Mort d'Antoine Demoitié sur Gand-Wevelgem : les motos, une menace pour les cyclistes ?

Depuis quelques mois, les incidents entre les coureurs cyclistes et les motos se multiplient. Jusqu'au décès du Belge Antoine Demoitié, heurté par une moto dimanche. 

Le sprint final de la course belge Gand-Wevelgem, où un coureur est mort, percuté par une moto suiveuse, le 27 mars 2016.
Le sprint final de la course belge Gand-Wevelgem, où un coureur est mort, percuté par une moto suiveuse, le 27 mars 2016. (LUC CLAESSEN / BELGA MAG / AFP)

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"Mourir en pratiquant son sport n'est plus acceptable", a commenté sur Twitter l'ancien coureur Jérôme Pineau. Le monde de la petite reine a été endeuillé, dimanche 27 mars, par la mort du coureur belge Antoine Demoitié sur la classique Gand-Wevelgem. Le coureur a chuté, avant d'être percuté par une moto. Les hommages se multiplient, les questions sur la sécurité du peloton aussi. Avec, dans la ligne de mire, les motos suiveuses, impliquées dans beaucoup d'incidents récemment.

"Le risque zéro n'existe pas"

Les circonstances de la mort d'Antoine Demoitié sont encore floues. Aucune moto caméra n'a filmé la scène. D'après les premiers témoignages, il semble bien qu'il s'agisse d'un accident. "Les quatre coureurs sont tombés devant la moto, rapporte un témoin au site belge Sudinfo, et la moto juste derrière s’est littéralement couchée sur le coureur." L'enquête ouverte par la police française – l'accident a eu lieu sur le tronçon français du parcours – le déterminera.

"Le risque zéro n'existe pas, renchérit Serge Granizo, président de l'association GSO qui fournit des motards pour encadrer des courses en Midi-Pyrénées. Je me souviens d'une fois où un coureur a chuté juste devant une voiture. Le conducteur n'a pas eu le temps de lever le pied de l'accélérateur, et le coureur a été tué sur le coup. Il n'y a pas eu d'affaire, il y a eu cinq ou six témoins qui ont expliqué que le chauffeur ne pouvait rien faire." 

Des motos omniprésentes

Cela fait plusieurs années que les cyclistes dénoncent le danger que représentent pour eux les motos suiveuses. Un coureur échappé en solitaire sur Gand-Wevelgem s'est ainsi retrouvé entouré de huit motos quand il a pris la poudre d'escampette vis-à-vis du peloton. Arrivez-vous à le distinguer sur cette photo postée par le coureur Michael Rogers ?

Le sprinter slovaque Peter Sagan a ainsi été envoyé dans le décor par une moto lors du dernier Tour d'Espagne. Il écrivait, dans un post virulent publié sur sa page Facebook : "A mon avis, les motards ne prennent pas assez au sérieux la sécurité des coureurs. Heureusement, mes blessures ne sont pas très graves. Mais imaginez ce qui se serait passé s'il m'avait roulé dessus ?"

Lors d'une étape de montagne du Tour de France 2015, un motard avait failli percuter le grimpeur canadien Ryder Hesjedal, avant de tamponner le Danois Jakob Fuglsang, ruinant ses chances de victoire.

Encore plus spectaculaire, la collision entre la moto médicale (si, si) et le coureur belge Stig Broeckx lors de la course belge Kuurne-Brussels-Kuurne au printemps. Clavicule et côtes cassées pour le coureur, plates excuses de l'organisateur, et on en est resté là. "Sur les images, on voit bien que le coureur s'écarte après avoir fini son relais en tête de peloton, commente Pascal Chanteur, président de l'Union nationale des cyclistes professionnels (UNCP). Mais le motard qui double le peloton ne le regarde pas. En tant qu'ancien coureur cycliste, je suis capable de sentir ces mouvements du peloton. Mais, sur certaines courses, ce sont des boulangers la semaine qui deviennent pilotes moto le week-end, et n'ont pas ces réflexes."

  
  

Un PowerPoint en guise de formation

Des boulangers au guidon des motos suiveuses, vraiment ? Rien ne l'empêche : un journaliste du magazine spécialisé Rouleur s'est ainsi retrouvé bombardé motard suiveur d'une course près d'Albertville après quelques heures de blabla théorique devant un PowerPoint, où, en gros, on lui a dit de bien lire la documentation et de toujours obéir aux commissaires de course. Pascal Chanteur rappelle avoir réclamé un renforcement de cette formation, pas encore mis en place pour le moment en France, et encore dans les cartons au niveau international. Sur les courses régionales, l'encadrement est l'un des premiers postes où sabrent les organisateurs au budget serré. "Encadrer une course cycliste, ça ne s'apprend pas dans les livres", renchérit Serge Granizo.

Le contre-exemple, c'est le Tour de France, où l'on compte près d'une centaine de motos, pour les commissaires, les journalistes, les VIP, entre autres. Mais sur la Grande Boucle, les motards retenus sont des spécialistes. "Ce sont souvent d'anciens coureurs de cross ou des motards qui ont fait le Dakar, qui ont l'habitude du tout-terrain, où ça frotte et où il faut avoir des réflexes", indique Serge Granizo. Et avant le départ de la Grande Boucle, ils subissent une batterie de tests avant d'être déclarés bons pour le service.

Les coureurs ont des propositions pour rendre la cohabitation plus saine entre vélos et motos. Michael Rogers propose de limiter la vitesse des motos à 15 ou 20 km/h de plus que la vitesse des coureurs.

L'équipe Tinkoff-Saxo de Peter Sagan avait demandé la diminution du nombre de véhicules autour de la course. Le site VéloPro demande d'utiliser des motos moins larges que les Volvo 4x4 utilisées sur Gand-Wevelgem qui bouchent la visibilité. Autant de propositions restées lettre morte : l'UCI organise régulièrement des réunions sur la sécurité des coureurs, sans qu'aucune mesure concrète n'en soit sortie jusqu'à présent. "C'est malheureux qu'il faille un mort pour qu'on évoque sérieusement ce sujet", se désole Pascal Chanteur. Faudra-t-il que les coureurs fassent grève pour que les instances du vélo les écoutent ?