Nucléaire : Greenpeace et sept associations veulent arrêter le chantier de l'EPR de Flamanville

Huit associations ont engagé mardi une procédure visant à arrêter le chantier de l'EPR de Flamanville. Elles s'appuient notamment sur les récentes révélations de franceinfo sur des anomalies pointées dès 2005. 

Un recours auprès du premier ministre a été déposé par huit associations pour contester le décret du 10 avril 2007, autorisant la création de l\'EPR de Flamanville, ici en mars 2016.
Un recours auprès du premier ministre a été déposé par huit associations pour contester le décret du 10 avril 2007, autorisant la création de l'EPR de Flamanville, ici en mars 2016. (MAXPPP)
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Sylvain TronchetAnne-Laure BarralfranceinfoRadio France

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Huit associations disent stop à l'EPR de Flamanville (Manche). Elles ont adressé une lettre de contestation au Premier ministre Bernard Cazeneuve afin de lui demander l’arrêt définitif des travaux de construction du réacteur nucléaire. Le recours gracieux, s'il n'aboutit pas, pourrait être porté devant le Conseil d'Etat, cette fois à titre contentieux. 

Une action dans le sillage de l'enquête de franceinfo

Les associations s'appuient essentiellement sur les révélations de franceinfo publiées le 31 mars pour fonder leur recours. Cette enquête a montré que dès 2005, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait alerté sur les difficultés enregistrées à la forge du Creusot (Saône-et-Loire). C'est pourtant à ce sous-traitant chargé de produire les grands composants du nucléaire que la commande de la cuve de l'EPR a été passée par Areva et EDF, pour le projet de Flamanville.

Cyril Cormier, chargé de campagne nucléaire chez Greenpeace, estime que ce cumul d'informations constitue un argument essentiel pour demander l'arrêt du chantier de Flamanville. "On sait depuis deux ans que la cuve et son couvercle, au sein du réacteur, ne sont pas aux normes. On apprend, il y a deux semaines, qu'Areva et EDF savaient, depuis une dizaine d'années, que l'entreprise Creusot Forge d'Areva ne serait pas en capacité de fournir les pièces nécessaires pour l'EPR du chantier de Flamanville", détaille le représentant de l'organisation écologiste.

C'est un point crucial. Si on avait su à l'époque qu'Areva n'était pas en capacité de fournir les pièces, la question de la pertinence de cet EPR aurait été posée différemment.

Cyril Cormier, Greenpeace

Selon Greenpeace, il est préférable d'arrêter les frais : "Mieux vaut réorienter cet argent vers les énergies renouvelables." 

Des procédures administratives remises en cause

Malgré de nombreux courriers et rapports où, dès 2005, l'Autorité de sûreté nucléaire mettait en garde EDF sur la fiabilité de cette usine du Creusot, le site va fabriquer l'une des pièces maîtresse du réacteur. L'État donnera son feu vert à la naissance de l'EPR de Flamanville et prendra un décret d'autorisation de construction en 2007, au terme d'une enquête publique. Pour les associations, les règles du jeu ont été en quelque sorte faussées puisqu'une information essentielle aurait été cachée lors de cette enquête. Elles estiment donc que c'est l'ensemble de la procédure qui n'est plus valable.

À partir de ce constat, elles adressent un recours gracieux auprès du Premier ministre. Mais on imagine qu'à quatre jours du premier tour de l'élection présidentielle, la demande a peu de chance d'aboutir. D'autant qu'une prolongation du permis de construire qui arrivait à échéance vient d'être accordée par le gouvernement. Lors d'une prochaine étape, les associations pourraient donc saisir le Conseil d'Etat.