Moustache, mystère et main de fer : qui est Philippe Martinez, le nouveau secrétaire général de la CGT ?

Le secrétaire général de la fédération de la métallurgie prend la tête de la première centrale syndicale française.

Philippe Martinez lors d'une manifestation contre la réforme du système ferroviaire, le 29 janvier 2015 à Paris. 
Philippe Martinez lors d'une manifestation contre la réforme du système ferroviaire, le 29 janvier 2015 à Paris.  (NICOLAS MESSYASZ / SIPA)
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Philippe Martinez a été élu secrétaire général de la CGT en remplacement de Thierry Lepaon, mardi 3 février, à la quasi-unanimité du "parlement" de la centrale syndicale. La liste de dix membres du nouveau bureau confédéral présentée par l'ex-délégué de Renault Boulogne-Billancourt a recueilli 88,8% des voix du comité confédéral national.

Jusqu'au scandale de son appartement rénové à grands frais et de son bureau sur mesure à 62 000 euros, le grand public n'avait pas retenu le nom de Thierry Lepaon. L'ancien secrétaire général de la CGT avait recruté une agence de communication pour aider à inscrire son nom dans l'imaginaire collectif. Il n'avait pas l'aura de son prédécesseur Bernard Thibault, ni sa coupe de cheveux si caractéristique. Son successeur a pour lui d'arborer d'épaisses moustaches, qui rappellent le policier maladroit Dupond des aventures de Tintin (celui qui a des moustaches raides, contrairement à Dupont). Mais ses bacchantes suffiront-elles à en faire une personnalité publique de premier plan ?

Pas de fiche Wikipedia

Pas sûr. Car c'est encore un quasi-inconnu. "Ni Laurent Berger (CFDT) ni Jean-Claude Mailly (FO) ne le connaissent", raconte Le Journal du dimanche. Alors qu'il est secrétaire général de la puissante fédération de la métallurgie, Philippe Martinez apparaît très peu pendant le conflit autour de la fermeture de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois, en 2013, laissant micros et projecteurs à Jean-Pierre Mercier, le délégué syndical du site.

Que sait-on de Philippe Martinez avant qu'il ne devienne un ponte de la CGT ? Qu'il est originaire de la banlieue parisienne, qu'il a usé son bleu de travail à l'historique usine Renault de Billancourt, qu'il a 53 ans et un faible pour les descentes en canoë dans les gorges de l'Ardèche, comme nous l'apprend Paris Match. Point. Sa date de naissance ? Inconnue. Sa fiche Wikipedia ? L'entrée Philippe Martinez concerne un coureur cycliste des années 1980. Signe révélateur : le 15 janvier, le service de presse de la CGT ne disposait pas de sa photo, rapportent Les Echos.

"Il s'est créé un personnage un peu bougonnant"

Et cette fameuse moustache est toute récente. En 2010, Philippe Martinez est parfaitement glabre sur cette photo publiée dans L'Humanité. Sur un cliché de l'AFP datant de 2012, on aperçoit la moustache naissante. Deux ans plus tard, elle relègue celle de Jean-Pierre Marielle époque seventies au rang de léger duvet. Une façon de surjouer son côté syndicaliste à l'ancienne, estime un expert du monde syndical dans Le Journal du dimanche : "Il s'est créé un personnage un peu bougonnant." Ce qui marche particulièrement bien à la CGT, surtout après les scandales à répétition de la fin de l'ère Lepaon. "Par tradition, les militants et les dirigeants de la CGT se targuent d’être non seulement intègres mais aussi rigoureux, voire austères", analyse l'historien du syndicalisme René Mouriaux dans Le Bien public. Alors que nombre de syndicalistes de l'automobile parlent d'un homme chaleureux. Le moustachu est réputé maîtriser au poil ses dossiers et être très attaché à son syndicat. "Avec lui, on sent que la maison est bien gardée", commente Gabriel Artero, président de la CFE-CGC de la métallurgie, dans L'Usine nouvelle.

La taupe du Parti communiste à la CGT ?

Moustache aidant, ses ennemis brossent le portrait d'un stalinien, un rouge pur et dur, une taupe de la place du Colonel-Fabien, qui n'aurait pas digéré la séparation entre la CGT et le Parti communiste, actée par Louis Viannet en 1996. Interrogé sur son appartenance au PCF, Martinez a démenti, sans convaincre. Comme Thierry Lepaon, qui a traîné comme un boulet le flou artistique régnant autour de son rapport à la franc-maçonnerie, rappelle Liaisons sociales.

Si Martinez a vraiment sa carte du parti, il se garde bien de tout prosélytisme, au point d'avoir demandé à un autre syndicaliste de décoller un autocollant Front de gauche de son manteau lors d'une manifestation, raconte Paris Match. Déjà en 1999, il fait savoir son refus de se rendre à une manifestation organisée par le PCF contre le chômage : "Nous n'avons rien à gagner." Lors d'une conférence sur "les rapports du syndicalisme avec la politique" en novembre dernier, il martèle : "La CGT est le syndicat le plus indépendant du monde" et assure qu'aucun représentant politique ne sera convié aux 120 ans de la centrale, prévus cette année. Pour lui, le rôle d'un syndicat est "de faire de la politique, mais pas au service d'un parti politique".

Le bureau à 62 000 euros pas perdu pour tout le monde

Toujours pas élu patron de la CGT - sa liste a échoué à obtenir les deux tiers des voix devant le parlement du syndicat, d'où la séance de rattrapage des 3 et 4 février - Philippe Martinez occupe déjà le (luxueux) bureau de Thierry Lepaon. Sur l'agenda du ministre du Travail, François Rebsamen, il est déjà qualifié de "secrétaire général de la CGT" pour leur rendez-vous du 30 janvier (avant que cela ne soit corrigé). L'affaire est pliée ? Probablement. 

Philippe Martinez a dû éviter beaucoup d'écueils pendant la campagne. Il a lâché Thierry Lepaon au dernier moment, tout en intégrant beaucoup de ses fidèles dans son projet de bureau politique. Sa ligne politique est suffisamment floue pour que tout le monde s'y retrouve. Peut-être même que cette fois, la fédération de la santé, dont la secrétaire générale, Nathalie Gamiochipi, est la compagne de Philippe Martinez, ne décidera pas de voter contre lui. Lors du vote du 13 janvier, Nathalie Gamiochipi avait carrément trahi sa fédération en faisant voter sa représentante pour Philippe Martinez. Ce vote inattendu avait permis à ce dernier de franchir la barre des 50% des voix du parlement de la CGT, note Le Monde. Sans cela, il n'aurait pas eu droit à une seconde chance.