La décision divise déjà les féministes et les instances sportives de certains pays musulmans. La Fifa a autorisé jeudi 5 juillet, le port du voile (ou hijab) pour les joueuses de football dans les compétitions officielles. C'est l'International Football Association Board (Ifab), organe garant des lois du jeu, qui a tranché la question. L'objectif est de permettre à toutes les femmes de jouer au football, sans restrictions religieuses visant certaines communautés.

Cette mesure, demandée par la Confédération asiatique (AFC) et le Prince Ali Bin al Hussein de Jordanie, un des six vice-présidents de la Fifa, avait bénéficié en mars d'un "accord de principe" de l'Ifab qui avait toutefois souhaité attendre le "résultat d'un examen accéléré de toutes les questions liées, notamment sur le plan de la santé et de la sécurité". Adoptée à l'unanimité, cette mesure bénéficiera d'abord d'une période d'essais. La couleur, le design et la nature même des voiles seront débattus en novembre à Glasgow lors d'une réunion de l'Ifab.

( Christophe Duchiron - France 2)

Les féministes mécontentes

Des associations féministes avaient pourtant exprimé leur désaccord, comme la Ligue internationale des femmes, Femix'sports et la Coordination française pour le lobby européen des femmes (Clef), dans une lettre ouverte à Joseph Blatter, président de la Fifa, en décembre dernier.

"Nous tenons à vous faire part de notre stupéfaction et de notre profonde préoccupation", écrivaient-elles. "Accepter un code vestimentaire particulier pour les athlètes musulmanes, non seulement introduit une discrimination entre les athlètes, mais est contraire aux règles du mouvement sportif définissant un costume unique pour les différentes disciplines, sans distinction d’origine ou de croyance."

pour appuyer leur argument, les associations citaient le règlement "sans ambiguïté" de la Fifa : "Loi 4, décision 1 : 'L’équipement de base obligatoire ne doit présenter aucune inscription politique, religieuse ou personnelle". Et se réfèraient aussi à la règle 51 de la Charte olympique, qui précise qu'"aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique".

Le monde musulman satisfait

"C'est une bonne nouvelle pour nous. C'est bon pour la communauté musulmane", a déclaré Alex Soosay, secrétaire général de la Confédération asiatique de football, dont le siège est en Malaisie, pays majoritairement musulman. Pour les responsables de la Fédération malaisienne, en revanche, cette décision aura peu d'impact puisque ses fottballeuses ne portent pas le voile en match.

"Cette décision, attendue avec impatience, fait notre très grande joie", a déclaré la présidente de la commission du sport féminin de la fédération koweïtienne de football (FKT), cheikha Naïma Al-Sabah, dont la sélection féminine participe à diverses compétitions, tout comme celles des Emirats arabes unis, du Qatar et de Bahreïn.

"Toutes" les femmes ne sont pas concernées

Le sultanat d'Oman ne compte pas de sélection féminine, tout comme l'Arabie saoudite, la plus conservatrice des six monarchies du Golfe, où les femmes sont interdites de toute activité sportive publique. Ryad n'a d'ailleurs pas encore fait savoir si des Saoudiennes pourraient participer aux jeux Olympiques de Londres. Jeudi, les responsables de la fédération de football et du comité olympique saoudiens se sont refusés à tout commentaire sur la décision de la Fifa.

Avant les pays du Golfe, l'Iran était à l'avant-garde de la bataille pour l'autorisation du voile islamique. Le pays avait même porté plainte contre la Fifa après avoir été empêché en juin 2011 de disputer un match de qualification aux JO-2012 contre la Jordanie, en raison de l'interdiction du voile islamique.