Violence "structurelle" à la prison de Châteaudun

Que se passe-t-il à l'intérieur de la prison de Chateaudun ? Dans ce centre de détention d'Eure-et-Loir, deux mutineries ont éclaté en moins de 48 heures, la semaine dernière. Ce n'est pas la première fois que l'établissement fait parler de lui. Au printemps, un détenu avait fait de la résistance : celui qu'on a appelé "l'évadé de Châteaudun" refusait de rentrer de permission, de peur de se faire tuer. Un surveillant s'était suicidé il y a deux ans. Le centre de détention de Châteaudun n'est pas une prison vétuste, mais cela n'empêche pas les violences. 

(Maxppp)
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Châteaudun, ce n'est pas une de ces prisons qui tombent en ruine, le centre de détention est sorti de terre en 1991. Ce n'est pas non plus une prison qui déborde, on y compte 587 détenus pour 600 places, et il y a encore quelques cellules vides. Pourtant, les surveillants disent y vivre un calvaire au quotidien.

"Vous ouvrez une porte, c'est une gamelle de pisse que vous recevez à travers la figure, le coup de poing dans la figure ", témoigne Joel Iraégui du syndicat FO pénitentiaire. "Le surveillant est très tendu. Ça peut, comme on dit, péter à n'importe quel moment ".

Humiliations, brimades, pressions... Laetitia est surveillante depuis 10 ans, elle a été attaquée deux fois et se souvient très bien de sa première agression. Attaquée "par un détenu qui n'a pas supporté l'autorité féminine ", explique la femme. "Il m'a sauté dessus, il a essayer de me sauter à la gorge et si l'auxiliaire n'était pas intervenu, je ne sais pas comment j'aurais terminé ." Selon la surveillante, "les agents du centre de détention vont la peur au ventre au travail ". 

Le "déversoir " des établissements parisiens

Un concentré d'ultraviolence créé par l'administration pénitentiaire, dénonce depuis des années François Korber. Il a été détenu à Châteaudun, et défend aujourd'hui les droits des prévenus avec l'association Robin des lois. "C'est devenu depuis 10 ans le déversoir du 'trop-plein' des établissements de la région parisienne ", explique-t-il. "Dès que quelqu'un est condamné pour une peine moyenne, 3, 5 ou 7 ans, il est expédié à Châteaudun. C'est une erreur grave ", souligne l'ancien détenu. "Quand vous regroupez dans un même établissement 80% de gens avec des règles et des codes des cités, ça donne une violence structurelle : racket, agressions, et c'est devenu ingérable ."

Cette violence appelle une réponse structurée. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté doit rendre son rapport sur la sécurité à Châteaudun dans les prochaines semaines.