Foot et grand banditisme, les liaisons dangereuses

Au foot, "le milieu", ce n'est pas que près du rond central. Bandits, truands et caïds gravitent beaucoup autour du ballon rond, notamment dans le sud de la France. 

L'entraîneur de football Rolland Courbis, au stade Vélodrome à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 16 avril 2005.
L'entraîneur de football Rolland Courbis, au stade Vélodrome à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 16 avril 2005. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)
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On ignore les motifs de l'assassinat du fils de José Anigo, directeur sportif de l'OM, tué par balles dans sa Twingo jeudi 5 septembre. Adrien Anigo a été condamné pour braquage en 2007 et est soupçonné d'avoir fait partie du "gang des bijoutiers". Son père a été l'objet d'une enquête de la police sur ses liens avec la pègre marseillaise. Ce fait divers met à nouveau un coup de projecteur sur les liens très forts entre foot et grand banditisme dans le sud de la France. Piqûre de rappel. 

"Le but des parrains du grand banditisme, c'est d'être intermédiaire dans le milieu du foot, explique Stéphane Quéré, spécialiste du milieu contacté par francetv info. C'est un milieu opaque où il y a pas mal d'argent gris, avec les transferts et le marché de la sécurité du stade, par exemple."

L'agent est aussi un caïd

Gravitent autour du club phocéen un grand nombre d'agents de joueurs qui ont eu des démêlés avec la justice. Jean-Luc Barresi a géré la carrière de nombreux joueurs du club, dont Abdoulaye Meïté, solide défenseur qui, un soir de défaite, a répondu à Christophe Bouchet, alors président du club : "Laissez-moi tranquille, président, sinon mon patron va venir vous tirer les oreilles !" Son 'patron' capable de tirer les oreilles du directeur du club ? Jean-Luc Barresi, à qui il arrive de se faire masser au club alors qu'il n'y a aucune fonction officielle.

Barresi - par ailleurs proche des frères Guérini - a été condamné à quatre ans de prison dont trois avec sursis dans une affaire d'extorsion de fonds à des sociétés du port de Marseille. Son avocat est le demi-frère de Gilbert Sau, l'agent qui faisait la pluie et le beau temps sur l'OM lors du retour de Tapie et qui, lui-même, est présenté comme le neveu de Gaétan Zampa, qui a régné sur le milieu marseillais dans les années 70-80. Pour couronner le tout, la belle-sœur de Jean-Luc Barresi a dirigé Alba Sécurité, une entreprise de gros bras qui a été chargée... de la sécurité du Stade Vélodrome, jusqu'en 2012. 

Des joueurs fils de parrain

José Anigo, le directeur sportif de l'OM, a grandi avec Richard Deruda, figure du grand bandistime marseillais. Au point de faire venir le fils Deruda à l'OM, puis de lui trouver une porte de sortie. On le sait moins, mais Deruda junior n'est pas le seul fils de caïd à avoir évolué en première division. Le neveu de Francis Le Belge, François Vanverberghe, a joué à Toulon quelques années. A l'époque, le club toulonnais était géré par les frères Perletto, qui ont ensuite eu des liens avec le club de rugby de la ville, le RCT, note Libération. En 2002, en compagnie d'un ancien joueur du club, Jean-Louis Moracchino, il se fait "hacher par un tir de kalachnikov", pour reprendre l'expression du journal Le Parisien.

Des présidents de club fils de parrains

Eté 2002. Le club de l'OGC Nice est repris par trois hommes. Trois hommes bien connus des services de police. Robert Cassone, fils de Roland, parrain de Marseille, François Mouret, fils de Roger, dit "le Gitan", figure du milieu de la Côte d'Azur, et Jean-Christophe Cano, ex-dirigeant de l'OM, agent de joueurs et proche de Cassone père. L'expérience tourne court, à peine quatre mois. N'empêche, en 2008, Robert Cassone est condamné à 18 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende pour "abus de biens sociaux" dans la gestion du club. 

Le joueur paye la caution d'un parrain

Quand le parrain Francis Le Belge va derrière les barreaux en 1992, c'est l'ex-milieu de terrain de l'OM Bernard Pardo qui aide à rassembler les fonds pour sa caution, estimée à 1,5 million de francs d'après Libération. L'année suivante, c'est au tour de Pardo d'aller en prison, pour trafic de drogue. Et que croyez-vous qu'il arriva ? Le (parrain du) milieu paye la caution du milieu (de terrain). 

Lors des funérailles du Belge, deux joueurs et de nombreux cadres de l'OM étaient présents. Bernard Pardo y assistait tandis que Patrick Blondeau, rugueux défenseur, portait son cercueil.

L'enterrement de Francis Le Belge, dont le cercueil est porté par des proches, le 17 octobre 2000 dans le cimetière du Canet à Marseille. 
L'enterrement de Francis Le Belge, dont le cercueil est porté par des proches, le 17 octobre 2000 dans le cimetière du Canet à Marseille.  (STF / AFP)

Le patron de la boutique fiché au grand bandistime

L'un des lieutenants du parrain André Cermolacce, dit "Gros Dédé", Richard Laaban, s'est fait prendre la main dans le sac en 1998 par un policier infiltré. Richard Laaban, fiché au grand banditisme, est aussi... le gérant de la toute première boutique de l'OM. "Après sa condamnation, Laaban reprendra ses fonctions à la tête de la boutique. Comme si de rien n'était", rapporte le livre L'Histoire secrète de l'OM, de David Garcia (Ed. Flammarion). "Gros Dédé" n'en a pas non plus fini avec le foot. Il a ainsi participé en 2011 aux négociations lors du départ de Julien Rodriguez, un défenseur de l'OM très souvent blessé.

L'entraîneur avait un sacré casier

Le mètre-étalon du genre, c'est Rolland Courbis. Courbis, notoirement proche des parrains, a participé à la caisse noire du SC Toulon au début des années 90 - "j'avais le choix entre mourir de faim ou voler pour manger, j'ai volé pour manger", s'est-il défendu à la barre, rapporte Libération - avant d'être blessé lors de l'assassinat d'un des membres présumés du gang de la Brise de mer, en 1996. 

Rolland Courbis au tribunal de Marseille, le 18 juin 2007, lors du procès des comptes de l'OM.
Rolland Courbis au tribunal de Marseille, le 18 juin 2007, lors du procès des comptes de l'OM. (MICHEL GANGNE / AFP)

L'année suivante, Courbis "met en place un véritable 'système' – c'est le mot du procureur pendant le procès des comptes de l'OM – avec les commissions sur les transferts, et l'entrée des parrains à la Commanderie, le siège du club", explique à francetv info David Garcia. Pour la caisse noire toulonnaise et les comptes de transferts de l'OM, Courbis a écopé de deux ans de prison.

Une veuve de parrain à la tête des supporters

Un des clubs de supporters les plus importants de l'OM, Marseille Trop Puissant, est géré par Amsis Khokha, veuve du parrain du quartier du Panier, Roland Gaben. Elle s'est signalée en payant ses contraventions avec la caisse du groupe, et a été condamnée en 2012 à une amende. La justice n'est pas allée plus loin. "Toutes les accusations de main-mise du grand banditisme pour appréhender les fonds de l’association se sont effondrées. La montagne accouche d’une souris", se félicite son avocat dans La Marseillaise.

Quand le président se fait conduire chez le parrain

En 2002, Robert Louis-Dreyfus, à la tête de l'OM depuis six ans, est conduit par Jean-Christophe Cano dans la maison de Roland Cassone, dont ce dernier ne sort plus depuis des années. Il a raconté candidement la suite au Nouvel Obs, en 2005 : "Jean-Christophe Cano m’a présenté Roland Cassone, que je ne connaissais pas, comme un membre influent d’une des associations de supporters du club. A l'époque, nos mauvais résultats sportifs avaient enflammé les supporters et Cano pensait que ce rendez-vous permettrait d'expliquer la politique du club et d’apaiser le climat."

La tribune présidentielle, l'amicale de la pègre locale

"Les flics marseillais m'ont dit : 'Quand on veut refaire notre fiche photographique sur tel ou tel parrain, on va au Vélodrome, et on regarde du côté de la tribune présidentielle", raconte Stéphane Quéré. Ou comment résumer en une phrase les liens entre foot et grand banditisme sur la Côte d'Azur.