A la 40e minute de la demi-finale retour de la Ligue des Champions, mardi 24 avril, Chelsea était dans une situation critique. Mené 2-0 par le Barça au Camp Nou et réduit à dix après l'expulsion de leur capitaine, John Terry. Pourtant, cette équipe qui se traîne à la sixième place du championnat anglais a réussi l'inimaginable : éliminer l'immense favori à la régulière. Une success story aux faux airs de grosse production hollywoodienne.

Le pitch

C'est l'histoire d'une équipe anglaise, qui fait sa plus mauvaise saison en championnat depuis 10 ans, mais réussit à se hisser en finale de la Ligue des Champions. Un résultat obtenu en sortant péniblement Naples en 8e de finale, en tremblant contre un Benfica faiblard en quarts et en triomphant de la meilleure équipe du monde avec seulement quatre buts en deux matchs.

Le casting

Chelsea a trois très bons joueurs.

Son gardien, Petr Čech. Impressionnant à l'aller comme au retour contre Barcelone. L'ancien portier de Rennes peut aussi remercier son ange gardien : il a été sauvé quatre fois par ses poteaux. 

Son attaquant/arrière gauche, Didier Drogba. L'Ivoirien a été d'une abnégation extraordinaire, harcelant la défense de Barcelone seul contre trois, avant de passer arrière gauche après l'expulsion de John Terry, faisant parfaitement illusion. Drogba, maudit dans toutes les finales internationales qu'il a disputées (deux finales perdues de Coupe d'Afrique, un échec en Ligue des Champions, un en Coupe UEFA), va peut-être enfin connaître la gloire.

Son milieu/homme à tout faire, Ramires (Santos do Nascimento). Pour le blog foot Zonal Marking (article en anglais), c'est le meilleur joueur des Blues sur toute la saison et ça s'est confirmé mardi soir. Le Brésilien a marqué sur l'unique occasion de son équipe en première période, d'un lob lumineux.

Sans oublier LE figurant que vous n'avez pas pu rater : Raul Meireles, le milieu portugais, élu à l'unanimité coiffure la plus laide de la Ligue des Champions.

Raul Meireles, le milieu de terrain de Chelsea, le 4 avril 2012.
Raul Meireles, le milieu de terrain de Chelsea, le 4 avril 2012. (CLH / REUTERS)

D'autres Blues ont réalisé le match de leur vie. La défense, composée de trois arrière latéraux de métier (Ivanovic, Bosingwa et Cole) a été héroïque : jamais Barcelone n'a réussi à s'ouvrir le chemin du but. Face à ce bloc, les Catalans ont manqué de ressources, analyse le blog sport du Guardian (article en anglais) : peu de tirs éloignés, des centres aériens qui tombent à plat faute de grand attaquant pour les prendre…

La voix off

Le commentateur de la télé britannique, Gary Neville (ancien arrière droit de légende de Manchester United) qui a émis en direct un borborygme désormais culte, façon coq enroué. Phonétiquement, ça donne à peu près : "OooyyyyooooOOOOOYYYOOOOoooyyyyoooooOOOO, unbelievable !"

 

Le site 101GreatGoals (article en anglais) a déjà répertorié les premières parodies, intitulées "Gary Neville a un orgasme avec…".

Le réalisateur

Roberto Di Matteo. Franchement, personne ne s'attendait à voir cet entraîneur quasi novice mener Chelsea aussi loin. Et pourtant. Depuis qu'il est arrivé, les Blues n'ont concédé qu'une défaite en 14 matchs ; contre Barcelone, ils ont donné une leçon de défense ; avec seulement 28 et 18% de possession de balle sur les deux rencontres, ils ont réussi à marquer trois fois; et acculés sur leur but pendant 90 minutes face à un Barça qui ne lâchait rien, ils n'ont commis que dix petites fautes, rappelle le site FourFourTwo. Un parcours prodigieux.

Le producteur

Roman Abramovitch, neuvième fortune de russie, heureux propriétaire de plusieurs yachts et d'un Boeing 767, copain avec Vladimir Poutine. Après avoir investi 1,5 milliard d'euros en neuf ans dans les Blues (dont 50 millions en indemnités pour virer des entraîneurs, souligne, en anglais, Sporting Intelligence), le Russe caresse aujourd'hui son ambition ultime : gagner la Ligue des Champions au lieu d'échouer en finale, comme en 2008.

L'anecdote

A chaque fois qu'Abramovitch a viré un entraîneur portugais en cours de saison, Chelsea s'est hissé en finale de la Ligue des Champions. Quelque part, on a envie de remercier José Mourinho en 2007-08 et Andreé Villas-Boas en 2011-12.

Le happy end

…s'annonce très improbable. Que Chelsea affronte le Real ou bien le Bayern en finale, le 19 mai, à Munich, l'équipe anglaise sera décimée par les suspensions après une pluie de cartons jaunes. Sa défense n'est plus qu'un souvenir, exit Ivanovic et Terry. C'est au milieu de leur salon et non du terrain que l'excellent Ramires et Meireles seront forcés de suivre le match. Ce sera un nouvel exploit si le club londonien s'adjuge le trophée.

"Précédemment, en Ligue des Champions…"

Ce match fait fatalement penser au mémorable Barcelone-Inter Milan de la Ligue des Champions 2010. Le club de Mourinho avait opposé le même type de résistance héroïque au retour (0-1), après avoir remporté 3-1 le match aller. Mais l'Inter de l'époque était autrement plus fort qu'un Chelsea arrivé en finale presque par accident.