Crise de l’euro oblige, l’Euro de foot est vécu par beaucoup de gouvernements comme un échappatoire à la grisaille ambiante. Le premier ministre espagnol a mis la pression sur la Roja pour qu’elle fasse oublier aux supporters leurs problèmes. Le premier match de la Grèce, avec un carton rouge injuste et un penalty oublié a été vécu comme un condensé de la crise économique que le pays subit depuis quatre ans. Des économistes de la banque néerlandaise ABN Amro ont analysé les chances de victoire de chacun des pays, et ont estimé qu’il fallait à tout prix qu’un pays de la zone euro remporte le tournoi, l’Allemagne par exemple. Des statisticiens ont mis au point une méthode pour calculer le résultat du tournoi en comprenant le PIB par habitant du pays (les détails sur le Financial Times). En réaction, les pays mis au piquet par l'Allemagne depuis le début de la crise de l'euro se vengent sur le terrain et dans les tribunes contre Angela Merkel.

• Le Portugal et l'Irlande attaquent la mère la rigueur

Bouc émissaire des boucs émissaires, devant le FMI, le libéralisme et Oncle Picsou, Angela Merkel. La chancelière allemande incarne pour les supporters européens la mère la rigueur. Chez les Portugais, on lui voue une rancune tenace : "A chaque fois que le Portugal marque, j’imagine le visage d’Angela Merkel, effondrée devant sa télé", raconte un supporter au Wall Street Journal. Plusieurs supporters portugais arboraient un masque à l’effigie d’"Angie" lors de leur match contre le Danemark (ces aigrefins qui ne sont même pas dans la zone euro). Sur Twitter, on pouvait lire des blagues du type : "C’est Merkel qui arbitre le match Espagne-Irlande, et le perdant est relégué en D2 de la zone euro".

Des supporters portugais portant des masques à l'effigie de la chancelière allemande Angela Merkel, le 13 juin 2012. 
Des supporters portugais portant des masques à l'effigie de la chancelière allemande Angela Merkel, le 13 juin 2012.  (JEFF PACHOUD / AFP)

Fers de lance de la révolte anti-Merkel, quelques Irlandais au drapeau revendicatif sont devenus des stars d'internet. Leur photo à l’aéroport de Dublin, avec le drapeau "Angela Merkel pense qu'on est au travail", a fait le tour d’Europe.

Des supporters irlandais apostrophent Angela Merkel sur cette photo, prise à l'aéroport de Dublin.
Des supporters irlandais apostrophent Angela Merkel sur cette photo, prise à l'aéroport de Dublin. (DR)

La #donttellmerkel (ne dites pas à Merkel) attitude s’est développée sur Twitter. Les facétieux Irlandais, éliminés, ont live-twitté leur retour au pays, avec un hastag "nous sommes bientôt de retour au boulot, Angela".

Le drapeau a finalement été vendu aux enchères sur une radio irlandaise au profit d'une association aidant les enfants victimes du cancer. Forcément, des petits rigolos ont parodié l'étendard de la révolte quand les Irlandais sont rentrés au pays.

• Le "derby de la dette" pour conclure ?

Apogée de la "Merkelmania" de cet Euro, le match Allemagne-Grèce du 22 juin, surnommé depuis ce week-end "le derby de la dette". Si les deux équipes ont soigneusement évité de parler politique, les supporters des deux camps ne s'en privent pas. Joachim Löw, le sélectionneur allemand, a répondu avec humour sur Eurosport à ceux qui lui demandaient son avis sur la rencontre : "Vous savez qu'entre Angela Merkel et nous, il y a une très bonne relation. On s'est fixé une règle, elle n'essaye pas d'influencer ma composition d'équipe et mes orientations tactiques et moi, je ne me mêle pas des décisions politiques." Le quotidien grec Sports Day a titré dimanche 17 juin : "Angela, tenez-vous prête ! Vous avez vu comment vos débiteurs se sont qualifiés ?" Dans les rues d'Athènes, on pouvait entendre samedi "l'Allemagne a l'argent, nous avons une équipe" et "nous devons battre Merkel et l'Allemagne en quarts", note The Telegraph (vidéo en anglais). Les supporters grecs ont imprimé des tee-shirts spécialement pour le match, portant l'inscription : "Cette fois-ci, c'est nous qui vous chassons de l'Euro". Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble a pronostiqué 3-1 pour la Mannschaft dans le journal Die Zeit. On attend la réponse de son homologue grec.

• La chancelière, spectatrice n°1 de l'Euro

Savez-vous ce qu'a fait François Hollande pendant les rencontres de l'équipe de France ? Non. En revanche, Angela Merkel affiche ouvertement son soutien à l'équipe nationale. Le jour de la rencontre contre les Pays-Bas, elle a commis un impair en arborant une veste orange, couleur de l'adversaire du soir. Erreur rectifiée dès le dîner en plein air pour suivre la rencontre, avec un gilet vert, les couleurs du second jeu de maillot des Allemands.

Pour mettre toutes les chances du côté de la Mannschaft, la chancelière a assisté au match. Et quand Angela Merkel est dans les tribunes, l'Allemagne ne perd jamais. "C'est notre porte-bonheur", estime le chargé de com' de la sélection.

Angela Merkel salue le milieu de terrain Mesut Özil dans les vestiaires après un match Allemagne-Turquie (3-0), le 8 octobre 2010.
Angela Merkel salue le milieu de terrain Mesut Özil dans les vestiaires après un match Allemagne-Turquie (3-0), le 8 octobre 2010. (GUIDO BERGMANN / REUTERS)

S'il faut encore vous convaincre que c'est Angela Merkel et la BCE qui ont la haute main sur cet Euro de foot, sachez que sept des huit équipes éliminées après le premier tour ne faisaient pas partie de la zone euro. La finale attendue de l'Euro, Allemagne-Espagne, aura lieu le jour où débutera le mécanisme de sauvetage des pays de l'eurozone, le 1er juillet. Sans parler du fait qu'elle suivra un sommet européen capital (mais quel sommet européen ne l'est pas?) les 28-29 juin.