Terrorisme : quatre questions après le rapport inquiétant de Greenpeace sur la sûreté des centrales nucléaires

Durant dix-huit mois, sept experts ont étudié différents scénarios d'attaque terroriste pouvant viser les centrales de l'Hexagone.

Le centre de retraitement des déchets nucléaires de la Hague (Manche), le 29 janvier 2015.
Le centre de retraitement des déchets nucléaires de la Hague (Manche), le 29 janvier 2015. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)
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Le document est si sensible que seule une version expurgée des éléments les plus préoccupants a été rendue publique. L'ONG Greenpeace remet aux autorités, mardi 10 octobre, un rapport alarmiste sur la sécurité des 19 sites nucléaires français face à la menace terroriste. Le Parisien, qui a pu consulter l'intégralité du texte, en révèle les principaux enseignements.

1Qui sont les auteurs du rapport ?

L'ONG de défense de l'environnement a confié à sept experts (trois Français, une Allemande, deux Britanniques et un Américain) la rédaction de ce rapport. Durant dix-huit mois, ces ingénieurs, chercheurs ou encore docteurs en physique nucléaire, qui connaissent bien les installations françaises et collaborent pour certains avec les autorités, ont étudié différents scénarios d'attaque terroriste pouvant viser les centrales de l'Hexagone. 

"Le résultat est détaillé à l'extrême : types d'armes, stratégies d'attaque, terrains utilisés (par voie aérienne, terrestre ou maritime) ou engins (avions, hélicoptères, drones…), rien n'est laissé au hasard", écrit Le Parisien. Pour éviter de donner des idées à des personnes mal intentionnées, seule une version expurgée de ces détails sera rendue publique. Le quotidien précise qu'EDF, qui exploite le parc nucléaire français, n'a pas été associé à la conception de ce rapport afin que ses auteurs puissent travailler en toute indépendance.

2Quels sont les principaux risques ?

Dans les colonnes du Parisien, l'un des sept experts mandatés par Greenpeace, Yves Marignac, relève qu'à l'époque du lancement du programme nucléaire français, c'est-à-dire lorsque que le risque d'attaque terroriste était bien moindre qu'actuellement, les inquiétudes en matière de sécurité n'ont porté que sur "le risque d'emballement du cœur" des réacteurs nucléaires.

Or, plusieurs installations annexes posent problème et pourraient être la cible d'attaques. Les rédacteurs du rapport sont particulièrement alarmistes au sujet des piscines de refroidissement, dans lesquelles le combustible nucléaire usé est stocké et refroidi. Ces piscines sont remplies d'eau, jusqu'à 7 m au-dessus du combustible. A la différence des réacteurs, qui sont protégés par des parois de béton de 60 cm à 1 m d'épaisseur, les 62 piscines que compte la France sont recouvertes par une structure de 30 cm d'épaisseur seulement. Un revêtement qui "tient davantage du hangar agricole que de l'édifice nucléaire", selon une experte citée par le quotidien.

Les auteurs du texte s'inquiètent également de la situation des stations de pompage, utilisées pour puiser dans les rivières l'eau utilisée pour refroidir le combustible dans les réacteurs et les fameuses piscines. Le rapport relève que ces installations ont par le passé été bouchées par des invasions de méduses, de moules, ou d'algues, ce qui a menacé le bon fonctionnement du refroidissement de certains sites. Elles pourraient donc constituer des cibles de choix pour des personnes malveillantes.

3Quelles sont les mesures préconisées ?

Les experts mandatés par Greenpeace préconisent un renforcement significatif des structures des 58 piscines de refroidissement et des 58 réacteurs nucléaires présents sur le territoire français.

Problème : le coût de ces rénovations est très élevé. Le renforcement des piscines coûterait à lui seul entre 1,6 milliard et 2,26 milliards d'euros par piscine, et celui des 58 réacteurs entre 2,7 milliards et 3,8 milliards par réacteur. Au total, l'opération serait donc comprise entre 140 et à 222 milliards d'euros. "Soit entre trois et cinq fois plus que ce qu'EDF a prévu de dépenser pour prolonger la durée de vie des centrales", note Le Parisien.

4Que répond EDF ?

Interrogé par Le Parisien, Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire d'EDF, préfère mettre l'accent sur les moyens humains déployés pour éviter les attaques terroristes visant les centrales. Il assure ainsi qu'un millier de gendarmes se relaient 24 heures sur 24 pour surveiller l'ensemble des sites, "sans compter la surveillance de l'espace aérien ou le renseignement assurés par le ministère de la Défense".

Philippe Sasseigne insiste également sur le fait que dans le cadre du prolongement de la durée de vie des centrales, 700 millions d'euros seront investis d'ici à 2023 "aussi bien dans les effectifs que le matériel, comme l'éclairage, des clôtures, des caméras ou encore la pose de plots en béton contre les véhicules béliers".

Il dément enfin que les piscines de refroidissement soient moins bien protégés que les réacteurs nucléaires. Et précise que "si les structures du bâtiment combustibles ne sont pas aussi épaisses qu'autour du réacteur, c'est que la configuration géométrique de ce bâtiment ne le nécessite pas".