Des supporters russes nerveux, une Pologne qui doit absolument gagner, une Russie en position de se qualifier pour les quarts de finale et un contexte historique lourd. Le match du groupe A, qui doit opposer la Pologne et la Russie dans l'Euro 2012, mardi 12 juin à Varsovie, met la police sur les dents. Pourquoi ce match est-il sous haute tension?

• Un match crucial pour l'équipe de Pologne

Parlons sport, d'abord. Les deux équipes n'aborderont pas le match de la même manière. D'un côté, la Russie a frappé un grand coup en battant la République tchèque par 4 buts à 1 lors de son premier match de cet Euro. De l'autre, la Pologne a fait pâle figure en étant neutralisée (1-1) par la Grèce qui jouait pourtant à dix. Du coup, il devient crucial pour la Pologne de gagner ce match, alors que la Russie pourrait, elle; s'offrir un billet pour les quarts de finale en cas de victoire.

• Un contexte politico-historique pesant

Mais le sport risque de passer au second plan. C'est qu'au cours des siècles, la Pologne a pu nourrir ses rancœurs envers la Russie. Elle a été occupée au XIXe siècle, a subi la guerre polono-soviétique en 1920, puis a été en partie envahie par l'URSS en 1939 et vu la police politique soviétique tuer l'élite de son pays lors du massacre de Katyn (20 000 personnes), en 1940. Enfin, à l'issue de la seconde guerre mondiale, elle a subi une longue période de dictature communiste imposée par Moscou.

• La presse polonaise électrisée

Du coup, la presse polonaise est en ébulition. "Depuis des années, aucun match n'a éveillé autant d'émotions. On n'évitera pas des références historiques et patriotiques du temps où le terrain de jeu était le seul endroit où, dans un combat honnête, nous pouvions battre les Russes", souligne le quotidien de droite Rzeczpospolita, qui ajoute : "L'Union soviétique et la Pologne communiste n'existent plus, mais les émotions sont restées." "La Pologne et la Russie se lancent dans la bataille. Dans cet affrontement, aucun résultat ne sera neutre", renchérit le quotidien DGP.

Le tabloïd Super Express appelle carrément à "battre du Russe !" et publie un montage photo de l'attaquant polonais Robert Lewandowski dans l'uniforme de la cavalerie polonaise du XVIIe siècle. Seul l'autre grand journal populaire Fakt se démarque : "Du calme ! Ce n'est qu'un match..."

• Des supporters russes agressifs

Pour pimenter le tout, les supporters russes n'ont pas la réputation d'être des tendres. L'UEFA a déjà ouvert une procédure disciplinaire contre la Russie. Lorsque l'équipe de la République Tchèque a été battue (4-1) par les russes, vendredi, leurs supporters ne se sont pas très bien conduits dans les tribunes. Après visionnage d'images et lecture de rapports de sécurité, ils apparaît qu'ils ont jeté des fusées et déployé des bannières "Empire Russe" qui peuvent passer pour une provocation. Ils sont souvent utilisés par des mouvements d'extrême droite.

Ensuite, l'UEFA va enquêter pour savoir si des incidents racistes (des cris de singes) causés par des fans russes ont visé des joueurs tchèques. Et enfin, quatre membres du service d'ordre polonais ont été frappés par des supporters russes dans le stade de Wroclaw (sud-est), à l'issue du match de l'Euro 2012 remporté par la Russie.

• Une police sur les dents

Quelque 5 000 supporters russes doivent défiler dans les rues de Varsovie vers le Stade national. Ils ont déjà reçu l'autorisation de la mairie, mais cela pourrait être ressenti comme une provocation et provoquer des débordements.

Conséquence, les patrouilles de police et les contrôles ont été renforcés à Varsovie mardi. Les préparatifs à cette rencontre constituent, selon le ministre de l'Intérieur polonais, "le plus grand défi" pour la police polonaise, qui craint des débordements. Le match doit commencer, sur la pelouse, à 20h45 (heure de Paris), mais un autre pourrait bien avoir lieu dans la rue.