Réunion sur l'Islam de France : les "préoccupations intégrationnistes" des années 1980 sont devenues des "préoccupations sécuritaires"

La troisième réunion de l'instance de dialogue avec l'Islam de France, en présence de Bernard Cazeneuve, se déroule lundi au ministère de l'Intérieur. Romain Sèze, docteur en sociologie, était dimanche sur franceinfo pour discuté des enjeux de cette réunion.

Bernard Cazeneuve sera présent à la troisième réunion de l\'instance de dialogue avec l\'Islam de France, lundi, à l\'hôtel de Beauvau.
Bernard Cazeneuve sera présent à la troisième réunion de l'instance de dialogue avec l'Islam de France, lundi, à l'hôtel de Beauvau. (LEON TANGUY / MAXPPP)
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Lundi 12 décembre, des centaines de représentants musulmans sont conviés au ministère de l'Intérieur pour réfléchir à la question "comment rendre l'Islam de France indépendant ?". Dimanche sur franceinfo, le docteur en sociologie Romain Sèze, aussi chargé de recherche à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, a constaté qu'après les attentats de janvier 2015, les "préoccupations intégrationnistes [des années 1980] se sont rechargées de préoccupations plus sécuritaires".

franceinfo : L'Islam de France dépend-il largement des pays étrangers, du Maroc, de la Turquie, de l'Algérie et des pays du Golfe ?

Romain Sèze : Lorsque l'État a souhaité contrôler un peu le profil des imams qui pouvaient prêcher dans les mosquées, c'est passé par un focus sur les formations dès la fin des années 1980. Mais l'État français n'était pas en mesure de promouvoir des formations en France, donc il s'est tourné vers les États étrangers. Il a externalisé la gestion du culte musulman, en contractualisant des accords avec, notamment, l'Algérie et la Turquie, qui envoient régulièrement en France des imams formés dans leurs pays. Aujourd'hui, ces formations se développent avec l'idée qu'il faut mettre un terme à ces pratiques.

Même si, récemment, il y a eu un partenariat de signer avec le Maroc pour que des imams formés là-bas prêchent en France ?

C'est un peu le genre de contradictions qui sont révélatrices d'un fait qui complique toutes ces affaires : derrière toutes ces questions de politique intérieure, il y a aussi des questions de relation diplomatique et c'est très difficile à gérer.

Si, après la réunion de lundi, les imams sont formés en France et les mosquées financées avec de l'argent français, y aura-t-il moins de risques de radicalisation ?

C'est un peu ça la logique. Tous ces débats sur l'Islam de France sont nés dans les années 1980 de préoccupations intégrationnistes. Il fallait mettre fin à ces influences étrangères qui se manifestaient par différents biais : la formation, le financement du culte, etc. Après les attentats de janvier, qui ont été interprétés à certains égards comme une crise des valeurs institutrices du social, toutes ces préoccupations intégrationnistes se sont rechargées de préoccupations plus sécuritaires. En développant un Islam de France, on ne favorisait pas simplement l'intégration des musulmans en France mais on prévenait aussi la radicalisation.