Comment certains champions en viennent à détester leur sport

Laure Manaudou, Frank Lebœuf, Serena Williams ou encore André Agassi ont avoué qu'ils n'aimaient pas la discipline qui a fait leur gloire. Francetv info détaille les raisons qui ont provoqué ce dégoût.

Laure Manaudou (à gauche), André Agassi (au centre) et Serena Williams.
Laure Manaudou (à gauche), André Agassi (au centre) et Serena Williams. (MARTIN BUREAU / JAMIE SQUIRE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / FRED DUFOUR / AFP / MONTAGE FRANCETV INFO)
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"Je n'ai jamais aimé nager." Non, ce n'est pas une enclume qui lance cette phrase. Mais Laure Manaudou, dans son autobiographie Entre les lignes (éd. Michel Lafon), parue jeudi 9 octobre. La triple médaillée olympique de natation n'est pas la seule championne à avouer un dégoût pour son sport. D'autres athlètes ont fait part de leur aversion pour la discipline qui les a portés au sommet. Francetv info tente de comprendre comment ils en sont arrivés à ce stade.

Ils voulaient gagner, seulement gagner

Laure Manaudou, ex-star de la natation française, a précisé sa pensée, jeudi sur Europe 1 : "Je n'ai jamais aimé nager, par contre, j'ai toujours adoré gagner. Et c'est ça qui me faisait nager, justement."

Le rejet est désormais total. Elle n'a pas mis les pieds dans une piscine depuis qu'elle a raccroché le bonnet. "Rien ne me manque. Ni l'odeur du chlore, dont le corps met des mois à se débarrasser. (…) Encore moins l'enfilade infinie de carreaux de faïence qu'on compte jusqu'à l'abrutissement en enchaînant les longueurs", écrit-elle.

Autrement dit, seule la victoire compte et le sport importe peu. "J'aurais peut-être pu gagner dans un autre sport mais il se trouvait que j'avais des prédispositions dans la natation et que mon grand frère m'a amenée à la natation", a poursuivi Laure Manaudou sur Europe 1. Elle aurait préféré faire de l'athlétisme, mais elle a abandonné cette piste : "J'étais pas assez forte, alors je me suis tournée vers la natation."


Ils ont été poussés par un parent passionné

Frank Lebœuf, ancien footballeur, vainqueur de la Coupe du monde 1998 aux côtés de Zinédine Zidane, Laurent Blanc ou encore Didier Deschamps, est désormais acteur. Installé à Los Angeles, en Californie, depuis la fin de sa carrière sportive en 2005, il a suivi des cours de théâtre de façon intensive. Après avoir tourné dans quelques films de l'autre côté de l'Atlantique, il revient en France et se produit jusqu'au 30 novembre à la Comédie Caumartin dans Ma belle-mère, mon ex et moi.

Ce revirement n'est pas un accident. Fouler les planches, ce sont "[ses] premières amours", raconte-t-il sur le plateau du journal de 13 heures de France 2. "Je reviens à ce que j'ai toujours voulu faire quand j'étais gamin, poursuit-il. Mon papa ayant créé le club de football de mon village à Saint-Cyr-sur-Mer, j'y suis allé, je me suis plongé dedans, je me suis régalé. Mais dès que j'ai arrêté ma carrière, c'est vrai que j'ai voulu essayer quelque chose d'autre."

Ils ont été dégoûtés par le business

Certains athlètes pratiquaient une activité qu'ils aimaient. Mais ils ont fini par être écœurés par la façon dont fonctionnait l'économie de leur sport. Le magazine spécialisé So Foot a recensé, en février, dix footballeurs qui se sont retirés avec amertume. "Le football professionnel, c'est de l'argent et de la corruption. C'est du capitalisme, et le capitalisme, c'est la mort. Je ne veux pas faire partie d'un système qui se base sur le fait que des personnes gagnent de l'argent grâce à la mort d'autres personnes en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie", a par exemple déclaré l'Espagnol Javier Poves Gómez, formé à l'Atlético de Madrid, qui a joué au Real Sporting de Gijón.

"Il y avait plein de choses qui me pesaient. Les déplacements, les mentalités, les supporters, les journalistes, la manière dont tout ça était géré. (...) Je comprends que cela puisse surprendre, car j'arrête à 27 ans dans un milieu où l'on gagne très bien. On dit souvent que c'est bien, car on vit de sa passion, mais moi, ce n'était plus ma passion", a expliqué l'ancien Girondin de Bordeaux Gérald Cid à 20 Minutes.fr, en 2011.

Ils ont été piégés par un parent vénal

Serena Williams, l'ancienne numéro un mondial de tennis, ne cache pas non plus son absence d'affection pour sa discipline. "Je n'ai jamais aimé le sport et je n'ai jamais compris comment j'ai pu devenir une athlète. J'ai horreur de tout ce qui a rapport avec l'effort physique", a-t-elle déclaré en 2012, citée par Rue89.

Si elle exècre autant la petite balle jaune et la pratique sportive, c'est sûrement parce que c'est son père, Richard Williams, qui est derrière sa carrière, comme derrière celle de sa sœur aînée, Venus. Sans compter que si ses filles ont été élevées dès leur plus jeune âge pour remporter des tournois de tennis à la pelle, ce n'est pas par passion mais par appât du gain. A l'origine, leur père ne sait rien du tennis. "En 1978, Richard Williams tombe par hasard, en allumant sa télévision, sur du tennis féminin. Quand il entend, sidéré, que la gagnante, la Roumaine Virginia Ruzici, empochera un chèque de 200 000 francs, le chiffre lui fait l'effet d'un électrochoc", raconte L'Express en 1999. Marié et père de trois filles, "il décide alors qu'il en aura deux autres, pour en faire deux joueuses de tennis", poursuit l'hebdomadaire.

Les primes stratosphériques du tennis de haut niveau font rêver cet homme qui a connu une enfance pauvre et une adolescence rythmée par des petits jobs.

Serena Williams (à gauche) et Venus Willams (à droite) lors d'un entraînement avec leur père Richard Williams, en 2002, lors de l'US Open, à New York (Etats-Unis).
Serena Williams (à gauche) et Venus Willams (à droite) lors d'un entraînement avec leur père Richard Williams, en 2002, lors de l'US Open, à New York (Etats-Unis). (TIMOTHY A. CLARY / AFP)

Ils étaient sous la coupe d'un parent tyrannique

Andre Agassi, lui aussi, déteste le tennis. Et lui aussi a été encouragé par son père. Dans ses mémoires, Open, sortis en 2009, le "Kid de Las Vegas" dépeint un homme tyrannique. "Je pense dire à mon père que je n'aime pas le tennis. (...) Mais de mauvaises choses arrivent quand mon père est en colère. S'il dit que je vais jouer au tennis, devenir numéro un mondial et que c'est ma destinée, tout ce que j'ai à faire est d'acquiescer et d'obéir", écrit-il.

Dans cet ouvrage, "il est surtout question du destin confisqué d'un enfant, victime d'un père violent et obsessionnel qui avait décidé de faire de son fils un champion de tennis à n'importe quel prix", commente Le Monde.

Andre Agassi après une défaite face à Pete Sampras, à Indian Wells (Etats-Unis), le 14 mars 1995.
Andre Agassi après une défaite face à Pete Sampras, à Indian Wells (Etats-Unis), le 14 mars 1995. (STEVEN SCHRETZMANN / AFP)

"Bon nombre d'enfants jouent souvent pour le plaisir de la pratique, prennent goût à un sport, à s'entraîner, à progresser aussi, et puis parfois le sport est simplement un prétexte pour passer de bons moments avec les copains, explique PsychologieSport.fr. La socialisation est une des raisons principales qui pousse un enfant à continuer dans son sport." Le blog spécialisé invite alors les parents à se questionner : "Il faut donc chercher à savoir si votre enfant joue pour son propre plaisir ou pour le vôtre et savoir comprendre (et entendre) que même si votre enfant est doué pour son sport, qu'il n'ait pas forcément envie de s'investir dans la compétition de haut niveau."

Les critiques des champions qui émergent à leur retraite ? C'est "cracher dans la soupe", estime Patrick Mouratoglou, coach de la joueuse de tennis Aravane Rezai, en 2010, dans un entretien à 20 Minutes.fr"Après c'est à eux de choisir s'ils veulent une vie classique ou un destin exceptionnel. Et ça ne se fait pas en buvant un coca au bar quand les autres bossent."