

Comment expliquer ce changement ? A Manchester United, qui a failli réaliser l'exploit en 2009, on considère que la chance y est pour beaucoup. "Nous aurons besoin d'un petit coup de pouce de la chance, ou d'être épargnés par les blessures", estimait Sir Alex Ferguson, l'entraîneur de l'époque, dans le Daily Mail (en anglais), avant de s'incliner en finale face à Barcelone. "Tout le monde veut battre le tenant du titre, c'est pour cela que la Ligue des champions est si difficile à conserver", estime le mythique milieu de terrain des Red Devils, Ryan Giggs, qui a arrêté sa carrière en 2014. 

La nouvelle formule de la compétition en cause

Mais la vraie raison de cette malédiction du vainqueur sortant tient beaucoup à la modification de la formule de l'épreuve. Une étude britannique (en anglais) a montré que feu la Coupe des champions (jusqu'en 1993), avec ses tours à élimination directe, favorisait l'incertitude dans les premiers tours, avec des favoris qui s'éliminaient entre eux. Généralement, un seul club favori se retrouvait en finale, face à un outsider. D'où des séries de victoires et une collection d'équipes hétéroclites qui atteignaient la finale. Prenez les finalistes de la décennie 1970 : Malmö, le FC Bruges, le Borussia Mönchengladbach, l'AS Saint-Etienne, Leeds, le Panathinaïkos d'Athènes ou encore le Celtic Glasgow. 

En 1993, les penseurs du foot européen ont introduit la phase de poules et, en 1997, la possibilité aux vice-champions d'intégrer la compétition. Résultat : l'incertitude s'est déplacée vers la fin de la compétition. Illustration avec le parcours du Real Madrid, vainqueur l'an dernier. Après avoir fait parler la logique en huitième et en quarts de finale contre Schalke 04 et le Borussia Dortmund, il s'est offert le scalp du tenant du titre, le Bayern Munich, en l'écrasant 4-0 en Allemagne. La finale, contre l'outsider et voisin de l'Atletico Madrid, a failli se solder par une énorme surprise : les Colchoneros menaient 1-0 contre leurs prestigieux rivaux jusqu'à la 92e minute. 

Une compétition de plus en plus prévisible

Donc, l'actuelle formule de la Ligue des champions favorise les surprises à partir des demi-finales. Encore faut-il accéder à ce stade de la compétition. Le club des demi-finalistes s'est singulièrement resserré ces dernières années. Depuis 2005, un seul club n'appartenant pas aux quatre grands championnats européens s'est hissé dans le dernier carré. Jean-Michel Aulas l'a déjà deviné, c'est son Olympique lyonnais, en 2010. Et même au sein du "big four" du continent, on a tendance à revoir toujours les mêmes. Au grand désespoir du PSG, qui aimerait bien s'y incruster, mais échoue depuis trois ans en quarts de finale.

Moralité ? S'il gagne la Ligue des champions pour la deuxième fois de suite, le Real Madrid aura réalisé un exploit. "Seules les grandes équipes gagnent plusieurs fois de suite la Ligue des champions, estime, sur Sky Sports (en anglais), l'ancien joueur écossais Graeme Souness. Il sait de quoi il parle, puisqu'il l'a emporté trois fois avec Liverpool.