Nucléaire : pourquoi le gouvernement est accusé de renoncer à ses promesses

La feuille de route du gouvernement sur l'énergie sera finalement dévoilée "au plus tard" le 1er juillet, selon Ségolène Royal. Elle était attendue pour la fin 2015.

La centrale nucléaire de Bugey (Ain) photographiée le 8 avril 2016.
La centrale nucléaire de Bugey (Ain) photographiée le 8 avril 2016. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)
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Reporter sans enterrer. Jeudi 14 avril, Ségolène Royal, la ministre de l'Ecologie et du Développement durable, a déclaré que la feuille de route du gouvernement sur l'énergie sera finalement publiée "au plus tard" le 1er juillet, alors qu'elle était attendue fin 2015. Elle ne concernera dans un premier temps que les énergies renouvelables, sans le volet nucléaire. Ce report provoque la colère des associations environnementales et des écologistes, qui dénoncent "une décision irresponsable" et un recul du gouvernement.

Qu'est-ce que la feuille de route sur l'énergie ?

Cette feuille de route aussi appelée "Programmation pluriannuelle de l'énergie" (PPE) doit décliner les orientations de la loi de transition énergétique votée en août 2015. Elle vise à faire baisser la part du nucléaire dans la production d'électricité française afin d'atteindre à l'horizon 2025 "50% de l'électricité d'origine nucléaire, contre 75% aujourd'hui".

Cette feuille de route devra donner "une fourchette du nombre de réacteurs à fermer" en fonction de "différents scénarios", a assuré Ségolène Royal depuis Washington (Etats-Unis), où elle est en déplacement. Dans un premier temps, la PPE ne concernera que les énergies renouvelables, sans les directives sur le nucléaire.

La ministre a précisé qu'aucune décision ne serait prise avant 2019 sur le nucléaire, hormis la fermeture de la centrale de Fesseheim, détaille Le Monde.

Pourquoi a-t-elle été reportée ?

La PPE était attendue fin 2015. Elle a été repoussée de mois en mois et devait être présentée, début mars, à un comité de suivi, qui a été ajourné. La principale raison de ce report est la volonté de mettre d'abord l'accent sur les énergies renouvelables et de sécuriser les emplois de cette filière, avant le nucléaire.

"C’est une façon de sécuriser leur développement, en le rendant indépendant du volet nucléaire, plus compliqué à traiter et conflictuel, a confié Ségolène Royal au Monde. Les filières renouvelables ont besoin de visibilité. Si leur sort était lié à celui du nucléaire, les professionnels pourraient craindre que tout soit remis en cause en cas d'alternance politique." 

Que craignent les associations environnementales ?

Face aux tergiversations du gouvernement, les associations environnementales accusent le gouvernement de renoncer à une vraie transition énergétique et le soupçonnent de se défausser sur ses successeurs. "C'est une décision irresponsable qui témoigne d'un manque de courage politique énorme", a réagi Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire, au micro de France Info. "On a deux tiers des réacteurs français qui ont dépassé la durée de trente ans de fonctionnement qui leur était initialement assignée. (...) En refusant de planifier, ce gouvernement nous met au pied du mur."

De nombreux écologistes pointent du doigt le manque de temps. "Pour se tenir aux engagements initiaux, il faudrait fermer autour de 20 réacteurs d’ici à 2025. Intenable en commençant en 2019, déplore le député européen Europe Ecologie-Les Verts Yannick Jadot à Europe 1 mercredi. Le fait de renvoyer au prochain gouvernement, c’est un renoncement durable."