Athlétisme : un documentaire sur le dopage accuse la Russie et le Kenya

La chaîne allemande ARD et le quotidien allemand The Sunday Times assurent aussi détenir les résultats de tests sanguins de 5 000 athlètes, dont 800 sont jugés anormaux.

La Russe Mariya Savinova, lors de sa victoire sur le 800 m aux jeux olympique de Londres, le 11 août 2012. Un documentaire allemand, diffusé le 1er août 2015, l\'accuse de dopage.
La Russe Mariya Savinova, lors de sa victoire sur le 800 m aux jeux olympique de Londres, le 11 août 2012. Un documentaire allemand, diffusé le 1er août 2015, l'accuse de dopage. (FABRIZIO BENSCH / REUTERS)
France Télévisions

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A trois semaines du coup d'envoi des Mondiaux d'athlétisme de Pékin, un documentaire allemand, diffusé samedi 1er août, remet la question du dopage au premier plan. En collaboration avec le quotidien britannique the Sunday Times (lien payant), la chaîne allemande ARD pointe particulièrement les pratiques de la Russie et du Kenya, et assure détenir une base de données de 12 000 tests sanguins dont 800 seraient au moins anormaux.

Francetv info fait point sur ces révélations, qualifiées de "très inquiétantes", dimanche, par l'Agence mondiale antidopage.

Plus de 800 athlètes aux tests sanguins anormaux

C'est le chiffre choc avancé par ARD et le Sunday Times. Les journalistes ont obtenu, par une source anonyme, une banque de données riche de 12 000 résultats d'analyses sanguines sur plus de 5 000 athlètes, appartenant à la Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF). Ils les ont fait examiner par un spécialiste du dopage, l'hématologue australien Michael Ashenden. Pour lui, plus de 800 de ces athlètes présentent des résultats "au moins anormaux", voire "très suggestifs de dopage".

Parmi ces athlètes aux analyses suspectes, on compte, selon la BBC, au moins 10 médaillés des Jeux olympiques de Londres en 2012. La situation est particulièrement inquiétante sur les épreuves d'endurance : un tiers des médailles remportées dans ces disciplines lors des Jeux olympiques ou des Mondiaux, entre 2001 et 2012, ont été remportées par des athlètes dont les analyses sanguines sont jugées anormales par l'hématologue.

Des aveux d'une championne olympique russe en caméra cachée

Le documentaire de la chaîne ARD fait état de suspicions à l'encontre de la Russe Mariya Savinova, championne olympique du 800 m à Londres en 2012. Dans un enregistrement sonore qui lui est attribué, l'athlète reconnaît la prise d'hormones de croissance.

Les journalistes révèlent aussi les propos, enregistrés en caméra cachée, d'une autre spécialiste russe du 800m, Anastasia Bazdireva, suggérant qu'elle utilise des produits dopants : "Avec les anabolisants, j'ai les muscles durs. Mais je peux courir. C'est dur, mais ça va. Tu te sens différent avec les anabolisants".

Dimanche, l'Agence mondiale antidopage a annoncé qu'une enquête déjà ouverte sur l'athlétisme russe, après de premières révélations de la chaîne allemande, allait être "élargie". Le ministre russe des Sports a, lui, sèchement rejeté ces accusations, qui résultent selon lui d'une lutte de pouvoir au sein de l'IAAF : "Il semblerait que quelqu'un cherche à ruiner l'athlétisme en diffusant de tels films".

Des injections de produits dangereux filmées au Kenya

Les journalistes se sont également rendus au Kenya, pays d'où sont originaires un grand nombre de stars de l'endurance, et ont filmé des injections de produits dopants "dangereux". Ils évoquent une "corruption massive" et une "volonté de dissimuler le dopage", "jusqu'au sommet de la fédération d'athlétisme kényane".

Le Kenya a été secoué récemment par un scandale de dopage qui a notamment valu à la star du marathon Rita Jeptoo d'être suspendue deux ans. "Depuis 2006, je n'ai pas été contrainte à faire un seul test sanguin au Kenya", confie cette dernière dans le documentaire. "C'est extrêmement suspect et malintentionné", a déclaré la fédération kenyane en réponse à ces accusations.