Complément d'enquête, France 2

VIDEO. Anne Lauvergeon : "Quand la petite décide, on se tait"

Le chantier de l'EPR Areva en Finlande a tourné à la catastrophe, mais pas de quoi stopper ses projets. Persuadée qu'elle va vendre une cinquantaine de ces réacteurs nucléaires de troisième génération, "Atomic Anne" semble avoir basculé dans la folie des grandeurs. Extrait d'un portrait d'Anne Lauvergeon par "Complément d'enquête".

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"Atomic Anne" faisait rêver tout le monde avec son ambition mondiale pour le nucléaire français. Depuis qu'en 2001 elle avait réuni la Cogema et Framatome pour créer le géant Areva, c'était "la princesse de l'atome", la presse l'adorait, les ministres de droite comme de gauche la soutenaient. Au milieu des années 2000, plus rien n'arrête Anne Lauvergeon, persuadée qu'elle va vendre à l'international une cinquantaine d'EPR (réacteurs nucléaires de troisième génération). Alors même que celui d'Olkiluoto, en Finlande, promis pour 2009, ne devrait livrer son premier kilowatt-heure qu'en 2018... et que Fukushima est passé par là.

"Typique des ingénieurs des Mines, trop sûrs d'eux"

Qui est responsable du fiasco d'Olkiluoto, qui pourrait coûter à Areva 8 milliards d'euros ? Anne Lauvergeon accuse son client finlandais d'avoir été trop tatillon, mais les salariés du groupe ont un autre sentiment. "Signer un tel contrat, ça signifiait qu'elle ne savait pas ce que l'entreprise était capable de faire, analyse un délégué syndical. Pour nous, elle n'était pas un capitaine d'industrie." Pour le journaliste Thierry Gadault, auteur de l'enquête Areva mon amour, "Anne Lauvergeon est typique de ces ingénieurs, notamment ceux du corps des Mines, qui sont trop sûrs d'eux. Qui parfois amènent à des catastophes." 

"Une perte totale de la réalité du terrain"

Sûre du succès de ses EPR, la patronne d'Areva investit des milliards pour rénover ses usines, recrute à tour de bras. Loin du quartier de La Défense et de ses salariés, elle s'offre un siège au cœur de Paris. Et s'isole dans un immense bureau au dernier étage. Jusqu'à "une perte totale de la réalité du terrain" chez cette femme "féroce au niveau du management", juge le même délégué syndical. "A force, les directeurs qui l'entouraient ne remontaient aucune information réaliste. On n'a qu'une chose à dire quand on est autour de ces gens-là, c'est 'oui'." Un ancien cadre d'Areva ajoute : "Elle faisait penser à la chanson de Pierre Perret : 'Quand la petite décide, on se tait.'"

Extrait de "Anne Lauvergeon, l'enfant gâtée de la République", un hors-série de "Complément d'enquête".

Quand Anne Lauvergeon décide, on se tait...
Quand Anne Lauvergeon décide, on se tait... (FRANCE 2 / FRANCETV INFO)