Prix Nobel de la paix décerné à l'ICAN : "L'actualité nord-coréenne a clairement joué"

La Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires s'est vue décerner le prix Nobel de la paix. Selon Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, ce choix est un message politique et vise la Corée du Nord. 

Des militants anti-armes nucléaires portant des masques du président américain Donald Trump et du leader nord-coréen Kim Jong-un, devant l\'ambassade des Etats-Unis, à Berlin, en octobre 2017.  
Des militants anti-armes nucléaires portant des masques du président américain Donald Trump et du leader nord-coréen Kim Jong-un, devant l'ambassade des Etats-Unis, à Berlin, en octobre 2017.   (BRITTA PEDERSEN / DPA)
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Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi 6 octobre à la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (Ican). Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, insiste sur le message politique du prix. "Je crois que l'actualité nord-coréenne a clairement dirigé les membres du comité vers cette décision", explique-t-il.

franceinfo : Ce prix Nobel de la paix est-y-il un message politique adressé à la Corée du Nord ou encore aux États-Unis ?

Bruno Tertrais : Un prix Nobel de la paix est presque toujours un message politique, et celui-ci ne fait pas exception. Je ne suis pas sûr qu'il soit véritablement dirigé vers la Corée du Nord parce que le comité Nobel doit savoir que Kim Jong-un n'accorde pas beaucoup d'importance à ce type de décision. C'est un message envoyé à l'ensemble de la communauté internationale, sachant que ce sont les démocraties qui sont plus réceptives que les régimes autoritaires à la valeur symbolique du prix Nobel de la paix. Il y a une sorte de consensus aujourd'hui pour dire que les dangers nucléaires sont plus forts aujourd'hui qu'il y a dix ans. Ce n'est pas la première fois qu'il y a un prix Nobel lié aux questions nucléaires et militaires. Mais cette fois-ci, le contexte a joué, notamment le contexte de cet été.

Quelle est la question la plus sensible sur ce dossier nucléaire qui a pu inciter le comité Nobel à attribuer ce prix à cette ONG ?

Je ne suis pas sûr qu'il y ait un dossier particulier. Je crois que c'est une combinaison de deux choses. Il y a d'abord le fait qu'il y ait eu la conclusion d'un projet de traité d'interdiction des armes nucléaires à l'ONU. Un traité qui ne servira à rien, mais c'est une étape symbolique importante. Il y a ensuite la crise de cet été avec la Corée du Nord. Par ailleurs, il était déjà question l'an dernier que le comité Nobel donne un prix lié à la question nucléaire. Je crois que l'actualité nord-coréenne a clairement joué (…) Ce prix peut servir à encourager ceux qui sont déjà convaincus, à encourager les activistes, mais il ne changera rien à la réalité stratégique.

La politique de dissuasion nucléaire a-t-elle un sens aujourd'hui dans le monde dans lequel on vit ?

Personnellement, je pense qu'elle a du sens. On n'a jamais eu dans l'histoire des derniers siècles une aussi longue période sans conflits majeurs, de conflits militaires entre grandes puissances. On a pu démontrer, et j'ai essayé de le faire, que c'était en grande partie à cause de la politique de dissuasion. La dissuasion nucléaire n'a pas du tout pour but de gommer tous les conflits, mais elle empêche au moins la guerre à grande échelle entre grandes puissances. Pour l'instant, c'est plutôt réussi depuis 1945, mais ça n'empêche pas qu'il y ait des dangers nucléaires.