FIFA : les copains d’abord

La FIFA élit ce vendredi son nouveau président. Il héritera d'une association riche à milliards et régnera sur un "système" mis en place il y a plus de 40 ans, par João Havelange puis Sepp Blatter.

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En théorie, la FIFA est une association à but non lucratif. Dans les faits, elle brasse aujourd’hui des milliards de dollars.  Un véritable pouvoir, avec 209 fédérations de football sur la planète, soit davantage que les membres composant les Nations unies.

Des fédérations qu’il faut forcément "soigner" pour se faire réélire, explique l’ancien conseiller de Michel Platini, William Gaillard : "C’est un système qui échange l’argent contre le pouvoir. On utilise les toutes petites fédérations. On les arrose copieusement et généreusement. Il n’y a aucun contrôle, aucun audit sur la façon dont les fonds sont dépensés. On entretient le pouvoir de cette manière-là."

La mise en place d'un "système mafieux"

Le "système FIFA" est né il y a quarante ans, en 1974, avec l’élection du Brésilien João Havelange à la tête de la FIFA. Un homme qui va tout changer, se souvient la "mémoire" du foot, le journaliste Jacques Ferran : "L’entrée de Havelange a eu un double effet : l'un, positif, avec la transformation du football, son pouvoir dans le monde ; l'autre, négatif, avec des habitudes d’arrangements. Il s’est senti intouchable. Une espèce de système mafieux a commencé doucement à se mettre en place."

 

Au fil des ans, l’argent des sponsors, des droits télé et du marketing va exploser, sous la houlette d’un personnage clé : le patron d’Adidas, Horst Dassler, qui fait entrer Sepp Blatter à la FIFA. Et en 1998, Blatter succède à João Havelange à la tête de la FIFA.

"La FIFA fonctionne comme une dictature"

Peu à peu, la FIFA passe du "système Havelange" au "système Blatter". Un système que certains tentent de dénoncer de l’intérieur, comme le secrétaire général de la FIFA, Michel Zen-Ruffinen. En 2002, il rédige un rapport confidentiel accablant pour l’organisation, dont voici un extrait : "La FIFA fonctionne comme une dictature. Ce n’est plus une organisation honnête et structurée. C’est une organisation au service de Blatter qui a pris le nom de FIFA. Tous ceux qui remettent en cause ce fonctionnement sont évincés par le président. Quant aux comptes de l’organisation, ils semblent en ordre, mais c’est une illusion. La FIFA se caractérise par une mauvaise gestion, des disfonctionnements structurels et des irrégularités financières ."

 

Malgré ce rapport et un scandale retentissant sur les pots-de-vin liés à la gestion des droits télé, Sepp Blatter réussit pourtant à se maintenir au pouvoir. Et comme toutes ces affaires ne l’ont pas fait tomber, il se sent vraiment intouchable.  Tout puissant, comme en témoigne l’un de ses proches, le président d'un club de foot suisse, le FC Sion, Christian Constantin : "Il s’imaginait candidat pour le prix Nobel de la paix. J'étais avec lui, lors de l’élection du dernier pape. J'étais dans son bureau à Zurich. La fumée blanche est sortie de la chapelle Sixtine. Et à ce moment-là, alors que le nom du nouveau pape n’était pas encore donné ; Sepp a dit : 'Et le pape est… Sepp Blatter !' Je lui ai dit : 'Tu es complètement dingue de pouvoir te prendre pour le pape !' Le foot rend fada..."

 

Et dans ce "système" qui rend "fada", on découvre aussi les programmes de développement détournés de leur objectif : de l’argent disparait parfois dans d’étranges circonstances, notamment sur le continent africain, comme en témoigne l’ancien entraîneur de l’équipe du Bénin, René Taelman : "J’ai voulu monter un projet, une académie de formation nationale, couplée avec une formation d’entraîneur. A l'arrivée, il y a un mur qui n’est pas terminé... un terrain où poussent les herbes sauvages... Un vrai gâchis financier ! Cet argent est allé dans les poches de certains dirigeants ." 

"La FIFA protège les éléments corrompus"

D’anciens responsables de la FIFA le reconnaissent aujourd’hui, comme Guido Tognoni, l’ancien conseiller de Sepp Blatter : "Ce qui est similaire à la mafia, c’est que la FIFA a établi un filet autour du monde, un filet de pouvoir autour du monde qui, quelque fois, est plus fort que le filet d'un gouvernement. Si un gouvernement veut éliminer les gens corrompus d’une fédération, la FIFA intervient et protège les éléments corrompus de la fédération. Ça, c’est un élément mafieux !"

 

Blatter assure qu’il a toujours ignoré l’existence de ce système : "Je ne suis pas le comptable de la FIFA !"  répète l’homme qui est resté 17 ans à la tête de l’organisation. Il y a neuf mois, il répondait ainsi à un journaliste de la télé suisse : "Dans ce cas, il faudrait que j’ai un service de renseignements comme les Etats-Unis, comme la Russie, comme les Allemands. Mais je n’en ai pas ! Le football est basé sur discipline, respect et fair-play."

 

Un discours qui ne convainc pas les fins-connaisseurs du "système Blatter", comme Mark Pieth, un juriste suisse qui a tenté de réformer la FIFA dans les années 2000 : "Il n’y avait pas vraiment de comptabilité raisonnable avant 2002. C’était apparemment normal qu’on puisse donner un million chaque année à un collègue sans trace dans la comptabilité. Entre copains…"

 

C'est ce système qui éclate aujourd’hui au grand jour, après 40 ans d’impunité.

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