Retour en actes sur la polémique autour d'un rassemblement musulman de l'UOIF à Lille

La présence de certains orateurs a été dénoncée par plusieurs observateurs et élus. "Dans un souci d'apaisement", mardi 2 février, les organisateurs ont finalement annulé la venue de trois d'entre eux. 

Le président de l'Union des organisations islamiques de France, Amar Lasfar, lors d'un rassemblement, le 18 avril 2014 au Bourget (Seine-Saint-Denis).
Le président de l'Union des organisations islamiques de France, Amar Lasfar, lors d'un rassemblement, le 18 avril 2014 au Bourget (Seine-Saint-Denis). (JACQUES DEMARTHON / AFP)

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Un rassemblement de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), prévu dimanche 7 février à Lille, crée bien des remous. Plusieurs personnalités politiques à droite et à gauche – dont Nicolas Dupont-Aignan (DLF) et Laurence Marchand-Taillade (PRG) – ont dénoncé l'invitation d'orateurs prêchant, selon eux, la "haine" dans cette réunion. Mardi soir, les organisateurs ont finalement annoncé que la rencontre se tiendra sans trois d'entre eux.

Acte 1 : plusieurs personnalités pointées du doigt

Les opposants à l'UOIF – une organisation réputée proche des Frères musulmans, qui prône un islam très rigoriste – s'inquiétaient notamment de la venue du Marocain Abouzaïd Al-Mokri, du Syrien Mohamed Rateb Al-Nabulsi et du Saoudien Abdallah Salah Sana'an. Le premier a notamment déclaré que "le complot juif [n'avait] pas de limites", précise le site Metronews. Et dans une vidéo, le second avait estimé que l'homosexualité devait être punie de la peine de mort, comme l'a souligné le conseiller régional Jean-Luc Romero. En 2014, il a également qualifié la coalition contre l'Etat islamique de "mécréante".

Dès le 29 janvier, la secrétaire nationale du PRG, Laurence Marchand-Taillade, avait dénoncé leur présence dans une tribune, doublée d'une lettre à Manuel Valls. "On n'a rien à prouver, cela fait 33 ans qu'on organise ce genre de rencontre, avait répondu le président de l'UOIF, Amar Lasfar. Si quelqu'un dérape, il sera rappelé à l'ordre, tout simplement."

Acte 2 : Cazeneuve promet une "totale vigilance"

Membre de l'aile gauche du PS, Jérôme Guedj réagit sur i-Télé : "Je ne peux pas supporter" la présence de tels orateurs, indique-t-il, tout en jugeant qu'il est "compliqué juridiquement d'interdire le rassemblement", du fait de la "liberté d'expression" et de "la liberté de manifestation".

A son tour, le gouvernement s'empare de l'affaire. Mardi 2 février, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, "prévient que les services de l'Etat seront d'une totale vigilance à l'égard des propos tenus par les différents intervenants", dans un communiqué. "Tout propos tombant sous le coup de la loi donnera lieu à des poursuites immédiates et fera l'objet des sanctions appropriées. Chacun doit se tenir au strict respect des principes de droit et des principes républicains. L'Etat y veillera."

Acte 3 :  les organisateurs annoncent l'absence de trois orateurs contestés

Le Syrien Mohamed Rateb Al-Nabulsi, le Marocain Abouzaïd Al-Mokri et le Saoudien Abdallah Salah Sana'an "sont déprogrammés en réponse à la polémique et dans un souci d'apaisement", indique Amar Lasfar, dans la soirée. Parmi les intervenants annoncés figurent aussi les islamologues Tariq Ramadan et Ghaleb Bencheikh et le sociologue Raphaël Liogier. Au total, plus de 5 000 visiteurs sont attendus, dimanche, lors de la 9e Rencontre annuelle des musulmans du Nord.