Crèches de Noël dans des mairies : "Ce n'est pas du tout une revendication des croyants", réagit un prêtre

Le père Louis-Marie Guitton, qui exerce en Provence, affirme que les crèches en mairie sont un faux débat pour les catholiques, et milite pour une laïcité ouverte.

Une crèche au marché de Noël de Colmar (Haut-Rhin).
Une crèche au marché de Noël de Colmar (Haut-Rhin). (JEAN ISENMANN / ONLY FRANCE)
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Alice MaruanifranceinfoFrance Télévisions

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Des crèches de Noël peuvent-elles être installées dans des bâtiments administratifs, et en particulier dans des mairies ? C'est à cette épineuse question que le Conseil d'Etat va devoir répondre, jeudi 3 novembre, après que son rapporteur a rendu un avis favorable, sous conditions, il y a une dizaine de jours. Prêtre dans le diocèse de Fréjus-Toulon (Var) et responsable de l'Observatoire socio-politique du diocèse, le père Louis-Marie Guitton, lui, y est plutôt défavorable. Il explique pourquoi à franceinfo.  

L'Eglise catholique milite-t-elle pour avoir des crèches dans les mairies au moment de Noël ?

Louis-Marie Guitton : On n'a jamais demandé à en avoir. Ce n'est pas du tout une revendication des croyants, et on ne se battra pas pour ça. Les catholiques ont des crèches chez eux, et à l'église. Ce sont des signes qui nous aident à croire, on y est attachés, mais l'Eglise n'en a jamais fait un étendard.

Le rapporteur du Conseil d'Etat estime qu'une crèche de Noël dans un bâtiment public n'enfreint pas le principe de laïcité, dès lors qu'elle respecte plusieurs conditions précises. Que pensez-vous de cet avis ?

Je trouve qu'il est sage, qu'il représente une forme d'apaisement. Il faut dédramatiser le débat. Le problème aujourd'hui est qu'on se trouve entre deux extrêmes : d'un côté, une interprétation fermée de la laïcité, qui voudrait retirer tous les signes religieux de l'espace public. Et de l'autre, un jeu politique qui n'a plus rien à voir avec l'expression de la foi dans le domaine public. Il faut une place pour une position d'équilibre. C'est tout aussi vrai pour le catholicisme, qui est une religion de l'incarnation, que pour la kippa juive ou le voile musulman, qui n'ont jamais choqué les catholiques.

Ce débat sur les crèches de Noël installées dans les mairies est-il important ?

Pour nous, Noël est un temps de paix, donc il n'y a pas lieu d'entrer dans des guerres inutiles. C'est toujours sain qu'il y ait un débat, mais ces histoires de crèche installées dans les mairies ne sont pas une priorité aujourd'hui.

Je préfère rappeler que l'histoire que raconte la crèche est dramatique au départ : ce sont des gens qui n'ont pas trouvé à être hébergés, un couple qui cherche une maison. Ca peut nous ramener à l'actualité, non ? La crèche est tout le contraire d'un signe de fermeture.

Que pensez-vous des élus et hommes politiques qui, à l'approche des élections, ne cessent d'invoquer l'identité chrétienne de la France ?

Ce qui est assez savoureux, c'est qu'il y a quelques années, voire quelques mois, on disait que les catholiques avaient disparu de l'échiquier politique. Aujourd'hui, c'est à celui qui veut envoyer le message le plus fort vers l'électorat catholique, ou bien pour exclure d'autres religions, comme l'islam. 

En France, ce n'est pas un problème récent. L'écrivain nationaliste Charles Maurras avait déjà fait une utilisation culturelle et identitaire de la foi chrétienne. On assiste aujourd'hui au même genre de phénomène, avec des gens qui voudraient rappeler l'histoire chrétienne de la France pour l'instrumentaliser, jouer sur les peurs, ou surfer sur une vague parce qu'il y a des élections.