Élèves corses questionnés sur leurs pratiques religieuses : "Un calendrier électoral dicte ce type de mesures"

Pour François Tatti (Mouvement Corse Démocrate), de la communauté d'agglomération de Bastia, la diffusion d'un questionnaire sur la diversité dans les écoles corses est le fruit d'enjeux politiques. 

Une classe d\'école primaire (photo d\'illustration)
Une classe d'école primaire (photo d'illustration) (MAXPPP)
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franceinfoRadio France

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Un questionnaire sur la diversité, destiné aux élèves des classes de primaire en Corse, fait polémique. Elaboré par des enseignants-chercheurs de l'Université de Corse, il est diffusé dans le cadre d'une étude sur la diversité commandée par l'Assemblée de Corse (dirigée par les nationalistes). Ce questionnaire interroge les enfants sur les langues parlées par leurs proches, les voyages à l'étranger et les pratiques religieuses. Vendredi, le recteur de Corse n'a pas autorisé la distribution de ce questionnaire, mettant en avant la loi informatique et libertés de 1978.

"C'est un calendrier électoral qui dicte ce type de mesures", a réagi lundi sur franceinfo François Tatti, le président MCD (Mouvement Corse Démocrate) de la communauté d’agglomération de Bastia, évoquant les élections territoriales qui doivent se tenir à la fin de l'année. 

franceinfo : Ce questionnaire, même modifié, doit-il être distribué ou pas ?

François Tatti : Ce questionnaire ne doit pas prospérer. On connaît la situation tendue en Corse. Les questions d'intégration, on les connaît avec une acuité particulière. Dès qu'on intervient dans ce débat, il faut le faire en respectant la loi. La loi interdit de poser des questions sur l'appartenance religieuse, encore moins au sein de l'école et à des enfants de huit ans. Je ne mets pas en cause la bonne volonté de ceux qui ont travaillé sur ce questionnaire. Il y a la volonté de faire avancer les choses. Mais on voit bien le danger.

Est-ce que vous voyez une arrière-pensée dans ce questionnaire ?

Le président de l'Assemblée est indépendantiste. À la fin de l'année, nous avons des élections territoriales. L'Assemblée de Corse est renouvelée. On voit bien les éléments de campagne électorale qui se profile derrière ce type de questionnaire. "Te sens-tu Français ? Comment vois-tu les Français ? Pour te faire accepter, penses-tu qu'il faut que tu oublies ton identité ?" Ce sont des questions extrêmement intrusives et qui sont potentiellement exploitées pour dire que le modèle français ne fonctionne pas. Le droit du sol est notre priorité en France et en Corse. Il n'est pas question d'aller vers un droit du sang dans lequel il y aurait des citoyens de souche qui auraient des droits différents de ceux qui arriveraient et qui ne seraient pas forcément de confession catholique.

Que répondez-vous à Jean-Guy Talamoni qui dit vouloir procéder à un état des lieux plutôt que de faire la politique de l'autruche ?

Il faut travailler et trouver des solutions aux problèmes, mais pas avec ce type d'enquête et pas avec des enfants de cet âge-là. On peut lancer des questionnaires sous le contrôle des autorités. Le Conseil d'État autorise des dérogations. Mais la chose la plus importante est de demander le consentement des gens que l'on interroge. Quel est le consentement d'un enfant de huit ans pour répondre à ce type de questions ? Certains des maîtres, qui doivent intervenir pour poser les questions, sont sujets à notation sur la base du résultat de ces enquêtes. Tout ceci est biaisé. Le dispositif choisi n'est pas acceptable et ne peut pas être partagé par des personnes qui croient en la laïcité et qui croient dans les principes de droits et de respect de la personne. Il faut choisir d'autres moyens pour analyser notre société. Nous y sommes favorables, mais pas dans ces conditions-là et avec ce calendrier-là. Car c'est un calendrier électoral qui dicte ce type de mesures.