Dopage : l’UCI a protégé Lance Armstrong (rapport)

La commission indépendante de la réforme du cyclisme publie ce lundi un rapport sur le dopage dans le cyclisme. Il en ressort que l’union cycliste internationale (UCI) a mal géré le cas Armstrong et doit encore faire beaucoup de progrès.

(Le rapport est très critique sur la gestion du cas Armstrong par l'UCI © Maxppp)
Radio France

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Un rapport de 227 pages sur le dopage dans le cyclisme a été rendu public cette nuit par l’Union Cycliste Internationale (UCI). Treize mois de travaux ont été nécessaires à la commission indépendante de la réforme du cyclisme. Le rapport a été constitué après 174 entretiens individuels à travers le monde avec des employés de l'union cycliste internationale, des représentants de fédérations, des médecins, des coureurs, des représentants d'organisation antidopage.

 

Objectif : enquêter sur les causes de la culture du dopage qui s'est développée dans le cyclisme, et sur les allégations qui ont mis en cause la fédération internationale dans sa gestion de lutte contre le dopage, du cas Armstrong notamment.

 

C'est une plongée au cœur des heures les plus sombres de l'histoire cycliste, de l'affaire Festina en 98, aux affaires T-mobile, US Postal, Cofidis, les opérations Puerto, les enquêtes de Padoue et Mantoue en Italie, les contrôles positifs de Landis, Contador, la chute de Lance Armstrong, sans parler des produits, EPO, hormones de croissance, transfusions sanguines, Aicar. Bref, difficile d'être exhaustif.

Lance Armstrong protégé

Dans toutes ces affaires, la fédération internationale a souvent été pointée du doigt. Dans ce rapport, pour la première fois de l'histoire, les erreurs, les manquements, les fautes d'anciens dirigeants sont clairement reconnues. De 1992 à 2006, sous la présidence du néerlandais Hein Verburggen, la commission note que le problème du dopage était endémique, mais la recherche des tricheurs était, à l'époque, perçue comme une chasse aux sorcières préjudiciable au bon développement de la discipline.

 

C'est dans cette période, que Lance Armstrong a bénéficié d'un traitement de faveur. Identifiée comme la personne idéale pour relancer le cyclisme après l'affaire Festina, grâce à sa victoire sur le cancer et au fait qu'il soit Américain, l'UCI a défendu, protégé médiatiquement le Texan, alors qu'il y avait de forte raisons de le suspecter de dopage. Les dirigeants ont ainsi toléré qu'Armstrong produise un certificat médical a posteriori après un contrôle positif aux corticoïdes sur le Tour 99. Ils ont aussi accepté des dons de l'Américain. "Ce qui m'a énormément choqué ", explique Jean-René Bernaudeau, le manager de la formation Europcar, "c'est le financement par Armstrong d'un appareil pour mesurer le dopage. Cette proximité entre les dirigeants et les coureurs n'est pas acceptable ".

Pas de lutte efficace 

Dans l'affaire Armstrong, le terme de corruption est en tout cas écarté par la commission. Cette dernière ne dit pas que l'UCI a sciemment autorisé le dopage durant toutes ces années, mais il y a eu un manque de mesures appropriées pour une lutte efficace.

 

La situation s'est améliorée progressivement à partir de 2006 sous la présidence de l'Irlandais Mac Quaid, avec la mise en place du passeport biologique, de contrôles ciblés avec des tests hors compétitions. Mais les tentatives de la fédération internationale pour décrédibiliser le travail de journalistes d'investigations et des enquêteurs américains dans l'affaire Armstrong ont miné les efforts de la politique anti-dopage. Sans compter que tout a été fait pour favoriser le retour du Texan à la compétition en 2009, et les conflits entre l'UCI et l'agence mondiale antidopage n’ont pas aidé.

 

Cependant, il ne faut pas tout voir en noir selon Vincent Lavenu, le manager de l'équipe AG2R la mondiale. "Depuis plus de 10 ans, il y a une lutte qui est fermement employée pour assainir le milieu. Ce n’était sans doute pas assez mais nous étions les premiers à lutter contre le dopage (…) et il faut continuer pour que notre sport retrouve toute sa crédibilité ".

 

Mieux mais…

La commission reconnait que la situation s'est améliorée. Les attitudes ont changé mais la culture du dopage dans le cyclisme continue d'exister, souligne-t-elle. Le micro-dosage est utilisé pour permettre aux tricheurs de rester dans les clous du passeport biologique.

 

Dans leurs recommandations, le docteur Dick Marty ancien procureur général Suisse, le professeur Ulrich Haas, expert en règlement et procédures antidopage, Peter Nicholson ancien officier militaire australien spécialisé dans les investigations criminelles, suggèrent une plus grande collaboration de l'UCI avec les Etats, les agences. Ils suggèrent la mise en place de contrôles antidopage nocturnes dans certaines circonstances pour traquer un peu plus les tricheurs.