Le vrai-faux entretien d'embauche de Zinédine Zidane pour entraîner le Real Madrid

L'ancien numéro 10 des Bleus a pu faire l'impasse sur la rédaction de sa lettre de motivation.

Zinedine Zidane avec le président du Real Madrid, Florentino Pérez, le 3 juin 2011 à Madrid (Espagne).
Zinedine Zidane avec le président du Real Madrid, Florentino Pérez, le 3 juin 2011 à Madrid (Espagne). (GETTY IMAGES)
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Le bruit court que Zinédine Zidane est le choix n°1 du président du Real Madrid pour remplacer son entraîneur Rafael Benitez, mardi 4 janvier. Lequel paierait un début de saison hésitant, un jeu pas assez spectaculaire, une humiliation 0-4 à domicile face à l'ennemi juré du Barça le 21 novembre, la méfiance que lui porte Cristiano Ronaldo et l'ombre pesante de "Zizou", coach de l'équipe réserve. Florentino Pérez n'a jamais caché qu'il rêvait de voir le Ballon d'or 1998 à la tête de son équipe un jour. Ce jour est-il arrivé ?

Alors que le président du Real doit tenir une conférence de presse, mardi, francetv info a imaginé l'entretien d'embauche passé par l'ancien numéro 10 des Bleus pour tenter d'obtenir le poste. A vous de juger !

Florentino Pérez : "Entrez Zinédine. Installez-vous. Et enlevez ce survêtement, ça ne va vraiment pas avec votre costume !"

Zinédine Zidane : "Bonjour Monsieur Pérez. Excusez-moi, je reviens tout juste de l'entraînement des jeunes."

FP : "Aucun souci. Donc vous avez postulé à l'annonce que j'ai passée pour remplacer Rafael Benitez, notre futur-ex-entraîneur."

ZZ : "Absolument. J'ai longtemps hésité, je disais encore dans la presse en février que je n'étais pas programmé pour devenir entraîneur, mais là, je sens que mon heure est venue." 

FP : "C'est ça qui vous a fait reculer à Bordeaux, ou alors vous trouviez que le projet des repreneurs saoudiens n'était pas très crédible ?" 

ZZ : "Ma venue était liée à l'ouverture du capital à ces investisseurs, ça ne s'est pas fait. Ils ont finalement pris Willy Sagnol." 

FP : "Vous ne regrettez pas ? Vous aviez l'opportunité de démarrer dans un club moins exposé que le Real Madrid... J'ai vu que vous aviez même évoqué sur le ton de la boutade l'idée d'entraîner le FC Bruges."

ZZ : "Le passé, c'est le passé..."

FP : "Je ne vous cache pas que j'ai reçu des tombereaux de CV pour le poste. Le vôtre n'est-il pas un peu léger pour postuler à un job aussi prestigieux ?" 

ZZ : "J'ai obtenu mon diplôme d'entraîneur en France en 2015, une formation autrement plus exigeante qu'en Espagne où on le donne dans une pochette-surprise après trois semaines de présence. J'ai obtenu un diplôme de management du sport au prestigieux CDES de Limoges. J'ai fait mes armes comme directeur sportif, puis adjoint, puis entraîneur de l'équipe réserve du club."

FP : "Vous n'avez aucune expérience en équipe première !"

ZZ : "Pep Guardiola n'en avait pas non plus quand on lui a donné les clés du Barça en 2008. Tout juste avait-il entraîné la réserve. Dois-je vous rappeler les propos que vous teniez en 2009 quand je suis revenu au club ? 'Le style de Cruyff et Guardiola imprègne toutes les équipes du club, même les U12 et les U14. C'est quelque chose que Madrid n'a pas encore trouvé.' Si on veut que le Real Madrid ait un style de jeu bien identifié, pourquoi ne pas faire confiance à quelqu'un qui connaît les jeunes joueurs du club ? Vous l'avez vous même théorisé en 2001, cet alliage de stars et de joueurs formés au club, les 'Zidanes y Pavones'. Si quelqu'un peut relancer cette idée, c'est moi !

FP : "L'expérience 'Zidanes y Pavones' s'est terminée en eau de boudin, vous le savez bien, vous étiez dans l'équipe."

ZZ : "Mais parce que vous avez vendu trois joueurs majeurs de l'équipe qui a gagné la Ligue des champions 2002 ! Quelle erreur d'avoir bradé Claude Makelele à Chelsea ! Je vous l'avais dit à l'époque : 'On ne change pas une équipe qui gagne'."

Zinédine Zidane pose avec Florentino Pérez sur la pelouse du stade Santiago Bernabeu, à Madrid (Espagne), le 8 septembre 2005.
Zinédine Zidane pose avec Florentino Pérez sur la pelouse du stade Santiago Bernabeu, à Madrid (Espagne), le 8 septembre 2005. (MONDELO /EFE / SIPA)

FP : "Votre maître de stage, Carlo Ancelotti, dont vous avez été l'adjoint la saison du doublé Liga-Ligue des champions, en 2013-14, ne dit que du bien de vous. C'est un point en votre faveur. 'C'est un grand professionnel sur le terrain et un excellent assistant sur le banc. Sa connaissance précise des jeunes joueurs talentueux issus du centre de formation a permis leur bonne insertion dans le club.' Il l'écrit carrément dans son livre." 

ZZ : "Je l'en remercie. C'est l'un de mes modèles. Je l'ai eu comme entraîneur à la Juventus. Il n'hésitait pas à faire attendre le bus du club une heure si j'étais en retard."

FP : "Vous vous êtes amélioré, niveau ponctualité ?" 

ZZ : "Heureusement ! Et pour montrer l'exemple, je m'inflige moi-même des amendes quand je suis à la bourre aux rassemblements. Ce qui demeure rarissime."

FP : "Vous n'avez pas su gérer le cas Martin Ødegaard, ce jeune prodige norvégien à l'ego surdimensionné qu'on vous a collé dans les pattes, à la Castilla. Comment vous ferez pour mettre Cristiano Ronaldo sur le banc ?"

ZZ : "Avec Martin, c'était difficile. Mais on a fini par mettre au point un système à deux meneurs de jeu où il parvient à s'épanouir. Cette affaire a un peu gâché notre fin de saison avec l'équipe, et nous n'avons pas atteint notre objectif : la remontée en D2. Mais les garçons ont tout donné. Les commentaires de nos suiveurs sur internet sont encourageants. Et puis, pour Cristiano Ronaldo, je pense que ma simple venue le fera arrêter de chuchoter à l'oreille de Laurent Blanc. Au moins un temps. La saison prochaine, on prendra Eden Hazard à son poste. C'est un des joueurs que j'aime le plus voir évoluer."

FP : "Vous êtes conscient que si vous faites ça, vous allez devoir communiquer habilement avec la presse ? Ce n'est pas votre fort..."

ZZ : "Vous êtes dur. J'ai beaucoup observé les conférences de presse des entraîneurs de grands clubs. J'ai décortiqué leurs techniques. Et j'ai annoncé dans France Football que j'allais me mettre à communiquer plus cette année. Fini l'image du taiseux qui ne sait pas aligner trois mots, comme aux 'Guignols'." 



FP : "Si je vous donne le poste, vous allez subir une énorme pression. Si un humoriste vous injurie, comme Christophe Alévêque, il faudra garder vos nerfs, et y aller mollo sur les procès. Si un journaliste mène une enquête sur vous, il faudra éviter de répéter l'erreur que vous avez commise avec Besma Lahouri, qui a écrit votre biographie non-autorisée, en encourageant vos proches à la harceler au téléphone... Même dans le vestiaire, vous devrez surveiller votre langage. Tout ce qui s'est dit dans le vestiaire à l'époque de José Mourinho a fini dans un livre écrit par un journaliste d'El País. Et ce n'est vraiment pas à son avantage."

ZZ : "Je tâcherai de garder ça à l'esprit." 

FP : "Imaginons que je vous choisisse. Où vous voyez-vous dans dix ans ?" 

ZZ : "Euuhhhh..." 

FP : "J'aimerai me projeter dans la durée avec vous à la tête de l'équipe. Or, j'ai peur que vous me claquiez entre les doigts si vous gagnez la Ligue des champions, par exemple. J'ai encore en mémoire votre phrase prononcée à l'automne 1998 : 'J’ai 26 ans et je possède tout : une femme, des enfants, de l’argent et une carrière exceptionnelle. Ma vie est terminée.'"

ZZ : "Remporter une Ligue des champions ne suffira pas à étancher ma soif d'entraîner. Et après la victoire au Mondial, j'ai continué à jouer, et me suis constitué un beau petit palmarès, non ?"

FP : "Très bien. Je vous remercie pour votre disponibilité, Zinédine. On vous rappellera." 

ZZ : "Merci Monsieur Pérez. Au revoir."

FP : "Zinédine ?"

ZZ : "Oui ?"

FP : "Vous oubliez votre survêtement boueux sur mon portemanteau en ronce de noyer..."

Florentino Pérez, le 28 mai 2009, à Madrid (Espagne).
Florentino Pérez, le 28 mai 2009, à Madrid (Espagne). (PAUL WHITE / AP / SIPA)