"Do you speak english ?" "Yes, but only under torture". Selon un baromètre de la CFE-CGC publié mardi 12 janvier, 71% des cadres utilisent une langue étrangère au travail, principalement l'anglais. Or, six Français sur dix jugent leur niveau mauvais dans cette langue, selon une enquête Ifop. Raison qui explique sans doute que, pour 45% des cadres, parler une langue étrangère est une source de stress, selon ce baromètre.

En piochant au hasard dans les annonces de l'Agence pour l'emploi des cadres (Apec), on constate que la plupart exigent un anglais de "bon niveau", voire stipulent que la connaissance de cette langue "est indispensable aussi bien à l'écrit qu'à l'oral". Pourtant, la loi Toubon (1994) stipule bien que le français est la langue du travail en France.

"Service is maybe dead"

Cette appréhension est-elle justifiée ? "Un mauvais niveau d'anglais freine la carrière, mais n'est pas réellement fatal", confie un cadre dans une société informatique, précisant toutefois que dans son entreprise, "les gens ne maîtrisant pas du tout l'anglais ne sont tout simplement pas recrutés". Selon lui, la maîtrise de cette langue est "surtout une source d'irritation", notamment parce que "celui qui maîtrise mieux que ses collègues pourra plus facilement prendre l'ascendant lors d'une réunion".

Le manque de maîtrise de la langue peut aussi engendrer des situations cocasses, rapporte-t-il, évoquant un logiciel qui a longtemps affiché "service is maybe dead" ("service peut-être mort") pour dire qu'une application était défaillante. 

Selon Jean-Paul Nerrière, ancien vice-président d'IBM-USA en charge du marketing international, les Allemands sont "aussi médiocres que nous", mais dans les "réunions internationales, ils prennent la parole, ils vocifèrent, ils trépignent". "Pendant ce temps-là, les Français préparent dans leur tête la phrase qu'ils vont utiliser quand elle aura été bien polie. Et quand elle est prête, le débat est parti ailleurs...". Alors, à quand l'anglais décomplexé à la machine à café ?