L'affaire Leonarda aura peut-être eu un mérite : celui de mettre en lumière une convergence de défauts, qui minent l'action de François Hollande depuis son arrivée à l'Elysée. Synthèse permanente, communication défaillante, dissonances au sein de la majorité… Francetv info revient sur les principales faiblesses du chef de l'Etat.

1Une volonté de synthèse permanente

C'était sa force lorsqu'il dirigeait le Parti socialiste ; aujourd'hui, c'est devenu son boulet. "A force de toujours vouloir ménager la chèvre et le chou, Hollande ne satisfait plus personne", résume un député socialiste. "Sa méthode, ça a toujours été la synthèse. C'est tout à fait louable, mais il n'est plus premier secrétaire du PS. Il est président de la République, il doit incarner une ligne, un cap", développe le député Christophe Caresche.

La gestion de l'épisode Leonarda est, à ce titre, exemplaire. François Hollande s'est montré incapable de désavouer le très populaire Manuel Valls, avec qui il est globalement d'accord sur le fond. Mais incapable, aussi, de ne pas faire un geste en direction de la gauche du PS et des jeunes manifestants qui réclamaient le retour de la famille de la jeune Kosovare. Résultat : le chef de l'Etat a fait le choix de l'entre-deux, en proposant à Leonarda de revenir en France, mais sans sa famille.

Avec cette volonté de synthèse permanente, "François Hollande donne le sentiment de ne pas trancher", analyse le politologue Gérard Grunberg. Un clair-obscur anxiogène pour les Français. "François Hollande a beaucoup plus de caractère que ce qu'on dit, assure pourtant le sénateur Gaëtan Gorce. Mais chercher le point d'équilibre sur tous les sujets est une erreur." Un avis partagé par Christophe Caresche : "Ce que l'on a envie de conseiller à François Hollande, c'est d'oublier ce jeu d'équilibriste, et de tracer sa route !"

2Un gouvernement désuni

Le conseil n'est pourtant pas si simple à suivre. Car au sein même du gouvernement, François Hollande doit ménager un certain nombre de sensibilités. Ligne budgétaire, traité européen, intégration des Roms… Depuis mai 2012, et malgré les avertissements du chef de l'Etat, les couacs entre ministres n'ont jamais cessé. 

"Lorsque les Français entendent des ministres exprimer publiquement leurs désaccords, croyez-vous qu'ils se sentent rassurés ? Certains ont un comportement indigne de leur fonction", déplore un dirigeant socialiste, qui "regrette que François Hollande et Jean-Marc Ayrault se soient contentés de sermonner sans sanctionner".

3Une majorité fragile

Autre difficulté pour François Hollande : face à l'exécutif, la majorité parlementaire apparaît très fragile. Le PS ne peut légiférer seul au Sénat et ne dispose, à l'Assemblée, que de 292 députés, quand la majorité absolue est fixée à 289 sièges. Le président de la République doit donc composer avec les alliés et se méfier des frondes internes. Or, beaucoup d'élus socialistes et écologistes refusent d'être réduits au rôle de godillots. "Nous ne pouvons pas créer nous-mêmes le désordre à partir de nos propres rangs, la situation est suffisamment difficile", a prévenu le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, lundi 21 octobre sur Europe 1.

"On a un certain nombre de collègues irresponsables, au sein de l'aile gauche de notre parti, qui sèment le doute sur notre capacité à gouverner", tonne Christophe Caresche. "Il y a beaucoup de nouveaux élus, qui n'ont pas mesuré qu'être député et être secrétaire national du PS, ce n'est pas la même chose", explique le porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée, Thierry Mandon, en pointant du doigt "une quinzaine" de personnes. "Or, cette polyphonie fragilise évidemment l'exécutif."

Quant aux alliés écologistes, qui ont qualifié d'"inhumains" les propos de François Hollande dans l'affaire Leonarda, "ils commencent à bien faire", s'agace un député socialiste. "Tous les mois, ils éructent sur un nouveau sujet. Soit ils sont dans la majorité, soit ils la quittent. Mais qu'ils cessent d'être le ver dans la pomme !" 

4Un Parti socialiste qui peine à exister

Beaucoup estiment que le PS lui-même est une lacune pour François Hollande. "Aubry, Ayrault et lui ont décidé de mettre le parti en veilleuse au moment du congrès de Toulouse, il y a un an. C'était une erreur : ils en payent les conséquences, tonne le sénateur Gaëtan Gorce, candidat malheureux à l'époque face à Harlem Désir. Aujourd'hui, le PS n'est plus un parti. Il n'est plus qu'une alliance de quelques intérêts personnels, incapable de se saisir des questions de fond."

L'affaire Leonarda n'a pas fait taire les critiques, bien au contraire. Alors que François Hollande proposait à la jeune fille de revenir seule en France, Harlem Désir a demandé à ce qu'elle puisse revenir avec sa famille. Pour le député Jean-Marie Le Guen, le patron du PS a "encore une fois réagi à contre-temps, mais sa parole n'a pas beaucoup d'importance". "Harlem, on ne l'entend jamais quand il faut", acquiesce un autre.

"Ce ne serait pas un mal si le parti était davantage dans l'explication de l'action gouvernementale", euphémise Thierry Mandon. "Il faut que le PS se ressaisisse, qu'il fasse plus de pédagogie", enfonce Christophe Caresche. La réunion hebdomadaire du groupe socialiste à l'Assemblée, mardi matin, s'annonce pour le moins houleuse.